Insubmersible Rafael Nadal

L’Espagnol remporte un 11e titre aux Internationaux de France

Paris — À ses adversaires, il donne le tournis. Son palmarès à Roland-Garros, lui, donne le vertige. L’Espagnol Rafael Nadal y a ajouté un 11e titre en 11 finales, hier, en maîtrisant l’Autrichien Dominic Thiem, pourtant considéré comme l’un des rares joueurs capables de le menacer.

« C’est incroyable, je ne peux pas décrire ce que je ressens, ce n’était même pas un rêve de gagner 11 fois ici parce que c’est impensable », a réagi Nadal, qui l’a emporté en trois manches de 6-4, 6-3 et 6-2, en 2 h 42 min, malgré des crampes à la main gauche dans le dernier acte.

À chaque présentation du champion espagnol par l’annonceur du tournoi, qui égrène crescendo les années de ses triomphes à Paris, on prend la mesure de sa vertigineuse réussite.

Depuis 2005, Nadal a transformé Roland-Garros en une forteresse presque imprenable. En 14 participations, il a soulevé 11 fois le trophée. Deux fois seulement, il a connu la défaite sur sa terre chérie. En 2009, sous les coups du Suédois Robin Söderling en huitièmes de finale. Puis en 2015, contre le Serbe Novak Djokovic en quarts (blessé au poignet gauche, il a dû abandonner en 2016).

À part ça, il a empilé 86 victoires et reste invaincu en finale. Sur 11 épilogues, le Majorquin n’a lâché que six manches. De toute la quinzaine, il n’en a perdu qu’une seule, en quarts de finale face à l’Argentin Diego Schwartzman, le seul à l’avoir bousculé dans sa quête de l’« Undécima ».

Seule Margaret Court en avait remporté autant dans un même tournoi majeur, chez elle, en Australie. Jamais aucun autre joueur n’a fait aussi bien. Pas même le « Maître » Roger Federer, sacré huit fois à Wimbledon.

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Avec 17 trophées majeurs, Rafael Nadal revient à trois longueurs du record du maestro suisse Roger Federer, qui a fait l’impasse sur le tournoi parisien pour se reposer.

Les deux stars du tennis n’en finissent plus de repousser les limites du temps et les flots de la « nouvelle vague », incarnée par Thiem, impuissant hier sur le court Philippe-Chatrier.

Federer et Nadal, à respectivement 36 et 32 ans, restent les meilleurs et se sont partagé les six derniers trophées majeurs.

Après une préparation sur terre battue quasi parfaite et une nouvelle démonstration à Paris, Nadal semble avoir encore de belles années devant lui.

Physiquement, il s’est montré insubmersible. Même des « crampes » à la main gauche ne l’ont pas fait dévier de sa trajectoire.

« J’ai connu un moment difficile quand j’ai eu une crampe dans la troisième manche, j’ai eu très peur », a toutefois souligné le numéro un mondial, qui avait déjà fait le bris dans le troisième et dernier acte (2-1) avant l’alerte.

Alerte sans conséquence

Il a pu conclure le jeu (3-1) avant de se faire masser l’avant-bras lors du changement de côté et de prendre des médicaments. Finalement, ce pépin physique s’est avéré sans conséquence.

Nadal est resté imperturbable sur ses mises en jeu et s’est même permis de briser son adversaire (5-2). Il a toutefois eu besoin de cinq balles de match pour conclure, mais n’a finalement pas craqué et a lâché des larmes lors de la remise des trophées.

« C’est vraiment incroyable. J’ai joué un très bon match aujourd’hui, mon meilleur match du tournoi », a savouré le Majorquin, trop fort pour Thiem.

Le jeune Autrichien, 24 ans, n’aura finalement rivalisé que jusqu’à 4-4 dans la première manche. Seul joueur à avoir battu Nadal sur l’ocre depuis 2017, il a manqué de métier et de régularité pour sa première finale en Grand Chelem.

Thiem s’est « trop précipité »

« Dominic doit être un peu déçu de son jeu », a affirmé l’Australien Ken Rosewall, huit fois titré en Grand Chelem, dont deux fois à Roland-Garros (1953 et 1968), en remettant les coupes.

En dépit de la déception, l’Autrichien a loué l’exploit du champion, « l’un des plus retentissants de l’histoire du sport ».

« Je me souviens quand tu as gagné ici en 2005, j’avais 11 ans et je regardais la télé. Honnêtement, jamais je n’aurais imaginé jouer une finale contre toi », a affirmé Thiem, qui s’est « montré trop généreux » et « s’est un peu trop précipité » durant la partie, selon Guy Forget, directeur du tournoi.

Nadal, lui, peut-il prolonger sa domination ? « La seule inconnue, c’est son corps », estime Forget, qui l’attend déjà en favori l’an prochain.

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