Chronique

Le CIO et l’inévitable retour des choses

Jusqu’au bout, le Comité international olympique (CIO) a espéré que sa série noire prendrait fin ce printemps. Et qu’après un si grand nombre de référendums perdants, une région d’Europe appuierait avec enthousiasme une candidature aux Jeux d’hiver.

Eh bien non ! Dimanche, les gens du Valais, le canton suisse où est située la ville de Sion, ont opposé un non ferme au projet olympique 2026. Près de 54 % d’entre eux ont rejeté l’idée. Une surprise ? Pas du tout. Il y a moins de trois semaines, un sondage annonçait ce résultat. Malgré des assurances budgétaires, les promoteurs ont été incapables de convaincre une majorité de leurs concitoyens de soutenir l’initiative.

Ce résultat s’inscrit dans une tendance lourde que le CIO est incapable de stopper. Au cours des dernières années, les électeurs lui ont aussi donné un uppercut dans des référendums concernant les Jeux d’hiver de 2022 (Saint-Moritz/Davos, Munich et Cracovie) et ceux d’été de 2024 (Hambourg). Quant aux Jeux de 2026, le rejet du Valais est le troisième en lice, après ceux de Saint-Moritz/Davos – encore une fois ! – et d’Innsbruck.

Ce n’est pas tout : après avoir été tentées par l’aventure olympique, plusieurs villes ont fait marche arrière au cours des dernières années, autant pour des Jeux d’hiver que d’été : Stockholm, Oslo, Boston, Rome, Budapest et Québec.

Le rendez-vous hivernal est celui qui pose un véritable problème. Les Jeux d’été ayant soulevé l’intérêt de Paris et Los Angeles, le CIO a saisi l’occasion de leur accorder ceux de 2024 et 2028.

Cette décision a rompu avec la tradition voulant que les Jeux soient attribués de manière individuelle sept ans avant leur tenue. Pas question d’irriter la métropole californienne en repoussant jusqu’en 2021 une décision finale. Il fallait battre le fer pendant qu’il était chaud. Une excellente approche dans les circonstances.

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Les Jeux d’hiver, eux, souffrent toujours du virus de Sotchi. La facture démentielle de l’évènement, plus de 50 milliards US, a causé un tort immense au mouvement olympique.

Sur le plan de l’image, cela a conforté l’idée que les Jeux étaient une machine à flamber l’argent. Les efforts du CIO pour inciter l’opinion à ne pas mêler les coûts d’organisation à ceux des nouvelles infrastructures ont fait chou blanc. Tout simplement parce qu’il était clair que le CIO aimait présenter les Jeux dans un environnement somptueux.

Depuis son accession à la présidence du CIO, l’Allemand Thomas Bach tente de renverser la situation. Il a d’abord fait adopter l’Agenda 2020, une série de mesures visant à réduire les coûts de candidature et d’organisation. Conscient qu’il devait aller encore plus loin, il a donné un coup de barre additionnel. C’est ainsi qu’est apparue « La nouvelle norme », une autre réforme pour diminuer la facture des Jeux.

« Le projet invite à revoir à la baisse la taille des sites, repenser les options de transport, optimiser l’infrastructure existante et utiliser les aires de compétition pour plusieurs sports », a alors expliqué le CIO.

La lecture de ces documents démontre qu’il s’agit d’un travail sérieux et rigoureux. On ne peut accuser Bach d’inaction. Mais le CIO part de tellement loin ! Ainsi, on annonce avec fierté que Paris 2024 innovera en matière de transport : le métro sera utilisé à plein ! Cela évitera de dépenser des fortunes en navettes de toutes sortes. Tout cela est formidable, bien sûr, mais comment ne pas sourire en constatant que le CIO découvre enfin les mérites des transports en commun…

Le mois dernier, en entrevue à la Tribune de Genève dans le cadre d’une opération charme en vue du référendum de dimanche, Christophe Dubi, directeur exécutif du CIO, a expliqué : « Si Paris nous dit que les transports publics permettront à tout le monde, spectateurs, athlètes, officiels du CIO ou journalistes, de se déplacer efficacement, pourquoi prendrions-nous la voiture ? »

Eh oui, même la royauté olympique se déplacera en métro ! Cela marquera une rupture avec la tradition. Rappelez-vous : en 2014, les Norvégiens n’ont pas caché leur colère en apprenant que le CIO exigeait que ses membres soient conduits dans des voitures avec chauffeur si Oslo obtenait les Jeux d’hiver de 2022. Cette arrogance, manifestée dans plusieurs autres exigences, a conduit à l’abandon de la candidature, une décision qui a fait très mal au CIO.

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En dressant son bilan des Jeux de PyeongChang en février dernier, Thomas Bach a été clair : « En 2026, nous aimerions retourner dans une destination traditionnelle de sports d’hiver. »

Ce désir est compréhensible. Après Sotchi en 2014, PyeongChang en 2018 et Pékin en 2022, il serait normal que les Jeux de 2026 soient présentés dans un pays où les sports hivernaux font partie du quotidien.

À l’heure actuelle, des villes de six pays étudient le dossier, dont Calgary. Thomas Bach croise les doigts dans l’espoir que nos amis albertains se rendent au bout du processus. Le CIO multiplie les compliments à la ville. Mais l’affaire est loin d’être réglée. D’autres études seront effectuées cet été. Et le conseil municipal s’est engagé à tenir un référendum avant de participer à la phase finale de candidature, si le projet se rend aussi loin.

Le CIO répète sur toutes les tribunes que les temps ont changé, que le contrôle des coûts est une priorité, que les installations temporaires sont encouragées, que des compétitions peuvent avoir lieu très loin de la ville hôtesse si cela entraîne des économies, que ses spécialistes travaillent désormais main dans la main avec les villes intéressées… Cela n’est pas faux, mais le message tarde à passer, comme l’indiquent les résultats des derniers référendums.

Après avoir toléré si longtemps les excès financiers, le CIO ne peut pas espérer changer les perceptions d’un seul coup. On assiste présentement à l’inévitable retour des choses.

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