Mon clin d’œil

Ne manquez pas le débat opposant le rapport Bouchard-Taylor à Bouchard et Taylor.

Opinion 

EXCLUSION DES FEMMES MENSTRUÉES Le tabou du sang

En janvier dernier, au Népal, Amba Bohara et ses deux jeunes enfants étaient retrouvés morts dans une hutte où ils avaient dû passer la nuit.

Étouffés par la fumée d’un feu qui les protégeait de l’hiver, leur présence dans la hutte s’explique par la tradition du Chhaupadi, qui consiste à exclure les femmes menstruées de la vie communautaire et familiale en raison de leur « impureté ». Amba, tout comme des millions de femmes au cours des siècles, n’a eu d’autre choix que de s’isoler. 

Elles sont trop nombreuses, les femmes qui ont subi cette tradition. Le silence entretenu autour des menstruations lui permet de résister, jusqu’à un certain point, aux lois mises en place.

Du Népal jusqu’en Inde et ailleurs, on expose les femmes aux dangers de la nature sauvage, au manque d’eau propre et de soins d’hygiène au nom de ce tabou ridicule nourri par l’ignorance, ce tabou qui fait mal, qui impose le silence, qui tue. 

Au Kenya, on fait des tampons et des serviettes hygiéniques de fortune : mouchoirs, papiers, tissus, rembourrage de matelas. Tout est bon pour ne pas ruiner les pantalons ; on s’occupera des graves problèmes de santé plus tard. Bien que le gouvernement ait aboli la taxe sur ces produits, les deux tiers des femmes ne peuvent toujours pas s’en procurer. Plus horrifiant, une étude réalisée en 2015 auprès de 3000 Kényanes a révélé qu’une jeune fille âgée de 15 ans sur 10 se prostitue pour pouvoir acheter les produits hygiéniques nécessaires. 

Ces situations semblent irréelles pour nous, femmes de l’Occident, et malgré que nous soyons dans une meilleure situation, elle n’est pas parfaite non plus.

Je me souviens de la honte que ressentait une camarade de classe du primaire qui venait tout juste d’avoir ses règles. Nous avions des centaines de questions, jusqu’alors sans réponse. 

Éduquez la jeunesse

Comme elles sont nombreuses, les filles qui n’ont aucune idée de ce qui leur arrive la première fois ! Est-ce normal de ne jamais aborder avec les plus jeunes le fait que du sang sort des filles une fois par mois, et que c’est le mécanisme qui permet leur existence ? Les jeunes garçons qui sont absolument répugnés par le sujet, à qui l’on n’a jamais expliqué le naturel du phénomène ni plus que ce qu’ils voulaient en savoir, compensent l’ignorance avec les commentaires sexistes. 

Et qu’en est-il de nos femmes dans la rue ? Elles aussi sont dans le besoin et leur santé est plus fragile en raison des dures conditions de leur situation. Si vous le pouvez, aidez-les. 

Que vous soyez une femme ou non, je vous demande d’en parler. Au nom de toutes celles qui n’ont pas eu accès à l’éducation, qui se sont fait mentir, qui ont souffert, qui sont mortes, parlez-en à vos filles comme à vos garçons. Éduquez la jeunesse pour contrer la désinformation. Brisez le tabou et soyez la voix de toutes celles qui n’en ont pas. 

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