Francos

Alaclair en pièces détachées

Entre la création du cinquième album d’Alaclair Ensemble (sorti l’automne dernier), la promotion et les concerts, trois membres du sextuor ont trouvé le temps de pondre des projets solos. Robert Nelson (Ogden), KNLO et Eman ont sorti leurs albums ces derniers mois. Ils seront de la journée de lancement des Francos, le 14 juin. Entrevues parallèles avec des artistes toujours avides de créer.

Robert Nelson (Ogden)

La Presse :  Pourquoi un projet solo ? 

Ogden :  Parce qu’avant même de faire de la musique avec Alaclair, j’en faisais seul, sans la partager. Après sept ans avec Alaclair, ça me manquait. Pas par insatisfaction, mais parce que le souvenir de mes débuts m’est revenu. D’autre part, certains événements de ma vie m’ont donné envie de m’exprimer de façon un peu plus « musicothérapeutique ». D’aborder certains sujets plus intimes. Ce n’est pas impossible de le faire en groupe, mais quand on est six, tout le monde ne vit pas le deuil et la peine d’amour en même temps. Vouloir assumer certaines opinions et déclarations sans impliquer tout le groupe, ça se fait mieux avec un projet plus personnel.

La Presse :  Justement, de quoi as-tu voulu parler dans cet album solo ? 

Ogden :  Du fait que la vie est une suite d’échecs, mais que les échecs sont une victoire. Nul n’est roé en son royaume parce que la vie est un sport d’échecs. Plus on est en paix avec ça, mieux on s’en sort. C’est ce que j’ai appris dans ma vie personnelle. Il y a énormément de positif, mais aussi de négatif. Un peu comme les saisons : après la pluie vient le beau temps, mais après le beau temps vient la pluie encore.

La Presse :  As-tu consciemment souhaité créer un album différent de ceux d’Alaclair Ensemble ? 

Ogden :  Oui, je voulais faire quelque chose de plus minimaliste pour la musique. Je voulais vraiment attirer l’attention vers le texte. En même temps, j’ai donné le feu vert aux personnes avec lesquelles j’ai travaillé pour les beats. Je leur envoyais une maquette dans laquelle ma partie du travail était terminée, avec ma voix. Et je les laissais mener la musique où elles le voulaient. Je n’ai pas eu beaucoup de choses à redire. J’ai travaillé avec des gens dont j’aime beaucoup le travail.

La Presse :  As-tu fait appel à beaucoup de collaborateurs différents de ceux qui gravitent autour d’Alaclair ? 

Ogden :  Pour certaines tounes, je suis allé ailleurs. Ça faisait longtemps que j’avais envie de collaborer avec Shash’U et Koriass, entre autres. Ç’a été une occasion de travailler avec des gens différents. Mais c’était naturel de faire le gros morceau de l’album avec la famille [les membres d’Alaclair].

Rap

Nul n’est roé en son royaume

Robert Nelson

7ième Ciel

Lancement à L’Astral le 14 juin dans le cadre des Francos

KNLO

La Presse :  C’est ton deuxième album solo. Que retires-tu du fait de créer de ton côté, en plus de faire partie d’Alaclair Ensemble ?

KNLO :  Pour moi, il n’y a pas vraiment de différence entre mon album solo et un album en groupe. L’énergie de groupe est là dans les deux cas. Dans mon record solo, je peux aborder certaines choses plus précisément, mais c’est toujours un album d’équipe.

La Presse :  Quel genre de choses as-tu voulu aborder ? 

KNLO :  J’ai voulu parler de la communauté qui m’a porté. Je remonte ma ligne du temps. Dans Alaclair, notre principe, c’est de se donner carte blanche. Mais on ne veut pas étourdir les gens, donc on garde certaines vibes précises pour nos tracks. Là, je suis retourné à mes racines. C’est la chronique d’un jeune métis né dans les années 80 à Sainte-Foy. Avant même de faire les chansons, je savais que j’allais l’appeler Sainte-Foy. C’est un endroit qui a une image un peu lame, je voulais lui redonner un peu de couleur.

La Presse :  Tu explores un autre genre de rap, au point de vue musical. 

KNLO :  Je vais dans les premières saveurs musicales qui m’ont animé : le dancehall, le funk, les musiques plus groovy… C’est un devoir que je m’étais donné depuis longtemps.

La Presse :  Quelles sont les principales différences entre la création à six et la création en solo ? 

KNLO :  Pour faire une track solo, il faut mettre plus de viande. Il y a quelque chose de plus prémédité. La création avec Alaclair se fait en sessions. On se voit pour composer, au chalet, à l’hôtel, dans la van, en tournée… Et en une soirée, bye-bye, la track est finie. En solo, tu as le temps de la méditer. Tu as le temps de te lever joyeux avec le texte et de te relever un peu moins down le lendemain. Ça macère plus longtemps.

La Presse :  Prévois-tu continuer de créer de ton côté ? 

KNLO :  Définitivement. Mais solo, au final, c’est une image. On a décidé de mettre la face de KNLO de l’avant, mais, en regardant les crédits, tu vois que c’est collectif. Et mon approche va toujours être collective. Si on se maintient en santé, qu’on continue de bien s’entourer, par la grâce, ce morceau de pays va continuer à être béni avec encore beaucoup de bonne musique.

Rap

Sainte-Foy

KNLO

7ième Ciel

Sur la scène Desjardins, le 14 juin, dans le cadre des Francos

Eman

La Presse :  Qu’est-ce qui t’a donné envie de créer en solo ? 

Eman :  Le fait d’avoir commencé à enregistrer ma voix dans mon programme de musique. J’ai recommencé à faire des beats. J’avais arrêté durant la période où je faisais des albums avec Vlooper [le premier album du duo Eman x Vlooper, XXL, est sorti en 2014]. L’envie m’a repris il y a un an. C’est un truc qui m’a toujours branché et j’ai découvert que tout seul aussi, je trouvais ça le fun. C’est l’exploration de m’enregistrer tout seul qui a mené [au EP]. J’étais juste super inspiré.

La Presse :  Tu dis que l’envie t’a repris récemment. L’album s’est fait rapidement ? 

Eman :  L’album a été extrêmement vite fait. J’ai fait les chansons l’une après l’autre, sans que j’aie vraiment de contrôle. Et je n’ai pas vraiment pris de recul. J’ai décidé de le sortir spontanément aussi. Je ne me voyais pas non plus rentrer dans la création d’un LP [album complet], je voulais y aller légèrement.

La Presse :  Qu’est-ce que ça t’apporte de créer en solo plutôt qu’en groupe ? 

Eman :  Ça donne une autre couleur, forcément. J’aime ce que ça a donné, mais je ne peux pas encore mettre de nom là-dessus.

La Presse :  La confection de l’album a été un travail plutôt solitaire ou tu as souhaité t’entourer d’autres artistes ? 

Eman :  C’était seulement moi. Et à la fin, Claude Bégin [membre d’Alaclair] m’a aidé sur le mix. Je n’avais pas tous les outils pour ça et j’ai trouvé ça le fun d’avoir un avis extérieur. Pour être plus sûr d’où je m’en allais.

La Presse :  On comprend que tu es en exploration. Ça veut dire que tu comptes continuer d’exploiter ce projet solo ? 

Eman :  Peut-être. Je veux surtout recommencer à produire. Je viens de sortir un morceau avec FouKi et Souldia. C’est moi qui ai fait le beat. J’ai produit ma collaboration avec King Abid sur son nouvel album [la chanson Maintenant ou jamais]. Ça fait longtemps que je fais des beats. Et maintenant, j’y retourne. Mais je n’ai pas de plan. On continue la tournée avec Alaclair, c’est ma priorité en ce moment. Je vais faire quelques shows solos. On y va un été à la fois.

Rap 

Maison (EP)

Eman

7ième Ciel

Sur la scène Desjardins, le 14 juin, dans le cadre des Francos

Alaclair ensuite

La tournée va bon train pour la bande de Bas-Canadiens. Alaclair continuera à visiter les salles (et les scènes de festivals) du Québec cet été. « On en est encore à présenter l’album, dit Ogden. Et tranquillement pas vite, on va retourner à la planche à dessin. On a hâte. » Si la saison estivale est « moins propice » à la création, Alaclair Ensemble pourrait bien retourner en studio durant la deuxième partie de 2019, révèle le rappeur. En attendant, les nouveautés musicales créées en solo par Eman, Ogden et KNLO seront intégrées aux spectacles du sextuor. Mais même eux ne peuvent pas prévoir quand. « On n’a pas de setlist, explique Ogden. Vlooper est aux commandes du vaisseau pendant les shows. S’il décide de nous faire faire une chanson d’un album solo, il faut être prêts ! »

Alaclair Ensemble offrira un spectacle gratuit dans le cadre de MURAL, le mercredi 12 juin prochain.

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