LE DERNIER ÉCRAN
« C’est arrivé... quand j’ai foncé pour vrai ! »

Veuve à 38 ans, Andrée-Anne Guénette a développé un féroce appétit pour la vie. Partir en Israël ? Écrire un livre ? S’acheter pour la première fois… un bikini ? Portrait d’une femme qui n’attend plus à demain.

Andrée-Anne martèle la table de son index. « Je le sais, maintenant, que la vie peut s’arrêter demain matin ! » Loin d’être alarmiste, la maman de Boris, 11 ans, et de Sacha, 8 ans, est plutôt cool. C’est peut-être le surf qui lui donne cet air-là – elle s’est mise au longboard. Ou la fierté du demi-marathon qu’elle a fait, au printemps dernier, elle qui n’avait jamais couru de sa vie. « J’avais l’impression que c’était pour les autres. En voilà une chose qui a changé », lâche-t-elle.

Andrée-Anne avait 22 ans lorsqu’elle a connu Christian. Seize années de vie commune. Deux enfants. Une parfaite union. Puis, la maladie. Christian était alors dans la trentaine. Il est mort sans fêter ses 40 ans. Six mois plus tard, alors qu’Andrée-Anne baignait encore dans sa peine, son petit Boris recevait à son tour un diagnostic bouleversant. « C’était surréaliste ! Les hôpitaux, la chimio et le spectre de la mort, je n’en pouvais plus. Et là, c’était mon enfant. Après, rien ni personne n’allait me mettre des interdits ou des limites ! »

« Quand Boris a été déclaré hors de danger, j’ai repris ma routine et j’ai soudain trouvé notre vie d’une platitude sans nom. Je me suis dit : mes enfants et moi, on est vivants, et on a droit au bonheur. »

De l’amour et du piquant

Une amie convainc alors Andrée-Anne de s’inscrire à une application de rencontres. « Ça faisait un an que Christian était décédé. Juste un an. Je dis ça parce qu’il y aura toujours des juges pour dire que "ça ne se fait pas". Et puis je n’avais jamais envisagé de devoir expliquer ça aux enfants. »

« J’ai dit à mon aîné, un grand curieux et scientifique, qu’une date, c’était "comme quand maman va prendre un verre avec une amie… sauf que là, c’est avec quelqu’un que maman ne connaît pas et qu’elle voudrait connaître". Il a eu l’air de trouver que j’en faisais beaucoup pour des inconnus. Moi, le dating, c’est venu me rappeler une chose essentielle : j’étais en vie. »

2017 : une révélation

« Je me suis mise à l’exercice; j’ai perdu du poids; j’ai emmené mes fils en Asie pour la relâche scolaire et aux États-Unis pour les vacances d’été; je me suis offert une année sabbatique pour travailler sur des projets personnels qui me tenaient à cœur. »

« Une amie s’est mariée en France, et j’ai répondu "oui, nous serons trois" sur le carton d’invitation. Pas sûre qu’on avait vraiment les moyens… Mais on irait quand, en France, si on n’y va même pas alors qu’on y est invités ? »

Pendant le dating, Andrée-Anne entretenait une correspondance avec une amie. « On s’est dit qu’on devrait écrire un livre. » Sauf qu’Andrée-Anne avait banni de sa vie les verbes au conditionnel. Six mois plus tard, sa coauteure Katleen Busque et elle ont publié Le dating dans tous ses états (Éditions La Semaine). Sans compter que, dans l’aventure, un amour est né.

En septembre 2017, Andrée-Anne a continué à foncer. Elle est partie faire du surf avec sa grande sœur en Californie. Puis, grâce à la Fondation Rêves d’enfants, le jeune Boris a pu explorer les îles Galápagos avec son petit frère et sa mère, question de fêter sa rémission. Au printemps dernier, le trio a visité Israël avec grand-maman.

« Je ne veux pas tomber dans la sagesse à cinq cennes, mais j’ai découvert deux choses importantes : on anticipe l’avenir et, au final, la vie n’a souvent rien à voir avec les peurs qu’on s’était contées. Aussi, foncer pour vrai fait peur. Tout ce qui vaut la peine d’être essayé donne souvent la frousse. Mais la peur ne tue pas; c’est juste un signe qu’on sort de sa zone de confort. J’ai repris le travail, mais à la pige. Ce cadre me permet de me sentir en meilleur contrôle de mon temps. Parce qu’à la fin du parcours, on meurt; c’est important de s’en souvenir. Alors avant, il importe de s’affairer à vivre. »

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