Montréal

140 millions pour restaurer l’hôtel de ville

Les coûts de restauration patrimoniale et de mise aux normes de l’hôtel de ville de Montréal ont presque quadruplé depuis le lancement du projet en 2015, passant de 30 à 140 millions. L’ampleur des travaux prévus a suivi la même courbe.

Lorsque le dossier a démarré, les interventions à faire ne concernaient que le rez-de-chaussée, le premier étage (hall d’honneur) et le deuxième étage, où se trouvent la plupart des bureaux des membres du comité exécutif. Mais la nouvelle administration de la mairesse Valérie Plante a décidé d’étendre le projet aux deux étages supérieurs de l’hôtel de ville, où loge notamment la direction générale.

Ce changement majeur dans le projet prend en compte les inspections menées au cours des derniers mois et qui démontreraient une importante désuétude, selon la Ville : des fenêtres qui ne ferment plus, le système électrique défaillant (une panne générale, dont on ignore la cause, s’est produite il y a trois mois), un chauffage inadéquat, des poutres de soutien érodées. Déjà en septembre 2017, la facture avait grimpé à environ 80 millions.

Des équipes d’hommes-araignées ont procédé à l’analyse des pierres de la façade de l’édifice à la fin de l’automne dernier. Une visite rapide hier, à l’invitation de la Ville qui annonçait les détails du plan de réfection, a permis de constater de visu la détérioration, à plusieurs endroits, de la pierre des colonnes, frises et autres fioritures architecturales.

L’hôtel de ville a été construit entre 1872 et 1878. Puis, il a été incendié en 1922 et reconstruit en 1926. Il est protégé en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel. Les dernières rénovations importantes ont été réalisées sous l’administration de Jean Doré (1986-1994).

CHANTIER ÉLARGI

L’administration Plante-Dorais a donc décidé de remplacer complètement les systèmes électrique, mécanique et de plomberie. La réfection des ascenseurs s’impose, ainsi qu’une correction des gicleurs. S’ajoutent les travaux afin de rendre plus fonctionnels les bureaux, de donner un meilleur accès aux citoyens et pour mettre en évidence certains éléments patrimoniaux (les comptoirs de marbre, les murs de briques, le balcon du général de Gaulle, l’immense coffre-fort datant de l’époque où les contribuables payaient en argent comptant leur impôt foncier et la restauration des fenêtres et des vitraux, par exemple).

Un appel d’offres doit être lancé sous peu afin de trouver l’entreprise qui agira à titre de gérant de projet. Le chantier sera mené en mode de gérance de construction, c’est-à-dire que les plans et devis détaillés seront réalisés au fur et à mesure des travaux. Selon la Ville, cette façon de faire permet d’en accélérer la réalisation.

Un an avant l’ouverture du chantier, la facture prévue est donc passée à 139,7 millions. Il ne s’agit que d’une estimation puisque le niveau de précision des coûts, en jargon de construction, est de classe C.

Justice

Maurice Boucher et sa fille condamnés

Journée familiale hier au Centre de services judiciaires Gouin, à Montréal. Maurice Boucher a été condamné à 10 ans de pénitencier pour avoir comploté le meurtre du caïd Raynald Desjardins. Quelques minutes auparavant, sa fille, Alexandra Mongeau, a reçu une peine de 21 mois à purger dans la collectivité après avoir plaidé coupable à un chef de possession d’argent provenant des fruits de la criminalité.

La jeune femme de 28 ans était également accusée d’avoir comploté le meurtre de Desjardins avec son père et un autre individu – dont on doit taire le nom –, mais elle a été acquittée de cette accusation lorsque le procureur de la Couronne, Me Matthew Ferguson, a annoncé avoir choisi de ne pas présenter de preuve.

La majorité de cette preuve reposait sur des images vidéo (et sonores) de Maurice Boucher et de sa fille captées par des caméras de surveillance installées dans le parloir de l’unité spéciale de détention où est détenu l’ancien chef guerrier des Hells Angels.

Maurice Boucher avait présenté une requête pour faire exclure cette preuve, arguant notamment que l’interception en était illégale en raison de l’expectative raisonnable de vie privée au parloir du Centre régional de réception du pénitencier de Sainte-Anne-des-Plaines. Mais le juge Éric Downs a rejeté sa requête et Maurice Boucher a plaidé coupable au chef de complot le 17 avril dernier.

Loin de la réhabilitation

Après avoir écouté les courtes plaidoiries des parties, avant de prononcer sa sentence, le magistrat a demandé à Boucher s’il avait des choses à ajouter. « Tout est beau », a répondu l’ancien motard, d’une voix éraillée.

Le juge a ensuite confirmé la peine de 10 ans, qui est concurrente à celle, à vie, que purge déjà Maurice Boucher pour les meurtres de deux gardiens de prison commis à la fin des années 90, au plus fort de la guerre des motards.

En rendant sa décision, le juge Downs a fait valoir que cette affaire démontrait que Maurice Boucher n’était pas sur la voie de la réhabilitation et que les facteurs atténuants étaient « quasi inexistants ». Il a souligné que le condamné avait utilisé sa fille comme courroie de transmission pour tuer Raynald Desjardins. Le juge a ajouté que cette nouvelle peine était théorique, mais symbolique, que la justice devait prévaloir en toutes circonstances et qu’un lieu d’incarcération n’était pas une zone de non-droit.

« Nous sommes satisfaits de la décision et également que le juge ait souligné qu’un lieu d’incarcération n’est pas une zone de non-droit », a déclaré Me Ferguson après l’audience. Le procureur a aussi précisé que même si la nouvelle peine ne changeait rien à la durée de la détention actuellement imposée à Boucher, elle pourrait jouer dans la décision des commissaires lorsque l’ancien motard s’adressera à la Commission des libérations conditionnelles pour obtenir une éventuelle libération.

Durant sa peine de 21 mois, Mme Mongeau devra quant à elle respecter de sévères conditions. Entre autres, durant les six premiers mois, elle sera assignée à résidence 24 heures sur 24, sauf durant une plage horaire très précise pour faire ses courses, pour des sorties médicales ou pour d’autres sorties accordées par son agent de libération. Elle devra avoir une ligne téléphonique résidentielle et toujours répondre au téléphone. Elle ne pourra communiquer avec son père, sauf par courrier postal, et ses lettres seront ouvertes et examinées par les autorités.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse.

1000 $ par mois

Alexandra Mongeau a plaidé coupable au chef de recel d'argent. Voici un résumé des faits lus par Me Ferguson :

La jeune femme recevait 1000 $ par mois provenant d’une taxe imposée par des individus à un réseau de trafic de stupéfiants exerçant ses activités dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve.

Mme Mongeau a été vue entrant dans un logement servant de lieu de transit d’argent pour l’achat de cocaïne, et où près de 60 000 $ ont été trouvés lors d’une perquisition.

Elle communiquait régulièrement avec un individu dont elle était proche, souvent avant et après ses visites à son père au pénitencier. 

En mai 2015, alors qu’elle visitait son père à l’unité spéciale de détention, Alexandra Mongeau lui a dit qu’elle croyait avoir fait une gaffe lors d’une discussion avec une tierce personne. Son père lui a répondu de ne pas donner de nom, et de tout dire à l’individu en question.

Familles « à trois parents »

L’Église catholique opposée à une reconnaissance légale

Le gouvernement est demeuré muet sur la récente suggestion d’un juge de la Cour supérieure de permettre la triparentalité, hier, alors que les autorités catholiques ont clairement exprimé leur opposition à une avenue allant contre « la nature des choses ».

Dans un jugement signé fin avril, un magistrat de Joliette qui devait trancher le sort d’un enfant mis au monde « coopérativement » par un couple de lesbiennes et un homme identifié sur l’internet a plaidé pour la reconnaissance de la triparentalité.

« Le meilleur intérêt de l’enfant mineure requerrait que la loi permette la reconnaissance de sa réalité, soit que sur les plans émotionnel et socioéconomique, elle a effectivement toujours eu trois parents », a écrit le juge Gary Morrison. À défaut, il a dû expulser la mère non biologique de l’enfant pour y substituer l’homme.

La solution n’est pas de briser le modèle familial traditionnel, a répliqué Mgr Christian Lépine, archevêque de Montréal.

« Plus on peut rester près de la nature des choses – l’enfant vu comme le fruit de l’amour de deux parents –, plus l’enfant est gagnant », a-t-il affirmé en entrevue téléphonique. « Je suis [favorable à ce qu’on trouve] des chemins de bonheur pour les gens, mais le fait de maintenir deux parents pour un enfant m’apparaît important. »

« Il faut que les lois restent le plus près possible de la nature des choses », a-t-il ajouté.

Du côté du gouvernement, dans une déclaration transmise par écrit, la ministre de la Justice Stéphanie Vallée ne s’est pas prononcée sur la demande du juge Morrison.

« Par respect pour l’indépendance de la magistrature, nous nous abstiendrons de commenter les opinions contenues au jugement », a-t-elle indiqué. La déclaration souligne que le jugement Morrison est toujours susceptible de faire l’objet d’un appel et qu’il « respecte le droit en vigueur au Québec en matière de filiation ».

La ministre souligne aussi qu’un rapport d’expert de 2015 sur une possible réforme du droit de la famille recommandait le maintien de la limite de deux parents qui existait jusque-là.

« Ça complique les choses »

Deux expertes – une professeure de psychologie et une professeure de travail social – contactées jeudi par La Presse affirmaient que la triparentalité ne devrait pas avoir d’impacts négatifs sur le développement d’un enfant. C’est l’investissement des parents auprès de leur enfant et la sérénité du milieu familial qui importe, pas le nombre de pères ou de mères, disaient-elles en substance.

Le juge Morrison a aussi souligné que « le meilleur intérêt de l’enfant » aurait été mieux servi par la triparentalité.

Mgr Lépine dit avoir le même objectif, mais en arrive à une conclusion différente. « Quand on s’éloigne de ça [deux parents], ça complique les choses », a-t-il dit.

« Le fait même de la procréation assistée – dans le sens de recourir à un donneur – n’est pas privilégié. On voit vraiment l’enfant comme le fruit de l’amour de deux parents. Quand on ouvre la porte à la procréation assistée, ça ouvre la porte à ce que trois personnes se sentent impliquées, comme dans ce couple-là, et finalement demeurent impliquées émotivement, ce qui est compréhensible, a-t-il dit. Ça ouvre la porte à compliquer les choses par la suite. »

Éducation

La ministre David demande la levée du lock-out à l’UQTR

Trois-Rivières — La ministre de l’Enseignement supérieur, Hélène David, donne 48 heures à l’Université du Québec à Trois-Rivières pour lever le lock-out imposé aux professeurs le 2 mai. Le député de Trois-Rivières, Jean-Denis Girard, a annoncé la nouvelle, vers 14 h 30 hier, à quelque 250 professeurs qui s’étaient rendus à pied manifester devant son bureau du centre-ville.

Le député avait été avisé de la déclaration de Mme David à peine sept minutes avant l’arrivée des manifestants et semblait fort heureux d’annoncer la nouvelle aux professeurs qui, pancartes à la main, scandaient le slogan « McMahon démission ! ». Notons que la pétition demandant la démission du recteur, Daniel McMahon, atteignait 256 noms de professeurs en après-midi, hier.

Mme David a fait cette demande « afin de créer des conditions plus propices à l’étude des offres globales déposées [hier] matin lors de la séance de médiation. Je souhaite, par ce geste, m’assurer que tous les étudiants et étudiantes de l’UQTR reçoivent les services pédagogiques auxquels ils ont droit ».

« Pendant que les professeurs analysent l’offre, on veut que l’Université puisse continuer à opérer », indique M. Girard. Le député explique que la ministre n’a pas demandé la levée du lock-out avant parce qu’il « faut se donner le temps. Il y a deux parties qui négocient. Ce qui est important, c’est d’avoir quelque chose à négocier. Vous savez, quand c’est imposé, ça ne donne jamais de bonnes relations. Il faut que ce soit négocié », fait-il valoir. Le député estime que l’offre déposée par l’UQTR « est drôlement intéressante ».

Un geste jugé illégal

Or, cette offre globale est à peine présentée que déjà, le Syndicat des professeurs et des professeures de l’UQTR a avisé dans un communiqué, hier, qu’il déposerait une plainte au Tribunal administratif du travail.

C’est qu’au moment où le comité de négociation prenait connaissance de l’offre globale, « le rectorat acheminait une copie de celle-ci à l’ensemble des professeurs », explique le Syndicat. Or, il s’agirait d’un geste illégal qui, toujours selon le Syndicat, « viole le Code du travail et tous les principes fondamentaux qui régissent les négociations d’une convention collective ».

« Le médiateur [Gilles] Lachance a saisi le sous-ministre du Travail du Québec du geste posé par le rectorat de l’UQTR », indique le Syndicat. Ce dernier invite également la ministre de l’Enseignement supérieur à ramener à l’ordre la direction de l’Université.

Si l’UQTR n’a pas levé le lock-out d’ici 48 heures, « la ministre va intervenir d’une autre façon », affirme le député Girard. Ce dernier n’a toutefois pas pu préciser s’il s’agirait d’une loi spéciale, d’une mise sous tutelle ou autre.

Le responsable des relations avec les médias de l’UQTR, Jean-François Hinse, a indiqué, hier après-midi, que l’Université n’avait aucun commentaire à faire.

Le porte-parole des professeurs, Jason Luckerhoff, affirme que les professeurs constatent qu’il y a eu un avancement. « On est contents de ça, mais ce n’est pas une offre finale. Ils sont encore en négociation. Où ils veulent se rendre avec ça ? Je n’en ai aucune idée. Ce qui nous déplaît le plus, c’est qu’ils aient utilisé une pratique illégale, celle de passer par-dessus les processus de négociation. Peu importe ce à quoi on va en arriver, c’est vraiment lamentable », estime-t-il.

Justice

L’important chef de clan de la mafia Andrew Scoppa libéré

Andrew Scoppa, l’un des chefs de clan les plus influents de la mafia montréalaise, est sorti de la salle d’audience en homme libre, hier matin, à la suite d’un arrêt du processus judiciaire demandé par la poursuite. L’homme de 54 ans et son coaccusé Fabio Malatesta sont passés du box des accusés au corridor du palais de justice en seulement deux minutes. Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) s’est fait avare de commentaires pour expliquer cette spectaculaire volte-face de la Couronne. « Cette décision de déposer une [requête en arrêt des procédures] nolle prosequi est faite dans un souci de saine administration de la justice », s’est limité à dire Me Jean Pascal Boucher, porte-parole du DPCP. Scoppa, 54 ans, était accusé de complot, de possession de cocaïne dans un but de trafic, de trafic de cocaïne et de recel d’argent. Un troisième accusé, Nicola Valiente, qui n’était pas présent, a également été libéré de toutes les accusations.

— Louis-Samuel Perron et Daniel Renaud, La Presse

Actualités

Un homme victime d’un homicide à Montréal

Le cadavre d’un homme a été découvert dans un fossé hier matin dans le parc industriel de l’arrondissement de Saint-Laurent, à Montréal. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a confirmé qu’il s’agissait d’un homicide. Le corps a été trouvé vers 5 h 45 à l’intersection de la rue Albert-Einstein et de l’avenue Marie-Curie, à la suite d’un appel au 911. Un suspect, un homme de 23 ans, a été intercepté par le SPVM. Il sera rencontré par les enquêteurs aujourd’hui puisqu’il a dû être transporté hier dans un centre hospitalier pour recevoir « des soins médicaux ». La cause et les circonstances entourant cette mort sont indéterminées pour l’instant. L’identité de la victime n’a pas été rendue publique.

— Fanny Lévesque, La Presse, avec La Presse canadienne

Scandale du Faubourg Contrecoeur

Le dossier de Bernard Trépanier remis au 27 juin

Le juge Yves Paradis a repoussé hier au palais de justice de Montréal le dossier de Bernard Trépanier, ancien collecteur de fonds du parti Union Montréal de Gérald Tremblay, accusé de fraude et de complot à la suite du scandale du Faubourg Contrecoeur. Une audience a été fixée le 27 juin. De son côté, la Couronne n’a pas voulu dire si elle comptait retirer les chefs d’accusation portés contre l’homme, qui est par ailleurs très malade. Rappelons que dans le même dossier, Frank Zampino et cinq coaccusés ont été acquittés par le juge Yvan Poulin le 2 mai dernier. — Luc Boulanger, La Presse

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