Canadien–Sénateurs

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Moins de 48 heures après avoir dominé les Sénateurs au Centre Bell, le Canadien a refait le coup, hier soir, à Ottawa.

Analyse

Du haut au bas de la formation

Ottawa — C’est toujours intéressant, et fort révélateur, de voir qui se lèvera quand la situation deviendra tendue. Qui saura insuffler une nouvelle énergie, aller chercher la mise en échec qui fait mal, le but qui casse les reins.

Hier, le Canadien de Montréal a gagné 5-2 un match chargé d’émotion contre les Sénateurs d’Ottawa. Des rivaux directs, bafoués une première fois mardi dernier, et qui cherchent désespérément à se racheter cette saison. 

Les Sénateurs étaient pourtant prêts à relever le défi. Ils avaient sorti l’artillerie lourde en début de match. Ils répondaient à chaque mise en échec, chaque séquence en échec avant. Mais le Canadien s’est levé, et plus important encore, dans ce qui est devenu une véritable victoire d’équipe. 

« Justin Falk ou Ben Harpur cherchaient à faire de grosses mises en échec, a analysé Jonathan Drouin, frondeur. On savait [que s’ils persistaient à être agressifs], on allait avoir nos chances parce qu’ils allaient manquer des mises en échec. Ce n’est que ça qu’ils essayaient de faire. Ça leur revient dans le visage. » 

« Pour chaque victoire, nous avons quatre trios et un gardien incroyable. Quand toute l’équipe de haut en bas contribue, nous sommes difficiles à battre, et c’est l’histoire de ce soir. »

— Max Domi 

Il a tout à fait raison. Rarement cette saison les quatre trios ont-ils cliqué à ce point, en même temps. Tout le monde a apporté sa contribution, conformément à son talent et à son rôle, et c’est probablement le constat le plus rassurant d’hier pour Claude Julien. 

Parce que Julien n’a pas manqué de lancer des défis à ses attaquants, cette saison. Il a exigé plus du troisième trio, à un certain moment. Il n’a pas été tendre non plus envers plusieurs des moutures de son quatrième trio. On a parfois vu le trio de Phillip Danault tomber au point mort, sans énergie, ou celui de Max Domi déroger de son plan de match. Hier, quand ça a commencé à chauffer, personne n’est parti se cacher. 

Signe concret de cette répartition des tâches, chaque trio a obtenu son but. Jeff Petry a marqué grâce aux efforts de Michael Chaput et de Kenny Agostino. Paul Byron a déjoué Craig Anderson sur une passe de Danault (le trio avait changé un peu après l’avantage numérique) et une bataille gagnée par Artturi Lehkonen. Andrew Shaw a obtenu son 100e but dans la LNH grâce à une superbe remise de Jonathan Drouin. Puis Brendan Gallagher a couronné une soirée exceptionnelle où il était de toutes les actions en déviant un tir de Tomas Tatar. 

On ouvre la parenthèse : si on croyait que Gallagher commençait à s’essouffler, il n’en est rien. On l’a rarement vu aussi en feu qu’hier. On ferme la parenthèse. 

Deslauriers et le quatrième trio

Claude Julien n’avait pas voulu en matinée confirmer le retour dans la formation de Nicolas Deslauriers. Mais la décision d’ajouter du muscle en prévision d’une soirée robuste était judicieuse. 

Le quatrième trio a d’ailleurs connu une impressionnante succession de bonnes présences, hormis peut-être leur première en troisième période. Constamment en échec avant, toujours à la recherche de la rondelle. Chaput surtout était de tous les combats. Sans doute avait-il en tête qu’il y aura bientôt un joueur de trop dans la formation, avec le retour de Noah Juulsen. 

Signe indéniable de la confiance de l’entraîneur envers cette version du quatrième trio : quand le Canadien a fait 2-1 en deuxième période, Claude Julien a immédiatement envoyé ce trio pour maintenir le rythme. On est loin de l’époque pas si lointaine où le trio était cloué au banc dès qu’on voyait poindre un enjeu. 

« Claude [Julien] m’avait dit que ça allait être plus physique. Ça entrait dans mon jeu, a dit Deslauriers, heureux comme jamais sans sa grille protectrice. On a créé de l’offensive, on a bien joué défensivement. On a joué prudemment. »

« On a joué simplement. On connaissait notre travail. »

— Nicolas Deslauriers

Si ce trio peut continuer à en donner autant, Claude Julien aura réglé un des problèmes qui l’a le plus embêté cette saison. Si les Max Domi, Brendan Gallagher, Andrew Shaw et compagnie peuvent continuer à charger le filet, toujours avec le même sourire narquois, peut-être le Canadien retrouvera-t-il sa réputation du début de la saison.

En attendant, le Canadien a vaincu deux fois les Sénateurs pour émerger de son passage à vide. Et il a dominé 215-124 au chapitre des tirs au but au cours des cinq derniers matchs. Cette statistique rejaillit tant sur les attaquants que sur les défenseurs.

« Ce sont les matchs qui te préparent aux séries, quand tu te bats et que tu repars avec les deux points, a dit Domi. Ils ont joué fort, ils étaient prêts, mais les bonnes équipes trouvent une manière de braver la tempête et de rebondir. »

Hier, le Canadien a été une bonne équipe. À elle de voir si elle peut le rester.

Ils ont dit

« On était prêts »

« On savait qu’ils allaient être agressifs. On était prêts, ça ne nous faisait pas grand-chose. On a aussi des gros gars et on est capables de patiner. On est capables de jouer ces matchs-là, maintenant. » — Jonathan Drouin

« J’aime gagner. On aime tous ça. Ça fait partie du style de certains joueurs de te déconcentrer, mais tu dois t’en tenir au plan. Aussi longtemps que tu restes discipliné, l’intensité te sert d’étincelle pour continuer. On a commencé plus lentement, ils nous ont frappés et ça nous a réveillés. C’est une grosse victoire. » — Max Domi

« C’était quatre points très importants au classement, et c’était important de nous mettre au travail et de retrouver des points perdus dans le passé. Dernièrement, c’était difficile, [on jouait] pour ,500 et moins. C’était bon de connaître une bonne séquence avant les fêtes. On part du bon pied. Il faut finir le voyage avec une fiche positive. » — Claude Julien

« C’est encourageant. C’est impossible de toujours compter sur les mêmes joueurs pour 82 matchs. Certains doivent relever ces défis-là pour que les autres trios ne sentent pas qu’on n’a pas de chances de gagner s’ils ont une soirée plus difficile. »

— Claude Julien à propos de la profondeur offensive

Propos recueillis par Jean-François Tremblay, La Presse

Dans le détail

Un 100e but pour Shaw

Un trio d’observations sur le match entre le Canadien et les Sénateurs

À la fin de la dernière saison, on se demandait combien de temps il restait à Andrew Shaw dans la LNH. Cet été, on se demandait dans quel état il reviendrait au jeu après son opération au genou et ses commotions cérébrales. Au début de la saison, on se demandait s’il avait encore une utilité. Force est d’admettre que Shaw, pour le moment du moins, a fait taire tous ses détracteurs. Non seulement il a contribué à donner une nouvelle vie au duo Max Domi-Jonathan Drouin, mais voilà qu’il a inscrit hier son 100e but dans la LNH. Tout ça, avec son 14e point en 14 matchs. Il a marqué de son « bureau », devant le filet, sur une passe d’un de ses nouveaux complices, Drouin. « Andrew continue à faire ce qu’il fait depuis qu’il est dans la LNH, à Chicago ou à Montréal, a dit Claude Julien. Tu peux l’insérer n’importe où, il joue dur, va dans les places où ce n’est pas facile d’être, reçoit des coups de bâton. C’est ce qui en fait un joueur très utile. »

Domi et le mot « ballottage »

Quand le Canadien est allé chercher Max Domi, il savait exactement ce qu’il avait sous la main. Le fougueux attaquant était beaucoup plus dangereux offensivement que ses statistiques ne le laissaient croire, mais en plus, il avait un peu de « Tie » en lui. On a vu cet aspect du joueur étalé au grand jour hier. Sportsnet a déniché une séquence datant du match de mardi contre les Sénateurs dans laquelle Domi mime le mot « Waiver » (ballottage) très doucement à l’endroit de Zack Smith. Petit rappel « amical » que Smith a été soumis, puis ignoré, au ballottage en début de saison. Smith s’est vengé hier avec un coup de bâton dans la zone, disons, sensible de Domi. Mais Domi a eu le dernier mot avec la victoire. « Je ne me rappelle plus [ce que j’ai dit], a expliqué Domi avec son sourire habituel. Si vous l’avez entendu, c’est une autre histoire. Je ne parlerai pas de ce qui se dit sur la glace. Ça appartient aux joueurs. C’était un match émotif et on respecte notre adversaire, mais c’est une grosse victoire. »

Stone indispensable aux Sénateurs

L’entraîneur-chef des Sénateurs d’Ottawa, Guy Boucher, ne manque jamais d’images pour décrire Mark Stone. Il l’a qualifié de « pilier » de l’équipe et n’a jamais manqué une occasion de souligner son leadership. Quand l’« Ubergate » a eu lieu, Stone a été le premier à se présenter devant les médias. Au match suivant, c’est lui qui a soulevé les siens pour la victoire. Quand Erik Karlsson et les Sharks sont venus à Ottawa, il a marqué. Et hier, dans un match retour émotif contre les rivaux de Montréal, il a tout fait. Il a déjoué Carey Price d’un bon tir après une mise en jeu gagnée par Colin White. Il a envoyé valser Brett Kulak avec une violente mise en échec. En plus, il a mis la table sur une belle occasion de marquer en désavantage numérique. Mark Stone deviendra joueur autonome cet été ; le garder à Ottawa doit être la grande priorité du directeur général Pierre Dorion.

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