Crawford veut (encore) gagner

Le Québécois Corey Crawford a perdu son statut de premier gardien chez les Blackhawks de Chicago et la reconstruction de l’équipe pèse lourd sur lui. « C’est dur d’avoir du fun quand tu perds », admet-il.

« J’aimerais jouer plus de matchs »

— Corey Crawford

Ottawa — Corey Crawford avait la mine basse dans le vestiaire des visiteurs du Centre Canadian Tire, mardi matin. Le gardien québécois venait de participer à l’entraînement optionnel des Blackhawks de Chicago, en vue du duel de la soirée contre les Sénateurs d’Ottawa.

Pour la 25e fois cette saison, Crawford amorçait un match assis au banc pendant que Robin Lehner obtenait le départ.

On a déjà vu pire comme situation, remarquez. Crawford compte tout de même 22 départs, cette saison, et pourrait en obtenir un 23e ce mercredi puisque les Blackhawks débarqueront alors au Centre Bell pour y affronter le Canadien. Un régime moitié-moitié parfaitement normal entre deux gardiens qui touchent des salaires comparables (5 millions de dollars pour Lehner, 6 millions pour Crawford). Et les contrats des deux expirent au terme de la saison.

Le problème, c’est qu’après deux saisons gâchées par des commotions, Crawford espérait revenir à ce qu’il était : un gardien numéro 1. Entre 2010-2011 et 2016-2017, il a connu 6 saisons de 55 départs ou plus (et 28 lors de la campagne 2013 écourtée).

« Je n’ai jamais vraiment joué avec un gars au top de la ligue comme lui. Je dois continuer à travailler pour avoir plus de matchs », a admis Crawford, dans un entretien avec trois journalistes francophones.

Crawford a connu tous les types d’adjoint, des vétérans en fin de carrière (Marty Turco, Cam Ward) à des gardiens qui tentent de faire leur place (Antti Raanta, Scott Darling).

Voici qu’il se retrouve avec Lehner, qui a accepté un contrat d’un an à titre de joueur autonome, l’été dernier. Le Suédois a 28 ans et a remporté, la saison dernière, le trophée Jennings – remis aux gardiens de l’équipe qui accorde le moins de buts – en compagnie de son adjoint Thomas Greiss chez les Islanders de New York.

Stimulant d’avoir un adjoint avec un tel profil ? « C’est sûr. Ça te pousse à être au top de ta game », a répondu l’athlète de Châteauguay.

« J’aimerais jouer plus de matchs. Mais ce n’est pas le plan. C’est dur. Mais je ne peux rien faire, je peux juste travailler fort à l’entraînement et attendre qu’ils disent que c’est à moi de jouer. »

Lehner détient l’avantage jusqu’ici.

Fiche des deux gardiens

Lehner : 14-7-4, moyenne de 2,85, efficacité de ,923

Crawford :  7-13-2, moyenne de 3,09, efficacité de ,906

« Quand tu joues plus, les petits détails viennent plus facilement, tu as moins besoin de t’ajuster. Tu sens plus la game, ce que les joueurs vont faire, c’est plus facile de lire le jeu », explique Crawford.

La suite ?

Les contrats des deux gardiens seront à renégocier au terme de la saison. Le directeur général des Blackhawks, Stan Bowman, aura une décision déchirante à prendre.

D’un côté, Lehner est dans la force de l’âge et présente des statistiques fort honorables, considérant les difficultés de l’équipe devant lui.

De l’autre côté, Crawford vient d’avoir 35 ans et ses statistiques empirent au gré du rendement des Blackhawks, en pleine reconstruction après une décennie faste. Mais il a été un choix de deuxième tour des Hawks en 2003, n’a connu aucune autre organisation dans la LNH et compte deux bagues de la Coupe Stanley.

« On n’en a pas parlé encore. On va voir ce que M. Bowman veut faire avec moi à la fin de la saison. »

— Corey Crawford

Mais justement, la reconstruction pèse lourd sur lui. Lors des sept saisons susmentionnées, les Blackhawks ont participé aux séries éliminatoires. Deux fois, ils ont soulevé la Coupe Stanley, en plus d’atteindre la finale de l’Association de l’Ouest en 2014.

Avec une fiche de 21-20-6, les Chicagolais sont maintenant en voie de rater les séries éliminatoires pour un troisième printemps de suite. C’est évidemment difficile à digérer pour tout joueur, encore plus pour un qui a jadis connu tant de succès.

« C’est dur d’avoir du fun quand tu perds. Les deux dernières années, ce n’était pas vraiment le fun. Gagner la Coupe, c’est ça, le fun. Si tu joues dans la ligue juste pour jouer dans la ligue, tu ne gagneras jamais.

« J’aimerais rester ici et avoir la chance de gagner une autre Coupe. Ça serait idéal. Mais tu ne sais jamais. »

Une chose est sûre : ce serait surprenant que les Blackhawks dépensent encore 11 millions pour leurs deux gardiens. Selon CapFriendly, le Canadien (11,25 millions) est la seule équipe de la LNH à dépenser davantage à cette position.

Le Canadien

Pour un Centre Bell moins hospitalier

À titre de membre des Jets de Winnipeg, Ben Chiarot adorait venir jouer au Centre Bell. La ville qui est hockey, les bannières au plafond, l’ambiance, tout ça contribuait à faire d’une visite en ville l’un de ses moments favoris de la saison.

« Comme joueur adverse, j’étais toujours super motivé en venant jouer ici », a-t-il expliqué après l’entraînement de mardi à Brossard.

C’est peut-être ça, le problème.

Des témoignages comme celui de Chiarot, des témoignages de joueurs adverses qui affirment adorer patiner au Centre Bell, on a dû en entendre des dizaines et des dizaines ces dernières années. En gros, ils disent presque tous la même chose : le Centre Bell, c’est agréable.

Ça explique peut-être cette fiche de 9-11-4 que le Canadien traîne au Centre Bell cette saison. En compilant les défaites subies après 60 minutes de jeu, on arrive à une fiche de 9-15 à la maison, ce qui est loin d’être acceptable.

Est-ce que le Centre Bell serait devenu confortable comme un spa dans les Laurentides pour les équipes adverses ?

« Ce n’est pas compliqué, il faut être à notre mieux quand on joue au Centre Bell, parce que pour plusieurs joueurs adverses, c’est un match spécial, d’ajouter Chiarot. La plupart des joueurs dans cette ligue ont grandi en regardant le Canadien à la télé le samedi soir. Ils ont hâte de débarquer ici. Alors on ne peut pas se permettre de ne pas être prêts, parce que l’autre équipe va l’être. »

Tendance

Dans l’Association de l’Est, toutes les équipes qui sont incluses dans le portrait des séries éliminatoires à l’heure actuelle ont un dossier favorable à domicile. Il s’agit d’une tendance qu’on pourrait difficilement ignorer.

La saison dernière, par exemple, toutes les équipes de l’Est qui ont obtenu une place en séries ont présenté un dossier supérieur à ,500 devant leurs partisans.

« Il n’y a personne qui va participer aux séries avec une mauvaise fiche à la maison, a admis l’attaquant Dale Weise. Je ne suis pas avec l’équipe depuis le début de la saison, alors je n’ai pas de grandes explications sur le sujet. Mais si on regarde un peu le début de match qu’on a connu lundi soir [contre les Flames de Calgary], c’est le genre de chose qui fait en sorte que la foule embarque rapidement, et ça complique la tâche de l’équipe adverse. »

« Nous avons des fans très bruyants, il faut que ce soit un avantage pour nous. Il faut que ce soit difficile de venir jouer au Centre Bell. »

— Dale Weise

La saison dernière, le Canadien avait maintenu un dossier de 25-12-4 sur sa propre patinoire, ce qui n’avait pas été suffisant pour une place en séries. Mais ce dossier favorable avait au moins permis à l’équipe de bagarrer pour une place jusqu’à la fin. Au fait, deux des trois derniers matchs du club avant la pause des Étoiles seront présentés au Centre Bell, dont celui de mercredi soir contre les Blackhawks de Chicago.

« Parfois, ça arrive qu’une équipe ait une meilleure fiche à l’extérieur plutôt qu’à la maison, a ajouté l’attaquant Phillip Danault. On a eu aussi quelques malchances lors de nos matchs ici, quelques mauvais bonds de la rondelle. Mais c’est sûr que c’est un aspect de notre saison qui doit changer. »

Dans l’Est, il faut remonter à la saison 2013-2014 pour trouver deux équipes qui avaient pu se faufiler en séries malgré le poids d’une fiche sous la barre des ,500 à domicile. Les Rangers de New York y étaient parvenus malgré une fiche de 20 victoires et 21 défaites au total, tout comme les Red Wings de Detroit, qui avaient conclu la saison avec 18 victoires et 23 défaites devant les leurs.

Les gars du Canadien aimeraient mieux ne pas avoir à imiter ces deux équipes, parce que ce n’est pas un super bon plan.

« Au Centre Bell, je dirais que la clé se trouve dans nos débuts de match, a ajouté Chiarot. Il faut donner la chance à nos fans de faire du bruit dès le départ. »

Armia de retour avant la pause ?

Avec un peu de chance, le Canadien devrait retrouver Joel Armia très bientôt.  L’attaquant finlandais, blessé depuis le match du 23 décembre à Winnipeg, a pris part à l’entraînement de mardi matin à Brossard. Il ne devrait pas participer au match de mercredi soir au Centre Bell contre les Blackhawks de Chicago, mais il vise tout de même un retour avant la pause du match des Étoiles. Après la rencontre de mercredi, le Canadien aura deux autres matchs à son horaire avant le congé, qui doit commencer dimanche. « Je me sens bien et j’espère revenir avant la pause du match des Étoiles, a expliqué Armia, mardi à Brossard. On verra si je suis en mesure de me sentir assez bien pour un retour d’ici là. » L’attaquant était en voie de connaître la meilleure saison de sa carrière quand il a été victime d’un coup de bâton à la main de la part du défenseur Nathan Beaulieu à Winnipeg. « Ce n’est pas une question de conditionnement physique pour Joel, a expliqué l’entraîneur-chef Claude Julien. Il faut seulement s’assurer qu’il soit complètement rétabli. » En 35 matchs cette saison, Armia a obtenu 21 points.

— Richard Labbé, La Presse

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