Bernal K.-O., mais pas Pogačar !

Primož Roglič n’a même pas eu à passer le K.-O. à Egan Bernal. Ses coéquipiers s’en sont chargés. L’uppercut sans appel a sonné le glas du vainqueur sortant du Tour de France.

On a quand même un match : Tadej Pogačar est encore debout, plus fringant que jamais. Le formidable Slovène de 21 ans a remporté la 15e étape par décision unanime, débordant son compatriote Roglič (Jumbo) dans les tout derniers mètres au sommet du Grand Colombier, dimanche.

Avec les bonifications à l’arrivée, Pogačar s’est rapproché à 40 secondes du maillot jaune. Avec les Alpes qui se profilent, peut-il gagner le Tour ? « C’est le plan », a candidement répondu le représentant d’UAE, qui empoche ainsi sa deuxième étape après celle dans les Pyrénées la semaine dernière.

Bernal (Ineos), qui avait déjà montré ses limites vendredi au Puy Mary, ne peut plus avoir cette prétention. Mis en difficulté par le rouleau compresseur des Jumbo, Wout van Aert en tête, le Colombien de 23 ans a craqué avec 13 kilomètres à faire, en même temps que son compatriote Nairo Quintana (Arkea).

« J’ai souffert dès la première montée, je pense que j’ai perdu environ trois ans de ma vie sur l’étape d’aujourd’hui », s’est livré Bernal, sans se défiler.

Au sommet, Bernal avait cédé plus de sept minutes, ce qui l’a fait dégringoler du troisième au 13rang du général. Pour la première fois en six ans, ce ne sera pas un représentant d’Ineos (précédemment Sky) qui sera couronné dimanche prochain à Paris. On avait beau le voir venir, cette fin de règne reste un évènement, surtout en l’absence de Christopher Froome et de Geraint Thomas, qui ont gagné cinq fois à deux.

Les défaillances de Bernal et de Quintana, qui a limité sa perte à 3 min 50 s, ont rebattu les cartes au sommet du classement. Au profit de deux autres Colombiens : Rigoberto Urán (EF), l’homme dont on ne parle jamais, et Miguel Ángel López (Astana), qui se sont respectivement repositionnés troisième et quatrième, à moins de deux minutes de la tête.

« C’est une bonne opération pour nous », a constaté le Québécois Hugo Houle, coéquipier de López.

« Miguel tient son rang ; il a fait une très, très belle performance aujourd’hui. C’était difficile, il y avait beaucoup de montées et il faisait curieusement chaud pour le mois de septembre. Un gros 30 degrés dans les vallées. Il reste encore trois grosses étapes, mais il vient assurément de passer le test. »

Privé du grimpeur Ion Izagirre, victime de fractures sur chute à la 11étape, Astana a bien réparti ses forces dans cette journée cruciale. Si bien qu’au pied du Grand Colombier, López était toujours accompagné de son jeune compatriote Harold Tejada et de l’Espagnol Omar Fraile, qui ont pu ravitailler leur leader.

Encore courbaturé de sa chute sans gravité de la veille, Houle s’est accroché dans la première ascension de la Selle de Fromentel. Après avoir remonté des bidons dans le col de la Biche, il s’est fait distancer peu avant le sommet, alors que le peloton était réduit à une quarantaine de coureurs.

« Ce n’était pas les cols comme je les aime. C’était vraiment raide, avec des passages à 22 %. Quand c’était un peu plus roulant, j’étais bien, mais les portions abruptes m’ont plus fatigué. Il faut être raisonnable. »

« Si j’avais poussé ma chance, j’aurais pu revenir [dans la descente], mais j’étais pas mal cuit et je n’avais pas envie de prendre de risques et de rentrer comme un James Bond… »

— Hugo Houle

Le cycliste de Sainte-Perpétue a grimpé à son rythme dans le Grand Colombier, interdit au public pour des raisons sanitaires, traversant le fil 20 minutes après Pogačar.

Même isolé, le jeune Slovène a été fumant au sprint final, réagissant à un premier démarrage de Roglič à 600 mètres. Pogačar a ensuite profité du travail de Richie Porte (3e) — encore très à l’aise dimanche et maintenant sixième au général — pour surprendre le maillot jaune dans la dernière ligne droite.

« Quand tu es fort, tu es fort, tu n’as pas besoin de coéquipier », a commenté Houle, qui était du Tour de Californie remporté par Pogačar l’an dernier. Le champagne avait été refusé au champion de 20 ans parce qu’il n’avait pas encore atteint la majorité aux États-Unis.

Le prodige avait ensuite gagné trois étapes à la Vuelta, où il a terminé sur le podium final. « On sait que c’est un grand, grand talent, mais il y a des jeunes qui arrivent comme ça et qui explosent complètement [par la suite] », a prévenu Houle, dorénavant 50e au général.

Le Québécois pense que Pogačar peut rêver à la victoire. « C’est possible, a-t-il répondu après une hésitation. Quarante secondes, c’est encore très peu. Par contre, si j’étais lui, je n’attaquerais pas très tôt parce qu’il n’a pas l’équipe pour tenir la baraque. Il ferait mieux d’attendre à la dernière étape de montagne. Il a aussi montré qu’il était très solide au contre-la-montre. Il a battu Primož à son championnat national. Sur une fin de Tour, un chrono, c’est difficile. Ça peut vite basculer d’un côté comme de l’autre. »

Avec deux étapes alpestres et le contre-la-montre à la Planche des Belles Filles, tout est encore en jeu pour les quatre ou cinq premiers, évalue le seul Canadien sur le Tour.

Après la deuxième journée de repos lundi, le peloton visitera l’Isère le lendemain pour une autre étape corsée autour de Grenoble. Houle sera en terrain connu, puisqu’il passera devant la résidence d’Uriage-les-Bains où il s’était établi chez l’ex-coureur Michel Lacouline, à ses débuts en Europe en 2012. Un bon moment pour mesurer le chemin parcouru.

— Avec Agence France-Presse

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