MAISON Jardinage

Le bonheur de cueillir ses fruits

Quand Jennifer Laberge énumère tout ce qui pousse chez elle à Terrebonne, on croirait qu’elle récite une comptine pour enfants. « Nous avons à la maison dix camérisiers, neuf bleuetiers, trois kiwis, deux abricotiers, un cerisier, un amélanchier, un plant de rhubarbe, un goji, des fraisiers et des cerises de terre », dit l’infirmière, mère d’un garçon de 18 mois. Il y a quatre ans à peine, son mari et elle ne connaissaient pourtant « rien » à l’horticulture.

« J’ai développé une passion pour le jardinage et la récolte de mes propres fruits et légumes, explique Jennifer Laberge. Manger bio et local est une préoccupation pour nous. Nous avons aussi adopté le mode de vie zéro déchet. » Or, faire pousser ses bleuets est l’un des rares moyens d’en croquer sans s’embarrasser d’un emballage…

« C’est une passion »

Sabrina Tremblay, quant à elle, aimait dès l’enfance s’occuper des framboises, des bleuets et des fraises qui poussaient chez ses parents, au Saguenay. « C’était instinctif », dit-elle. Quand elle est partie vivre en appartement à Québec, en 2002, elle a continué les récoltes sur son balcon. « J’avais des fraises suspendues et un petit potager », se souvient-elle. Depuis 10 ans, elle vit dans une maison de Charlesbourg, où elle a le bonheur de cultiver des arbres fruitiers (amélanchier, poirier, noisetier) et plusieurs petits fruits dans des bacs (camerises, bleuets, framboises et cerises de terre). « On en rajoute tout le temps », précise-t-elle en riant.

« C’est une passion : être dehors, cultiver ses propres aliments, les voir pousser et finalement les consommer », témoigne Sabrina Tremblay, ingénieure en informatique. L’entretien de son jardin lui demande entre 10 et 15 minutes par jour, plus quelques fins de semaine au printemps et à l’automne.

Plus chaud en ville

Même au cœur de Montréal, « à peu près tout peut se cultiver », indique Marie-Josée Vézina, agronome au Laboratoire d’agriculture urbaine AU/LAB. Cette année, sur le toit du Palais des congrès de Montréal, le Laboratoire a créé un verger dans des pots en géotextile de 75 litres. Marie-Josée Vézina cherche à documenter si on peut y produire plus longtemps qu’ailleurs (ce qui serait chouette) et si des cultivars conçus pour des zones de rusticité plus chaudes peuvent s’y épanouir (et re-chouette).

« En milieu urbain, la seule contrainte climatique, c’est l’extrême chaleur qui peut influencer considérablement certaines productions, observe l’agronome. Je pense aux fraises et aux framboises, qui préfèrent les milieux plus frais. L’espace est aussi souvent restreint. La majorité des petits fruits vont quand même bien se développer en production hors sol. » Le truc ? Ne pas utiliser de très petits pots, qui ne permettent pas aux racines de bien se développer.

Quels sont les avantages de faire pousser des fruits sur son balcon ou dans sa cour ? Outre le fait de se nourrir (sans rêver à l’autosuffisance, utopique en ville), « il y a un plaisir à jardiner et à manger ce qu’on a produit, souligne Marie-Josée Vézina. Du côté de la biodiversité, il y a aussi le fait que tous les petits fruits font des fleurs, ce qui va attirer des insectes pollinisateurs ».

Jardin-forêt dans Villeray

Depuis cinq ans, Richard Bourdeau cultive une cour qui lui est prêtée dans le quartier Villeray, à Montréal. « On essaie de transformer une pelouse en sol vivant », explique-t-il, en montrant la terre grouillante de vers. Ne lui parlez pas de loisir : il le fait pour se « reconnecter à la nature » et pour participer à la conservation de la diversité biologique.

Dans ce qu’il appelle son « mini-jardin-forêt comestible », on ne trouve pas de rangées de plants de fraises ou de fèves. Richard Bourdeau pratique la polyculture, avec la présence de végétaux diversifiés qui s’aident entre eux, par exemple en repoussant des insectes non désirés. Il essaie de recréer la lisière entre la prairie et la forêt, où poussent naturellement les fruits. « J’imite ce que la nature fait de mieux », fait-il valoir. Autour de lui poussent des plantes comestibles (camerise, cassis, vigne, aronie, etc.), d’autres ornementales et médicinales.

Son but est alléchant : « Viser le moins d’énergie possible pour avoir le plus d’effets possible », résume Richard Bourdeau. Préparer son jardin-forêt lui demande trois jours de travail en début de saison, puis à peine deux visites de 20 minutes par semaine, surtout pour récolter les fruits.

Prérequis :  soleil

Pas le temps de vous lancer vous-même dans un projet de permaculture ? Jonah Neumark, de Neumark Design, est spécialisé dans l’aménagement de paysages avec plantes comestibles et vivaces. « Avoir des fruits, c’est quelque chose qui m’est presque toujours demandé, dit le designer. C’est sûr que ça prend du soleil, par contre. Si quelqu’un a juste une cour semi-ombragée ou ombragée, c’est plus difficile de cultiver des fruits. Le cassissier est le petit fruit le plus tolérant à l’ombre : on peut le mettre dans un endroit avec juste trois heures de soleil direct. »

Pourquoi les fruits sont-ils si populaires au jardin ? « Quand on fait de l’autocueillette chez soi, c’est tellement plus délicieux qu’en épicerie ! répond sans hésiter Jonah Neumark. On peut cultiver les variétés les plus goûteuses, qui ne sont pas nécessairement celles qu’un verger commercial va choisir. » Nul besoin de s’inquiéter des propriétés de conservation et de transport, quand c’est pour manger tout de suite…

Des guides pour jardiniers urbains

Avant de se lancer, il peut être utile de consulter le Guide de l’agriculture urbaine publié par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ). Un volet porte sur la culture de fruits, un deuxième sur les arbres fruitiers et un autre sur les plantes grimpantes comestibles, dont le kiwi arctique et la vigne à raisin (de table, rangez vos bouteilles !). Marianne Baril et Nicolas Auger, copropriétaires de la Pépinière Ancestrale de Saint-Julien, viennent également de publier Arbres et arbustes fruitiers pour le Québec, aux éditions Broquet.

Pour consulter le Guide de l’agriculture urbaine du MAPAQ...

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