présidentielle 2020

De l’aide étrangère ? Pourquoi pas ! lance Donald Trump

Washington — Donald Trump était hier assailli par les critiques, y compris dans son camp, pour avoir affirmé qu’il était prêt à accepter des informations compromettantes d’une puissance étrangère sur ses rivaux, malgré la tempête judiciaire déclenchée par les contacts entre son entourage et Moscou en 2016.

« Honteux », « choquant », « une erreur »… Les déclarations du président américain ont alimenté les appels des démocrates favorables à l’ouverture d’une procédure de destitution, mais aussi les critiques de proches alliés républicains.

Interrogé mercredi par la chaîne ABC pour savoir s’il accepterait des informations compromettantes sur ses adversaires, venues par exemple de Russie ou de Chine, ou s’il les transmettrait au FBI, le président américain a répondu qu’il ferait probablement « les deux ».

« Mes réponses sont rarement mises en avant dans leur intégralité par les médias fake news », s’est-il défendu hier sur Twitter.

Dans un parallèle surprenant, le locataire de la Maison-Blanche, qui visera un second mandat en novembre 2020, a par ailleurs souligné qu’il était en contact avec des dirigeants étrangers, comme la reine Élisabeth II ou le président français Emmanuel Macron, « tous les jours ».

« Devrais-je immédiatement appeler le FBI pour leur rendre compte de ces appels et de ces rencontres [avec des dirigeants étrangers] ? C’est ridicule ! »

— Donald Trump

Donald Trump était initialement interrogé sur son fils aîné, Donald Trump Jr., qui, lors de la campagne présidentielle de 2016, avait participé à une réunion avec des personnes qu’il pensait mandatées par Moscou, et qui lui avaient promis des informations compromettantes sur la candidate démocrate Hillary Clinton.

Cette rencontre et d’autres contacts entre des membres de son équipe et des Russes ont intéressé le procureur spécial Robert Mueller qui, après pratiquement deux ans d’enquête, a mis en évidence l’ingérence de Moscou dans la présidentielle de 2016.

« Plus bas que jamais »

M. Mueller a toutefois conclu qu’il n’y avait pas eu d’entente entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie. Mais il ne l’a pas blanchi de soupçons d’entrave à la justice.

Ces conclusions, publiées fin avril, ont provoqué une avalanche d’appels à ouvrir une procédure de destitution contre Donald Trump chez les candidats démocrates à la présidentielle de 2020.

Mais ces voix sont restées jusqu’ici minoritaires à la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, où devrait être déclenchée une telle procédure.

Les dernières déclarations du milliardaire pourraient toutefois grandement compliquer la tâche de sa présidente, Nancy Pelosi, qui fait barrage contre une procédure de destitution qu’elle juge très impopulaire, en plus d’être probablement vouée à l’échec dans un Sénat républicain.

Deuxième dans la course à l’investiture démocrate, Bernie Sanders a appelé la Chambre à « déclencher immédiatement une enquête en vue d’une destitution ».

« Il est temps de destituer Trump », a renchéri la troisième dans les sondages, la sénatrice progressiste Elizabeth Warren.

En tête de ces enquêtes d’opinion, l’ancien vice-président Joe Biden n’appelle pas pour l’instant à dégainer cette option, mais il a dénoncé les propos de Donald Trump. 

« C’est une menace à notre sécurité nationale. »

— Joe Biden

Donald Trump s’est aussi défendu hier en accusant de nouveau l’enquête Mueller d’être « une chasse aux sorcières bidon » dirigée par les démocrates.

Certains alliés ont saisi cette perche présidentielle, comme Lindsey Graham, qui a tenté de faire retomber une partie de l’indignation sur les démocrates en les accusant de s’être servis d’informations fournies par un Britannique, Christopher Steele, en 2016.

Mais ce farouche défenseur du président a aussi publiquement déploré une « erreur » du milliardaire.

« Face à quoi que ce soit de valeur, de l’argent ou des informations sur votre rival » offert par un pays étranger, « la bonne réponse est non », a affirmé M. Graham.

Critique régulier du président, le sénateur républicain Mitt Romney a souligné qu’il devrait être « impensable » pour tout candidat d’accepter de telles données.

Mais ces reproches n’ont toutefois pas poussé au consensus au Sénat, où l’adoption d’un projet de loi démocrate qui obligerait les candidats à signaler toute tentative d’ingérence étrangère dans les élections a échoué, sous l’opposition de républicains.

« Nous sommes tombés aujourd’hui plus bas que jamais, au Sénat, au Parti républicain et dans notre démocratie », a réagi le chef de la minorité démocrate, Chuck Schumer.

« Quelle honte que nos collègues républicains fassent le dos rond alors qu’ils savent que ce que fait » Donald Trump « nuit gravement à la démocratie ».

États-Unis

Sarah Sanders quitte la Maison-Blanche

Washington — Donald Trump a annoncé hier le départ prochain de Sarah Sanders, porte-parole de la Maison-Blanche, louant la combativité de cette « guerrière », proche collaboratrice depuis la campagne de 2016.

Farouche avocate du président américain en toutes circonstances, cette femme brune de 36 ans au style direct avait hérité à l’été 2017 du poste prestigieux – mais très exposé – de press secretary.

Régulièrement interrogée sur les tweets provocateurs ou les sorties agressives de Donald Trump à l’encontre des médias, elle s’est parfois retrouvée en position délicate et a été critiquée pour ses approximations, voire ses contre-vérités, dans certaines de ses réponses.

Dans une Maison-Blanche au fonctionnement souvent chaotique, cette femme à l’accent du Sud marqué faisait partie de la garde rapprochée du président, toujours très présente à ses côtés.

Il y a plusieurs mois, elle avait abandonné la tradition du point de presse quotidien dans la salle de presse de la Maison-Blanche, lui préférant des séances de questions-réponses improvisées et souvent cacophoniques, à l’image de celles dont raffole le milliardaire républicain.

« Notre merveilleuse Sarah Sanders quittera la Maison-Blanche et rentrera chez elle dans l’État de l’Arkansas à la fin du mois. »

— Donald Trump, sur Twitter, sans donner la moindre indication de celui ou celle qui pourrait la remplacer

L’ex-magnat de l’immobilier a ajouté espérer qu’elle soit un jour candidate à la fonction de gouverneur de cet État, un poste qu’a occupé son père Mike Huckabee, personnage marquant de la politique américaine. « Elle serait fantastique ! », a-t-il lancé.

Loyauté

Peu après, à l’occasion d’une cérémonie sur la réforme de la justice en présence de la vedette de téléréalité Kim Kardashian, M. Trump lui a rendu un hommage particulièrement appuyé, ce qui est plutôt rare de la part d’un président en froid avec nombre de ses anciens collaborateurs.

Saluant « une amie, une magnifique personne », il a estimé qu’elle avait fait « un travail incroyable ».

Disant, des larmes dans la voix, sa fierté d’avoir travaillé pour Donald Trump, Sarah Sanders a assuré qu’elle resterait l’un de ses appuis les plus « loyaux ». Elle s’est dite convaincue que le milliardaire républicain remportera la présidentielle de 2020 et qu’il a, par conséquent, encore « six années incroyables » devant lui à la Maison-Blanche.

Les Américains ont découvert cette femme, née dans la petite ville de Hope, dès les débuts de l’administration de Donald Trump, en tant qu’adjointe du porte-parole Sean Spicer.

Petite, elle baignait déjà dans la politique grâce à son père, dont elle fut la directrice de campagne lors de la primaire républicaine pour la présidentielle de 2016 avant de rejoindre l’équipe de Donald Trump.

Sarah Sanders évoquait régulièrement sa foi. Interrogée au podium sur le comportement et le langage du président sur Twitter, elle avait ainsi répondu : « En tant que croyants, nous n’avons qu’un seul modèle parfait, Dieu… Personne n’est parfait, un seul l’est. »

Elle parlait par ailleurs régulièrement de sa famille. Évoquant hier les deux années écoulées, elle a estimé que la seule chose qui surpassait « de peu » l’intensité de son expérience à la Maison-Blanche était le fait d’avoir « trois enfants extraordinaires ».

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