Chronique

Turbulences à Ottawa, Chicago et Los Angeles

Voilà une téléréalité dont la diffusion n’aurait jamais été autorisée par la LNH ou une de ses équipes. Elle nous montre la « vraie » vie d’un club, celle qui n’a rien à voir avec les épisodes aseptisés où les coulisses des organisations sont souvent présentées avec complaisance.

On peut avec raison dénoncer le comportement du chauffeur d’une voiture Uber qui a enregistré à leur insu les joueurs des Sénateurs d’Ottawa. Mais ceux-ci n’ont pas été très méfiants en se vidant le cœur devant un étranger. Au dicton « Ce qui se dit dans le vestiaire reste dans le vestiaire », on peut maintenant ajouter : « Mais ce qui se dit dans le taxi ne reste pas toujours dans le taxi ». C’est la réalité de notre époque.

Une fois ce constat effectué, reconnaissons cette évidence : les turbulences font partie de la vie d’une équipe professionnelle, à plus forte raison quand elle est menée de manière aussi désastreuse que les Sénateurs.

En décembre dernier, le propriétaire Eugene Melnyk a attaché le grelot en évoquant le possible déménagement de la concession si les chiffres d’assistance devenaient un désastre. Tout cela en plein week-end de festivités à l’occasion du match en plein air entre son équipe et le Canadien. Gaffe pour gaffe, celle-là vaut son pesant d’or.

Depuis ce temps, les mauvaises nouvelles tombent en cascade. Cette vidéo où plusieurs porte-couleurs des Sénateurs hachent menu l’entraîneur adjoint Martin Raymond en est la plus récente manifestation. Celui-ci n’en sortira pas indemne. Qu’on le veuille ou non, sa crédibilité est attaquée et les molles excuses par communiqué des forts en gueule des Sénateurs, Matt Duchene en tête, n’y changeront rien. Des mots pareils laissent des traces.

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Des joueurs qui n’apprécient pas leur coach ou un entraîneur adjoint, c’est fréquent dans le sport. On l’a déjà vu avec le Canadien au milieu des années 90. Yvan Cournoyer, qui secondait Mario Tremblay, ne faisait pas l’unanimité, c’est le moins qu’on puisse dire. L’affaire avait soulevé des vagues.

Des épisodes corsés sont aussi survenus plus récemment. Il suffit de lire l’excellent bouquin de mon collègue Martin Leclerc sur Daniel Brière pour comprendre que les méthodes de Michel Therrien ont causé des frictions dans l’équipe. Ce serait très étonnant que les joueurs n’en aient pas parlé entre eux.

Dans le cas des Sénateurs, le peu d’espoir généré par l’organisation exacerbe les ennuis. Les choses, soyons clairs, vont mal : le propriétaire n’est pas apprécié par de nombreux fans, le dossier du nouvel amphithéâtre progresse trop lentement, Erik Karlsson est parti pour San Jose parce que son prochain contrat s’annonçait trop onéreux, le choix de premier tour de juin prochain a été expédié à l’Avalanche du Colorado…

En septembre dernier, j’ai établi un parallèle entre les Sénateurs et les Expos, qui ont bradé des joueurs de premier plan en 1995 pour des motifs financiers. Mais ils me rappellent aussi les Nordiques au tournant des années 90, période où on se moquait méchamment d’eux, même à Québec.

Quand la spirale entraîne une organisation vers le bas, il devient difficile de la freiner. Au bout du compte, les Expos et les Nordiques, deux organisations fragiles, ont été transférés dans d’autres villes. Durant leurs dernières saisons à Montréal et à Québec, l’accumulation de mauvaises nouvelles a eu plus d’effet que les trop rares périodes ensoleillées.

En soi, cette « affaire Uber », aussi désagréable soit-elle, n’est pas une catastrophe. Dans tous les secteurs de la vie, des employés sont irrités par la manière dont leurs patrons s’acquittent de leurs tâches. Ils ont parfois raison, parfois tort. C’est la réalité du marché du travail.

Mais puisque les Sénateurs traversent des moments si sombres, le dossier prend de grandes proportions. L’entraîneur-chef Guy Boucher a connu des périodes frustrantes la saison dernière. Ça ne s’annonce pas plus facile pour lui, ni pour l’ensemble de l’organisation, au cours des prochains mois.

Le seul espoir pour les Sénateurs est que cette vidéo ait mené à une bonne séance de lavage de linge sale en famille. C’est parfois suffisant pour regrouper une équipe pendant un certain temps.

Le congédiement de Joel Quenneville

Ça ne brasse pas seulement à Ottawa. Le congédiement de Joel Quenneville par les Blackhawks de Chicago est un coup de tonnerre. Et il rappelle avec force cette grande loi du sport professionnel : les exploits du passé ne comptent plus au moment d’analyser le présent.

En 2010, Quenneville a conduit les Blackhawks à une première Coupe Stanley en près de 40 ans. Son équipe s’est de nouveau imposée en 2013 et 2015. Cette fiche extraordinaire ne lui a pourtant pas fourni de rempart face aux ennuis des dernières saisons.

Rappelons-nous : John McDonough, le président de l’équipe, avait promis un virage au printemps 2017, après l’élimination des Blackhawks en quatre matchs d’affilée par les Predators de Nashville au début des séries. « Le statu quo n’est pas acceptable », avait-il dit.

Ce rebond ne s’est pas produit : les Blackhawks ont raté les séries la saison dernière. Et cet automne, leurs performances sont en demi-teinte. Résultat, Quenneville se voit montrer la sortie. Comme l’impression qu’il ne restera pas longtemps sans emploi. Mais ce n’est sûrement pas de cette manière qu’il pensait quitter l’organisation.

On souhaite bonne chance à son jeune successeur, il en aura besoin. Pas facile de relever un coach presque déjà légendaire. Mais personne ne pourra nier que les dirigeants des Blackhawks ont du cran.

La nomination de Willie Desjardins

Chez les Kings de Los Angeles, ce n’est pas le renvoi de John Stevens qui m’étonne, mais l’identité de son successeur : Willie Desjardins obtient le poste par intérim.

Aux Jeux de PyeongChang, Desjardins a dirigé l’équipe masculine de hockey avec un succès bien relatif. Je ne garde pas le souvenir d’un grand communicateur ou d’une personnalité inspirante.

Dans ses points de presse, Desjardins a énoncé un nombre impressionnant de clichés. Une chance que le hockey va bien à Los Angeles, car le nouveau coach des Kings n’a certainement pas les atouts pour devenir le visage public de l’organisation.

Avant d’être repêché par l’équipe olympique canadienne, Desjardins n’a guère obtenu de succès durant ses trois saisons derrière le banc des Canucks de Vancouver. On le dit bon technicien, mais ses résultats des dernières années ne sont pas convaincants. Bref, la décision des Kings laisse songeur.

Seule bonne nouvelle : les Kings ont embauché Marco Sturm comme adjoint à Desjardins, lui qui a impressionné à PyeongChang, conduisant l’équipe allemande à la médaille d’argent. Mais la direction aurait mieux fait d’intervertir les postes de ses deux nouveaux hommes de confiance.

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