un « agent de la russie » accusé d’avoir voulu « discréditer » Joe Biden

Les États-Unis ont sanctionné jeudi un Ukrainien considéré comme un « agent de la Russie » pour avoir tenté de « discréditer » Joe Biden, et dont les montages censés incriminer le candidat démocrate à la présidentielle du 3 novembre avaient été relayés par Donald Trump lui-même.

« Andreï Derkach, député de l’Ukraine, est un agent russe actif depuis plus de 10 ans, toujours en contact étroit avec les services de renseignement russes », a déclaré dans un communiqué le Trésor américain.

Le gouvernement américain l’accuse d’être impliqué « dans des ingérences étrangères pour tenter de saper l’élection présidentielle de 2020 aux États-Unis ».

Cette opération « clandestine », « dirigée par la Russie » pour « influencer les opinions des électeurs américains », devait « culminer avant le jour du vote », a estimé le chef de la diplomatie des États-Unis, Mike Pompeo, dans un autre communiqué.

Selon le Trésor, il s’agit d’un « avertissement clair à Moscou et à ses mandataires : ces activités ne seront pas tolérées ».

Andreï Derkach avait rencontré fin 2019 Rudy Giuliani, l’avocat personnel du président Trump, en première ligne d’un effort pour prouver de prétendus faits de corruption perpétrés par Joe Biden et son fils Hunter en lien avec l’Ukraine.

L’élu ukrainien avait ensuite rendu public en mai un montage d’enregistrements de conversations téléphoniques de 2016 entre Joe Biden, alors vice-président des États-Unis, et le président de l’époque de l’Ukraine, Petro Porochenko. Ces sonores étaient censés étayer cette corruption.

Le Trésor souligne toutefois qu’ils visaient en fait à soutenir des thèses « non étayées » pour « discréditer » des responsables américains.

Lanceur d’alerte

Cet été, le président sortant républicain, candidat à un second mandat face à Joe Biden, avait retweeté un message contenant ces enregistrements, pourtant déjà dénoncés par le renseignement américain comme un effort russe pour « dénigrer » le démocrate.

Sur sa page Facebook, Andreï Derkach a dénoncé une « revanche » de la part « des représentants de la corruption démocrate », même si les sanctions proviennent de l’administration républicaine. Il a promis de dévoiler la semaine prochaine « de nouveaux faits scandaleux ».

Trois Russes, Artem Lifshits, Anton Andreïev et Darïa Aslanova, sont également sanctionnés en tant qu’employés de l’Internet Research Agency (IRA), organisation russe proche du Kremlin. Ils sont chargés de gérer les cryptomonnaies utilisées pour les opérations d’ingérence, selon le Trésor.

Artem Lifshits a été parallèlement inculpé par la justice américaine pour avoir tenté d’usurper l’identité d’Américains afin d’ouvrir des « comptes frauduleux » pour des échanges de cryptomonnaie.

L’IRA, considérée comme une des principales officines ayant aidé à manipuler les réseaux sociaux aux États-Unis, avait déjà été inscrite sur la liste noire américaine pour tentative d’ingérence dans les élections de mi-mandat de 2018.

Les sanctions de jeudi viennent matérialiser les risques d’une nouvelle ingérence russe, déjà mis en avant par le renseignement américain.

Elles interviennent alors qu’une plainte d’un lanceur d’alerte accusant la Maison-Blanche d’avoir voulu minimiser l’ingérence russe dans la prochaine présidentielle a été dévoilée mercredi.

Le lanceur d’alerte, un responsable du renseignement américain nommé Brian Murphy, affirme que le secrétaire à la Sécurité intérieure, Chad Wolf, lui avait personnellement demandé mi-mai « d’arrêter de faire remonter des rapports du renseignement sur la menace d’une interférence russe aux États-Unis, et à la place d’informer sur les interférences de la Chine et de l’Iran ».

Ces instructions venaient « directement » de la Maison-Blanche, selon la plainte.

Selon les agences de renseignement américaines, la Russie a interféré dans l’élection américaine de 2016, au profit de Donald Trump, dont l’équipe de campagne a été accusée de collusion avec Moscou.

Donald Trump, qui a par le passé semblé mettre en doute la véracité d’une telle ingérence, a été accusé à plusieurs reprises au cours des quatre dernières années de manquer de fermeté face à la Russie de Vladimir Poutine, jusque dans son propre camp républicain.

Commémoration du 11-Septembre

Biden et Trump en vedette, mais tenus à la réserve

Se poser en leaders et éviter de gâcher ce moment d’unité nationale qu’est l’anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 : Donald Trump et Joe Biden tenteront l’exercice vendredi en se succédant sur le site de l’écrasement de l’un des avions détournés par les djihadistes en Pennsylvanie, État clé pour la présidentielle américaine.

Pour ce 19e anniversaire des attentats les plus sanglants de l’histoire, Joe Biden, qui a récemment accéléré le tempo de sa campagne après des semaines cloîtré dans sa maison du Delaware, enchaînera deux déplacements : il sera le matin à New York, pour l’hommage annuel aux près de 3000 victimes des attentats du World Trade Center, puis l’après-midi sur le site de Shanksville, en Pennsylvanie.

Le candidat démocrate ne devrait prononcer aucun discours au Mémorial de « Ground Zero », à Manhattan : les interventions, enregistrées à l’avance cette année pour cause de pandémie, sont traditionnellement réservées aux proches des victimes.

Il devrait néanmoins crever l’écran pour cette cérémonie généralement diffusée en direct par les grandes chaînes d’information américaines, et ponctuée de minutes de silence – la première à 8 h 46, correspondant à l’heure à laquelle le premier avion détourné par les djihadistes a percuté la première des tours jumelles.

Donald Trump, lui, ne sera pas à New York, où il a laissé le soin à Mike Pence, son vice-président, de le représenter.

Mais le président républicain pourrait malgré tout voler la vedette à l’ex-vice-président de Barack Obama : pendant que M. Biden sera à Manhattan, M. Trump le précédera à Shanksville, à 500 km à l’ouest de New York, où s’est écrasé un des quatre vols détournés par les militants d’Al-Qaïda. Quarante-quatre personnes – dont quatre djihadistes – ont été tuées sur le coup, après que passagers et équipage eurent tenté de reprendre le contrôle de l’appareil.

Aucune chance a priori que les deux adversaires se croisent : M. Trump, accompagné de sa femme Melania, devait repartir avant la fin de la matinée, et M. Biden et sa femme Jill n’arriver que dans l’après-midi.

« Marquer des points »

Ces commémorations ne devraient pas donner lieu à des coups d’éclat, souligne Robert Shapiro, professeur de sciences politiques à l’Université Columbia : les cérémonies du 11-Septembre sont traditionnellement « dépourvues de rhétorique politicienne, dédiées à hommage aux victimes » des attentats.

Mais elles n’en sont pas moins des évènements très médiatisés, où « le seul fait d’être présent, de montrer leadership et empathie, permet de marquer des points », dit cet expert.

« [Les candidats] saisissent l’occasion, tout en mettant temporairement une sourdine aux attaques au vitriol habituelles. »

— Robert Shapiro, professeur de sciences politiques à l’Université Columbia

Le choix par les deux candidats de la Pennsylvanie, où les derniers sondages les donnent au coude-à-coude, illustre d’ailleurs « les calculs évidents » derrière ces évènements, selon lui.

Longtemps démocrate, la Pennsylvanie, État natal de Joe Biden, avait basculé à une courte majorité pour Donald Trump en 2016, contribuant à la victoire-surprise du magnat new-yorkais sur Hillary Clinton, et les démocrates espèrent prendre leur revanche le 3 novembre.

Réaction de Trump à ses propos rapportés dans le livre Rage

« Je n’ai pas menti ! »

— Le président Donald Trump, qui a tenté jeudi, avec difficulté, de clore la polémique née de la série d’entretiens qu’il a accordés au journaliste Bob Woodward, auteur de Rage, nouveau livre explosif le visant. « Pourquoi avez-vous menti aux Américains ? » : la première question adressée au président américain sur les raisons pour lesquelles il a, de son propre aveu, minimisé la menace de la COVID-19, a donné le ton. « Je n’ai pas menti ! […] La façon dont vous avez posé cette question est une honte », a répondu Trump. « Je fais preuve de force en tant que dirigeant, a-t-il poursuivi, très remonté. Il n’y a pas de mensonge. […] Je ne veux pas sauter dans tous les sens et commencer à crier : mort ! morts ! » L’épidémie de coronavirus a fait, à ce jour, plus de 190 000 morts aux États-Unis. (AFP)

Recensement

La justice refuse à Trump d’écarter les sans-papiers

Un tribunal fédéral de Manhattan a refusé jeudi au gouvernement Trump la possibilité de ne pas comptabiliser les sans-papiers dans le recensement en cours aux États-Unis, un revers pour le président qui avait fait du sujet l’un des symboles de sa lutte contre l’immigration clandestine. Réalisé tous les 10 ans, le recensement comptabilise l’ensemble des personnes présentes sur le territoire américain, y compris celles en situation irrégulière. L’enquête permet de déterminer la représentation des différents États au Congrès, mais aussi de calibrer l’attribution de centaines de milliards de dollars de financements fédéraux en fonction de la population de chaque État. Fin juillet, les procureurs de nombreux États, dont celui de New York, avaient saisi la justice pour contester au gouvernement Trump le droit de ne pas comptabiliser les sans-papiers. Beaucoup craignaient que cette mesure ne fasse baisser la participation au recensement des personnes en situation irrégulière, déjà fragile puisque nombre d’entre elles redoutent, à tort, de s’exposer à une expulsion en y répondant. Dans leur décision rendue jeudi, les trois juges fédéraux appelés à statuer ont estimé que la mesure de Washington était illégale. Elle constitue une « violation » de la délégation qu’accorde le Congrès au président pour qu’il « compte toutes les personnes de chaque État », ont-ils écrit dans leur jugement.

— Agence France-Presse

Congrès

Les démocrates bloquent un plan d’aide républicain

Les sénateurs démocrates ont bloqué jeudi un nouveau programme d’aide d’environ 500 milliards US proposé par les républicains, le jugeant « plus qu’insuffisant » pour venir en aide aux millions d’Américains frappés par la pandémie et le chômage. « Leur objectif est clair : pas d’aide pour les familles américaines avant » les élections présidentielle et législatives du 3 novembre, a tweeté le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell. « Tous les sénateurs démocrates viennent de voter contre des centaines de milliards de dollars d’aide concernant la COVID-19. Ils ont bloqué de l’argent pour les écoles, le dépistage, les vaccins, l’assurance chômage » et une aide aux petites et moyennes entreprises, a-t-il accusé, tandis que les démocrates criaient à l’hypocrisie. Le texte proposait notamment une nouvelle aide de 300 $ par semaine pour des millions d’Américains au chômage, contre 600 $ hebdomadaires approuvés par les deux partis dans un précédent plan d’aide désormais caduc. Le plan républicain « est plus qu’insuffisant. Il est complètement inadapté », a tonné le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer. Majoritaires à la Chambre des représentants, les démocrates avaient adopté dès mai leur propre plan, titanesque, d’environ 3000 milliards de dollars, à la Chambre basse. Mais il n’a jamais été soumis au vote au Sénat par les républicains.

— Agence France-Presse

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