TÉMOIGNAGE

FONDATION DU CHU SAINTE-JUSTINE La fin du début

Bien que nous investissions beaucoup de temps à planifier nos parcours personnel et professionnel, il faut avoir l’humilité de reconnaître que le hasard joue souvent un rôle prépondérant.

Que ce soit l’environnement familial dans lequel on grandit, un professeur qui laisse sa marque ou un dirigeant d’entreprise qui accepte de nous confier un emploi, chaque geste et chaque rencontre fortuite entraînent un lot de conséquences qui influent de façon significative sur la vie d’une personne.

Mon implication au sein de la Fondation du CHU Sainte-Justine relève précisément d’un tel cheminement. Je connaissais un peu le CHU avant de me joindre au conseil d’administration de la Fondation en 2009. J’ai eu le bonheur d’y voir naître quatre de mes enfants. Mon plus jeune a même été opéré alors qu’il n’avait que 4 mois afin de corriger une malformation cardiaque. J’habitais près de l’hôpital et j’avais visité ses urgences plusieurs fois avec mes petits. Mais je n’avais aucune familiarité avec la Fondation. Un appel de Pierre Boivin, alors président du conseil d’administration de la Fondation, a tout changé !

L’univers de la philanthropie a beaucoup évolué au Québec, celui autour des hôpitaux particulièrement. Des sommes considérables ont été recueillies par diverses fondations associées à des hôpitaux depuis 20 ans pour appuyer des projets de recherche ou des achats d’équipements.

La médecine évolue à une vitesse folle – nos gouvernements peuvent contribuer à l’effort collectif pour s’assurer que nos institutions de santé gardent le pas. Mais l’État doit agir avec prudence avec les impôts des contribuables – il ne peut pas engager tous les fonds souhaités vers la santé. D’où l’importance grandissante du secteur philanthropique.

Un hôpital d’exception

Les Québécois savent que la qualité des soins prodigués à Sainte-Justine est exceptionnelle. L’ère de magasiner de meilleurs médecins ou procédés à l’étranger est révolue. Nous avons, dans ce Québec moderne dont nous sommes si fiers, un centre mère-enfant qui ferait l’envie de n’importe quelle communauté en Amérique du Nord. Mais il faut le cajoler, lui insuffler tout l’oxygène financier nécessaire pour qu’il demeure tout en haut du palmarès de la performance.

Durant mes neuf années au conseil de la Fondation, dont les six dernières en tant que président, j’ai eu l’occasion de visiter l’hôpital à plusieurs reprises, souvent en compagnie de donateurs potentiels. J’avais toujours la même impression : visiter un lieu d’exception. Un lieu où l’excellence et le désir de se surpasser cohabitaient.

L’inauguration du nouvel hôpital en décembre 2016 fut sans doute le moment phare de mon implication auprès de la Fondation.

Il devenait particulièrement délicat, pour ne pas dire impossible, pour Sainte-Justine de coller à sa mission d’excellence sans pouvoir compter sur de nouvelles salles d’opération, un plus grand nombre de lits en néonatalogie, etc.

Il nous fallait aussi un centre de recherche performant qui allait nous permettre de recruter l’élite en recherche pédiatrique. Quand autant de familles comptent sur une institution pour soigner leurs enfants et les soigner mieux, il faut lui donner tous les outils pour y arriver.

En philanthropie, toutes les causes se valent. Je suis ému de voir autant de Québécois s’impliquer dans leur communauté. Ma veine s’est poursuivie à la Fondation lorsque j’y ai trouvé une équipe formidable dotée du sens du « oui » ! Rien n’est à leur épreuve. Le mot « échec » n’existe pas à leurs yeux. Un écueil n’est qu’une autre occasion de faire preuve de créativité. Cette équipe n’a pas d’égal en philanthropie chez nous, j’en suis convaincu.

Je cède donc la présidence de notre conseil à Jacynthe Côté, une mère, une philanthrope et une femme impliquée dans le milieu des affaires au Canada.

Autant ai-je eu énormément de chance que Pierre Boivin me recrute en 2009, autant en ai-je aujourd’hui que Jacynthe accepte de me succéder. Je la remercie sincèrement.

Plus jeune, ma mère m’a ouvert les yeux sur les iniquités. Elles sont de tout ordre dans notre société. Mais celles qui touchent la maladie, particulièrement chez les enfants, me touchent particulièrement. J’ai vu plus de courage dans les corridors de Sainte-Justine que j’en verrai pour le reste de ma vie. Je quitte la présidence du conseil avec les larmes aux yeux… mais avec l’espoir au cœur !

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