Aérospatiale

La Semaine internationale de l’aérospatiale a commencé avec des nouvelles de bon augure pour l’industrie, hier, au Palais des congrès de Montréal.

Chronique

La filière aéronautique étend son emprise

L’industrie aéronautique québécoise est en bonne santé. Une belle façon de mesurer cette vitalité, c’est de voir combien cette filière industrielle est capable de générer de la croissance et même d’élargir son empreinte à d’autres secteurs d’activité.

C’était le lancement hier de la Semaine internationale de l’aéronautique, un évènement qui mobilisera au cours des prochains jours plus de 2000 acteurs de l’industrie au Palais des congrès de Montréal.

Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, a profité de l’occasion pour annoncer hier la réalisation prochaine de trois projets d’investissement par autant d’entreprises du secteur de l’aéronautique (voir le texte de Jean-François Codère dans l’autre onglet).

Le ministre Fitzgibbon a brièvement évoqué la bonne santé du secteur québécois de l’aéronautique en soulignant que les indicateurs de l’industrie étaient en hausse, poussés principalement par les PME qui ont accéléré plusieurs projets d’investissement innovants.

Aéro Montréal a été plus explicite en précisant que le volume d’affaires de l’industrie aéronautique avait progressé de 6,3 % au cours de la dernière année avec des revenus qui ont atteint 15,3 milliards.

En dépit de la pénurie de main-d’œuvre, fortement déplorée par les acteurs de l’aéronautique, les 205 entreprises du secteur ont fait passer leurs effectifs totaux de 40 000 à 42 000 personnes au cours de la dernière année.

L’annonce, l’automne dernier, de la suppression de 2500 emplois dans les opérations québécoises de Bombardier n’a donc pas eu d’impact sur le bilan de l’emploi de l’industrie. Ses effets devraient être modestes étant donné le reclassement d’une quantité importante de candidats au sein même de l’entreprise et les besoins de main-d’œuvre de quantité d’acteurs québécois.

Bref, l’industrie aéronautique va bien chez nous et un des trois projets d’investissement qui ont été annoncés hier illustre à merveille, selon moi, la belle lancée de l’industrie.

La société Advanced Powders & Coatings (AP&C Revêtements et poudres avancées), une division de GE Additive, produit des poudres de métal qui servent à fabriquer des pièces à partir d’imprimantes 3D.

L’entreprise fondée à Boisbriand il y a 10 ans par le groupe Raymor a été rachetée en 2014 par la société suédoise Arcam AB, elle-même devenue la propriété de GE Additive le 1er janvier 2018.

Il y a trois ans, AP&C comptait 50 employés. On a ouvert depuis une deuxième usine à Saint-Eustache et l’entreprise emploie aujourd’hui 205 personnes. Le groupe compte embaucher 75 personnes au cours des cinq prochaines années pour appuyer ses activités de recherche et développement.

Le manufacturier innovant

Grâce à la reproduction industrielle en 3D, un nombre grandissant d’acteurs fabriquent de plus en plus de pièces complexes pour l’aéronautique et le biomédical à partir de la poudre de métaux, principalement le nickel et le titane.

C’est au Québec que l’entreprise AP&C a développé une technologie bien à elle dans la production de poudre de métal qui lui a permis de devenir un leader mondial dans le domaine. Les usines de Boisbriand et de Saint-Eustache produisent actuellement 1250 tonnes de poudres de titane et de nickel par année.

« Il y a des pièces en titane qui ne se fabriquent pas avec des moules. C’est le cas des lames de réacteurs d’avion qui ne peuvent être produites que par reproduction 3D. C’est ce marché que nous développons », m’a expliqué Alain Dupont, PDG d’AP&C.

Eric-Hertel Ledoux, PDG de DCM, un fabricant de pièces aéronautiques, crée sur une grande échelle des pièces de structures en titane pour Boeing notamment. Il confirme que les donneurs d’ordres peuvent réaliser des économies importantes sur le coût de la matière première.

« Au lieu d’usiner une pièce et de perdre 50 % de la matière première en pure perte, avec le 3D, on crée une pièce à partir de rien sans générer de perte. Au prix du titane, on parle d’économies majeures pour les donneurs d’ordres. »

— Eric-Hertel Ledoux

AP&C entend produire maintenant de la poudre d’aluminium pour desservir notamment l’industrie automobile. Le PDG Alain Dupont ambitionne de créer une chaîne de valeur québécoise en s’associant avec les producteurs locaux d’aluminium. L’aluminium sera transformé en poudre pour être revendu aux spécialistes de la fabrication additive.

AP&C a développé une technologie qui est de plus en plus utilisée par l’industrie aéronautique et biomédicale (pour la fabrication de prothèses), mais l’application de sa technologie à d’autres métaux va permettre à l’entreprise de Saint-Eustache d’étendre son emprise sur d’autres marchés et vers d’autres débouchés. Un beau rayonnement pour un secteur en santé.

Aérospatiale

Trois annonces, 275 emplois

Trois entreprises internationales ont profité hier de l’inauguration de la Semaine internationale de l’aérospatiale, à Montréal, pour annoncer des implantations à Montréal et un projet d’expansion qui totaliseront environ 275 emplois.

Établi à Toulouse, en France, l’Institut de recherche technologique (IRT) Saint Exupéry ouvrira à Montréal une nouvelle antenne spécialisée dans l’intelligence artificielle. L’organisme, un partenariat public-privé entre les laboratoires de recherche de l’État français et des géants industriels comme Airbus, Safra, Thales ou Alstom, s’intéresse notamment aux matériaux avancés, à l’électrification des aéronefs et aux systèmes embarqués, en plus de l’intelligence artificielle.

L’IRT Saint Exupéry emploie environ 300 personnes et compte ajouter une centaine d’emplois à Montréal, au cœur de l’écosystème montréalais en intelligence artificielle, dans le quartier Mile Ex.

Les rapprochements avec l’expertise montréalaise en intelligence artificielle sont au cœur de la stratégie de développement d’Aéro Montréal, la grappe aérospatiale, selon sa présidente Suzanne Benoît.

« On veut créer un maillage entre l’aérospatiale et l’intelligence artificielle. Nous avons besoin d’applications de l’intelligence artificielle pour devenir plus compétitifs. »

— Suzanne Benoît, présidente d’Aéro Montréal

Québec ne versera pas d’aide financière directe pour l’implantation du centre, qui devrait néanmoins être admissible à des programmes réguliers de crédits d’impôt, notamment sur la recherche et le développement, a indiqué hier le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon.

TMC Global et AP&C

Idem pour TMC Global, une firme d’ingénierie néerlandaise qui prévoit elle aussi créer une centaine d’emplois avec l’implantation à Montréal de son siège social nord-américain.

Cette firme se spécialise dans les projets de recherche et développement et mise sur un modèle particulier qui encourage ses employés, quand ils ne travaillent pas sur les projets de ses clients, à développer des produits qui les mèneront à créer leur propre entreprise.

TMC Global compte déjà plusieurs grands noms de l’industrie aéronautique montréalaise parmi sa clientèle, mais reconnaît que c’est probablement auprès des entreprises de plus petite taille, dont le département d’ingénierie n’est pas aussi développé, qu’elle pourrait avoir le plus d’impact. 

Elle entend s’y appliquer à Montréal, ont fait savoir ses dirigeants.

Finalement, AP&C Revêtements et poudres avancées, division de la multinationale GE, recevra 9,5 millions de dollars de Québec pour agrandir son usine de Saint-Eustache, inaugurée il y a deux ans à peine, et ajouter environ 75 employés.

L’entreprise fabrique de la poudre métallique destinée à la fabrication additive de pièces aéronautiques ou médicales. Le processus, aussi connu sous le nom d’impression 3D, gagne en popularité dans le domaine aéronautique (voir autre texte).

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