Tennis  Wimbledon

« Maman Serena » en finale

Il y a seulement dix mois, Serena Williams accouchait d'un premier enfant. Malgré tout ça, la meilleure joueuse de sa génération retourne en finale à Londres pour la dixième fois de sa carrière. Et elle ne ressent aucune gêne à dire qu'elle est impressionnée par cet exploit.

Tennis  Wimbledon

La reine à une marche de récupérer sa couronne

Londres — Dix mois après son accouchement compliqué, Serena Williams est en passe de récupérer sa couronne de reine de Wimbledon. Il ne lui reste plus qu’un match à gagner, demain en finale, face à la renaissante Allemande Angelique Kerber, l’une des rares à l’avoir gênée ces dernières années.

Sur la balle de match, un lob trop long de l’Allemande Julia Görges, Serena Williams a serré le poing contre sa poitrine, sourire aux lèvres, avant d’exécuter une pirouette sous les applaudissements nourris du public du court central.

« C’est fou ! Je ne sais pas trop ce que je ressens. Je ne pensais pas que cela tournerait aussi bien pour mon quatrième tournoi, seulement depuis mon retour [de congé de maternité] », a dit Williams après sa victoire.

« [Après l’accouchement], je ne pouvais même pas aller jusqu’à ma boîte aux lettres, donc ce n’est absolument pas normal pour moi d’être en finale de Wimbledon. Je savoure tous ces moments passés ici. »

— Serena Williams

Après cette partie maîtrisée (6-2 et 6-4), le rêve d’un retour au plus haut niveau prend forme pour « maman Serena ». Il y a 10 mois, c’était pourtant loin d’être garanti. La Floridienne de 36 ans donnait naissance à son premier enfant, une petite fille prénommée Alexis Olympia, non sans connaître des complications post-partum.

« Tout a mal tourné », avait-elle dit en janvier au magazine Vogue, en s’exposant sur la couverture avec son bébé. Découverte de caillots de sang dans les poumons – alors qu’elle avait été hospitalisée pour une embolie pulmonaire en 2011 –, cicatrice de césarienne rouverte à cause de fortes quintes de toux, hématome à l’abdomen… La grande star du tennis féminin avait dû rester alitée durant six semaines.

La convalescence fut plus compliquée que prévu et le retour, retardé de janvier à mars, s’était révélé lui aussi complexe à Indian Wells et Miami (deux défaites, deux victoires).

Mais « Serena Williams est une guerrière », comme l’a souligné sa future adversaire, Kerber. Elle s’est accrochée, même si son parcours encourageant à Roland-Garros a été freiné par une blessure aux pectoraux avant les huitièmes de finale. On ne saura jamais si, sans ça, l’Américaine aurait soulevé la Coupe Suzanne-Lenglen.

C’est du passé maintenant qu’elle est en passe de s’emparer pour la huitième fois du Venus Rosewater Dish, le plateau en argent sterling remis à la lauréate à Londres. Demain, elle peut par la même occasion rejoindre le cercle restreint des mères redevenues championnes.

Égaler le record de Court

L’Australienne Margaret Court, la détentrice du record absolu de titres majeurs (24), qu’elle égalera en cas de succès, avait réussi cette prouesse. En 1973, l’année de ses 31 ans, elle s’était offert un « petit Chelem » (Internationaux d’Australie, Roland-Garros, Internationaux des États-Unis) après avoir donné naissance à son premier enfant.

La Belge Kim Clijsters avait pour sa part 26 ans lorsqu’elle souleva pour la deuxième fois le trophée à New York après son congé de maternité.

À bientôt 37 ans, Serena Williams repousserait encore plus loin les limites. Hier, elle n’a pas eu à trop forcer son talent pour écarter Görges, qui disputait à 29 ans sa première demi-finale en Grand Chelem. L’Allemande s’est bagarrée du début à la fin mais a trop souvent été débordée par la puissance de l’Américaine.

Elle a seulement retardé l’échéance, en brisant le service de l’ancienne no 1 mondiale (aujourd’hui 181e), lorsque celle-ci a servi pour le match (à 5-3). Mais des fautes directes et une bonne défense de la Floridienne ont mis un terme à sa rébellion.

Retrouvailles avec Kerber

Se dresse maintenant devant Serena un dernier écueil : Kerber, qui s’est frayé un chemin vers la finale en surfant sur les fautes directes (36) de la Lettonne Jelena Ostapenko (6-3, 6-3), sacrée à Roland-Garros en 2017.

Le duel de demain scellera leurs retrouvailles deux ans après la finale, gagnée ici même par l’Américaine face à l’Allemande.

Mais cette année-là, l’intrépide « Angie », 30 ans, l’avait détrônée de la première place mondiale en remportant les Internationaux des États-Unis. En 2016, l’Allemande d’origine polonaise s’était aussi offert les Internationaux d’Australie en battant Serena en finale.

Seule une autre joueuse, l’Espagnole Garbiñe Muguruza à Roland-Garros en 2016, peut se targuer d’avoir fait chuter la cadette des sœurs Williams dans une finale majeure depuis 2012 et le début de sa collaboration fructueuse avec l’entraîneur français Patrick Mouratoglou (10 titres en Grand Chelem).

En neuf finales à Londres, l’ex-reine de la WTA, qui retrouvera le top 20 en cas de triomphe, ne s’est inclinée que deux fois, en 2004 face à Maria Sharapova et en 2008 devant sa sœur aînée Venus. Un sacré défi attend Kerber.

Nadal-Djokovic

Un duel de titans

Londres — Plutôt que d’avoir une éventuelle finale très anticipée au tournoi de Wimbledon entre Roger Federer et Rafael Nadal, une décennie après leur dernier duel au sommet, le monde du tennis sera témoin d’un autre choc de titans en demi-finales : Nadal contre Novak Djokovic.

L’affrontement d’aujourd’hui sera le 52e de leur carrière – le plus grand nombre entre deux joueurs actifs, et 14 matchs de plus que ceux entre Federer et Nadal –, ainsi que leur premier à l’All England Club depuis 2011.

C’était également la dernière fois que Nadal franchissait le quatrième tour dans ce tournoi majeur sur le gazon ; Djokovic, qui a l’avantage 26-25 dans les duels entre eux, l’avait battu en finale cette année-là.

« Nous nous affrontons toujours sur les plus grandes scènes, aux endroits les plus importants, a dit Nadal, vainqueur en quarts de Juan Martín del Potro, dans un match marathon de cinq manches.

« Ce sera un autre match important [aujourd’hui], contre un des adversaires les plus difficiles à battre qui soient. »

— Rafael Nadal

Le premier match de demi-finales sur le court central, entre le Sud-Africain Kevin Anderson et l’Américain John Isner, opposera deux puissants cogneurs au style similaire, mais qui ont beaucoup moins de prestige et de titres du Grand Chelem en carrière. Le tandem Nadal-Djokovic en compte 29, dont 5 uniquement à Wimbledon.

En revanche, Isner, qui est âgé de 33 ans, et Anderson, 32 ans, n’en ont remporté aucun. C’est ce dernier qui a mis un terme à la tentative de Federer d’obtenir un neuvième titre en carrière à Wimbledon, après avoir effacé une balle de match et l’avoir défait 13-11 au cinquième set de leur duel en quarts de finale mercredi.

La rivalité Nadal-Djokovic en chiffres

Rafael Nadal (no 1 mondial)

32 ans

1,85 m

85 kg

Novak Djokovic (21e mondial)

31 ans

1,88 m

77 kg

Fiche entre les deux rivaux

Nadal : 25 victoires (dont 9 en Grand Chelem)

Djokovic : 26 victoires (dont 4 en Grand Chelem)

Titres à Wimbledon

Nadal : 2 (2008, 2010)

Djokovic : 3 (2011, 2014, 2015)

Titres en 2018

Nadal : 4 (Monte-Carlo, Barcelone, Rome et Roland-Garros)

Djokovic : 0

Nombre de titres en carrière

Nadal : 79

Djokovic : 68

Nombre de titres majeurs en carrière

Nadal : 17

Djokovic : 12

Nombre d’années conclues au premier rang mondial

Nadal : 4 (2008, 2010, 2013, 2017)

Djokovic : 4 (2011, 2012, 2014, 2015)

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