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Un mystérieux projet d’hôtel de luxe sur un terrain fédéral soulève la grogne

Un mystérieux projet d’hôtel de luxe accompagné d’un centre culturel tchèque mené par l’ex-petit ami d’Ivana Trump pourrait bientôt voir le jour dans un terrain patrimonial du canal de Lachine, semant la perplexité dans la communauté tchèque et la grogne dans Griffintown.

Des voisins s’opposent à l’érection d’un hôtel comprenant des dizaines de chambres, des boutiques et un restaurant dans un quartier résidentiel sur un terrain de plus de 1000 mètres carrés appartenant au gouvernement fédéral et dont la gestion est assurée par Parcs Canada, qui a approuvé le projet l’été dernier.

« On transforme un lieu public en un lieu privé. Tout ça pour générer des revenus pour un promoteur. Ça va carrément à l’encontre de la mission de Parcs Canada. »

— Ariane Cloutier, résidante de Griffintown et membre du conseil d’administration des lofts Gallery

Le promoteur à l’origine du projet, George Syrovatka, un ingénieur montréalais, ancien propriétaire d’une boutique de ski et ex-petit ami d’Ivana Zelníčková, qui allait épouser Donald Trump, a refusé notre demande d’entrevue. Joint par La Presse, M. Syrovatka a dit : « Là, je suis vraiment occupé, et je n’ai pas de commentaires à faire », avant de mettre fin à la conversation téléphonique.

Bail signé en 2002

Cette histoire a pris naissance en août 2002, quand George Syrovatka, président de l’organisation Centre tchèque inc., a signé un bail emphytéotique de 99 ans avec Parcs Canada pour la somme symbolique d’un dollar afin de louer un vaste terrain situé aux abords du canal de Lachine dans le but d’y construire un centre consacré à la culture tchèque, auquel se grefferaient 36 chambres.

Trois ans plus tard, le projet présenté à la Ville de Montréal par George Syrovatka faisait désormais état d’un imposant hôtel de luxe de 71 chambres avec un restaurant, une piscine sur le toit et des espaces consacrés à la culture tchèque à construire sur le terrain en question, situé à l’angle des rues Olier et du Séminaire. La direction de Parcs Canada s’était alors publiquement opposée à ces transformations, affirmant que le promoteur ne respectait plus les modalités de l’entente.

M. Syrovatka a poursuivi Parcs Canada en justice. 

L’an dernier, la Cour supérieure du Québec lui a donné partiellement raison, affirmant que « l’exploitation d’un hôtel était prévue par les parties pour financer les activités du centre culturel » au moment de la signature de l’entente avec Parcs Canada.

Toutefois, la cour a statué que la partie hôtel du projet devait rester fidèle aux termes du bail emphytéotique, soit se limiter à un bâtiment de quatre étages et de 36 chambres.

Les documents présentés à la cour ont montré que Henry Kallan, un homme d’affaires qui exploite le groupe HK Hotels, a participé à l’élaboration du projet hôtelier. Dans un communiqué cité par le tribunal l’an dernier, le groupe HK note : « La […] propriété – un hôtel et un spa – est actuellement en développement sur le canal de Lachine à Montréal, au Québec. La propriété a été conçue par l’architecte Stephen B. Jacobs et l’architecte d’intérieur Andi Pepper. »

Limites strictes

Virginie Michel, porte-parole de Parcs Canada, note que les plans soumis par M. Syrovatka ont été approuvés par Parcs Canada en août dernier.

« Les plans du centre comprennent des espaces administratifs, des salles de conférence, un hall d’exposition, un espace restauration et 36 chambres, note-t-elle. [Aussi], 30 % de l’immeuble seront dédiés à la vocation culturelle de l’édifice et 70 % seront consacrés à un volet commercial destiné, notamment, à financer le volet culturel. »

Parcs Canada ajoute que « l’immeuble doit être un centre culturel où les étages, les espaces, les salles et les événements [sont] accessibles au public en général ».

Depuis 2009, le terrain en question est sous-loué par Centre tchèque inc. à l’Association Montréal Beach (AMB), qui y a aménagé des terrains de volleyball extérieur.

Rachelle Salamon, présidente d’AMB, signale avoir reçu un avis indiquant que Centre tchèque inc. désirait mettre fin à cette sous-location. « On aime beaucoup cet endroit, mais malheureusement, les promoteurs nous ont signalé leur intention de reprendre le terrain à partir de 2019 », dit-elle.

Denise Paré, chargée des communications à l’arrondissement du Sud-Ouest à la Ville de Montréal, note qu’aucune demande de permis de construction n’a été déposée à l’arrondissement pour ce terrain.

La communauté tchèque perplexe

Selon un article publié dans le Boston Globe en 2007, George Syrovatka est né en Tchécoslovaquie (aujourd’hui scindée en deux pays : la République tchèque et la Slovaquie) et a quitté l’oppression communiste pour le Canada en compagnie de sa copine de l’époque, Ivana Zelníčková. Le couple a possédé une boutique de ski à Montréal, et Ivana a fini par faire carrière dans le mannequinat à New York, ce qui l’a amenée à rencontrer son futur mari, Donald Trump. Skieur, George Syrovatka organise chaque année une course de ski caritative au centre de ski Jay Peak.

En 2005, l’ancien élu libéral et sénateur Raymond Lavigne était apparu à plusieurs reprises aux côtés de M. Syrovatka, vantant le projet de centre culturel tchèque. À l’époque, Thierry St-Cyr, ancien élu du Bloc québécois, avait signalé dans les médias que M. Lavigne avait usé avec succès de son influence à Ottawa pour faire avancer ce projet.

Prévu depuis maintenant plus de 15 ans, le projet de centre culturel tchèque est toujours un mystère aux yeux de la communauté tchèque montréalaise. 

Selon le recensement de 2016, la population d’origine tchèque s’élève à 5035 personnes à Montréal.

Alena Martinů, rédactrice en chef du bulletin Montrealský věstník qui porte sur les activités au sein de la communauté, note que l’idée d’avoir un centre culturel voué à la culture tchèque est intéressante. Or, ni elle ni d’autres membres de sa communauté n’ont été contactés par Centre tchèque inc.

« Les gens qui sont très actifs dans la communauté ne savent rien de ce projet ni de M. Syrovatka, dit-elle. Nous tenons des réunions, des événements, mais il n’est jamais venu nous parler ou nous demander notre avis. »

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