Cyclisme  Tour de France

Un feu d’artifice franco-belge !

Saint-Étienne — Julian Alaphilippe, qui a repris le maillot jaune, et Thibaut Pinot ont embrasé la huitième étape du Tour de France, hier, dominée par le Belge Thomas De Gendt, héros d’une longue échappée.

« C’était un final magnifique, a souri Alaphilippe à propos de son numéro abouti devant le stade Geoffroy-Guichard. Je n’avais rien à perdre, il fallait tenter le tout pour le tout. »

Comme attendu, il a tenté le coup de force dans la dernière côte très raide, à 13 km de l’arrivée à Saint-Étienne, suivi sans attendre par son compatriote Pinot. Un coup d’audace et de maître : les deux Français ont rallié l’arrivée avec 20 secondes d’avance sur leurs poursuivants.

Alaphilippe dispose désormais d’une marge de 23 secondes sur l’Italien Giulio Ciccone, qui l’avait dépossédé du maillot jaune jeudi à la Planche des Belles Filles, et de 53 secondes sur Pinot. Pour le cyclisme français, l’euphorie est de mise !

Deuxième de l’étape devant Alaphilippe, avec bonification en sus, Pinot a pris du temps à tous ses rivaux. Il est repassé devant le Gallois Geraint Thomas, tenant du titre, qu’il précède de 19 secondes.

Thomas : la chute

Pour son malheur, Thomas a chuté dans une descente, à 15 km de l’arrivée, avec plusieurs de ses coéquipiers. Le Gallois a été contraint à un gros effort pour revenir sur le groupe des favoris dans la dernière côte, avant l’attaque d’Alaphilippe.

« C’est frustrant, car l’accident s’est produit à un moment clé de la course. [Le Canadien Michael] Woods est tombé et nous a entraînés, Gianni [Moscon] et moi. Je me suis retrouvé empêtré dans le vélo de Gianni. »

— Geraint Thomas

« J’étais dans les 15-20 premiers quand Alaphilippe et Pinot ont attaqué pour prendre les bonifications, a expliqué le tenant du titre. D’un autre côté, revenir comme je l’ai fait montre que les jambes sont bonnes. Si je n’avais pas chuté, j’aurais pu les suivre et l’histoire aurait été totalement différente. »

Toujours est-il que le duo français a su maintenir à distance le groupe de poursuite emmené par les hommes du Danois Jakob Fuglsang. « On a fait une bonne partie de manivelles », a commenté Alaphilippe.

« C’était beau de partir ensemble avec Thibaut, a ajouté le numéro un mondial. Le public a apprécié de voir une bonne entente entre les coureurs français même si on est dans des équipes différentes. On avait des intérêts communs. Je n’ai pas du tout pensé à gagner, j’ai juste pensé à prendre du temps. Je suis content qu’on ait fait ce numéro ensemble. »

De Gendt : le raid

Pour le succès d’étape, De Gendt a conclu une échappée monumentale de 200 kilomètres. C’est de cette manière qu’il a gagné déjà sur les trois grands tours.

Le Belge de 32 ans, qui a couru lui aussi le Giro (il veut boucler les trois grands tours la même année), a triomphé pour la deuxième fois sur la Grande Boucle. Trois ans après son succès du Ventoux éclipsé par la mésaventure de Chris Froome qui avait parcouru une partie du final… à pied.

« Je ne gagne pas souvent, mais je gagne de belles choses. »

— Thomas De Gendt

Longtemps accompagné par d’autres solides gaillards (De Marchi, Terpstra, King), le baroudeur belge a réalisé une performance de très haut niveau dans cette étape très exigeante, en forme de montagnes russes, par les monts du Beaujolais puis du Lyonnais.

Le quatuor a disposé de cinq minutes d’avance, puis le peloton, mené par deux équipes (Sunweb, Bora), a commencé à réduire l’écart. L’équipe d’Alaphilippe s’est mise à son tour au travail, à 85 km de l’arrivée, sans parvenir à combler le handicap.

À l’avant, De Gendt et l’Italien Alessandro De Marchi ont distancé leurs compagnons à 70 km de Saint-Étienne. Le Belge s’est ensuite isolé dans la dernière côte, à 14 km de la ligne, là où l’Italien Vincenzo Nibali s’est relevé. Un signe d’abdication pour le vainqueur du Tour 2014, deuxième du dernier Giro.

« Je n’avais pas les jambes », a déclaré le Sicilien à l’arrivée. « Quand j’ai vu qu’il ne pouvait pas suivre, je lui ai dit de se réserver et de penser à d’autres objectifs », a appuyé son directeur sportif, Paolo Slongo, en soulignant la difficulté de doubler Giro et Tour.

Aujourd’hui, jour de la fête nationale de la France, la neuvième étape traverse le Massif central, un parcours de moyenne montagne, sur les 170,5 kilomètres reliant Saint-Étienne à Brioude. Avec un tremplin très raide après 36 kilomètres, mais un final sensiblement moins difficile pour rejoindre la ville natale de Romain Bardet.

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