10 ans après sa mort

Le souvenir de Fredy Villanueva encore bien vivant

Le souvenir de Fredy Villanueva est encore bien vivant à Montréal-Nord, 10 ans après sa mort. Hier, des dizaines d’amis et de proches ont convergé vers les lieux où le jeune de 18 ans est tombé sous les balles d’un agent du Service de police de la Ville de Montréal, le 9 août 2008, pour commémorer la mémoire de celui dont il faut « arrêter de cacher le visage ».

« L’image de Fredy qu’on ne veut pas voir, c’est l’image d’un quartier qu’on ne veut pas voir non plus. » Le documentariste et militant des droits civils Will Prosper s’est adressé aux gens réunis pour souligner le 10e anniversaire du drame. La famille de Fredy Villanueva, alignée devant le petit mémorial, a ensuite laissé s’échapper une envolée de colombes.

« Il y a 18 colombes parce que Fredy avait 18 ans. La mère de Fredy m’a confié, un peu avant cet anniversaire, que son grand souhait était de libérer [l’esprit] de son fils après 10 ans. C’était aussi le symbole des colombes. Mais, elle et sa famille devront continuer de se battre parce qu’elle n’a toujours pas d’endroit où pleurer son fils », a-t-il relaté.

L’événement assombri

Une ombre planait sur les commémorations hier alors que l’arrondissement annonçait en juin dernier la création d’une place publique au cœur du parc Henri-Bourassa, à proximité d’où s’est joué le drame, qui portera le nom de la place de l’Espoir. Celui de Fredy Villanueva n’y apparaîtra pas. La décision a été dénoncée par plusieurs groupes militants.

« Si on cache l’image de Fredy, on cache l’image de tous nos jeunes. On cache l’image de leur réalité », a ajouté M. Prosper en entrevue à La Presse.

« De l’extérieur, on pense que c’est un personnage associé aux gangs de rue, qui courait après la mort. […] Ce n’est pas du tout ça. […] Ça aurait pu arriver à n’importe qui dans notre quartier. […] Il faut humaniser Fredy. »

— Will Prosper, militant et documentariste

Des images de Fredy Villanueva, enfant, avaient par ailleurs été affichées çà et là sur les lieux de la cérémonie. La famille immédiate a choisi de vivre les évènements dans l’intimité. Selon M. Prosper, les proches réclamaient la création d’une murale à la mémoire de leur fils. Un projet mis de côté devant l’absence de « consensus », indiquait l’arrondissement en juin.

Appel à la mairesse Plante

Présent lors de la commémoration, le député de Québec solidaire Amir Khadir a invité la mairesse Valérie Plante « à apaiser les tensions » en faisant « un geste symbolique fort » comme le projet de murale. « Je l’invite à accorder toute l’attention qu’il faut parce que ça ne sert à rien de nier l’évidence : le profilage racial existe », a-t-il affirmé à La Presse.

« Il faut reconnaître ces problèmes-là et les prendre de front. […] Ça doit surtout passer par un changement de culture au sein des corps policiers », a ajouté le député de Mercier, soutenant que « peu de choses avaient été faites » depuis les évènements. « C’est la police qui est employée de la Ville et des citoyens, et pas l’inverse. »

Vision opposée

Aussi sur place, la conseillère d’arrondissement Renée-Chantale Bélinga a soutenu qu’il était important, hier, de « souligner ce moment très triste et tragique », mais que « le rôle d’une administration est d’offrir une vision rassembleuse ». « Il y a des citoyens avec des visions très différentes et opposées », a-t-elle expliqué.

La mairesse de l’arrondissement de Montréal-Nord, Christine Black, avait admis lors du dévoilement du projet de parc de l’Espoir que l’idée d’ajouter le nom de Fredy Villanueva aux futures installations « polarise beaucoup ». Ce que ne croit pas Will Prosper, qui soutient au contraire que le cas de Fredy Villanueva « rassemble ».

« Ça ne crée pas de divisions, on s’entend tous, même la police, pour dire que Fredy devrait être là aujourd’hui. On s’entend tous aussi pour dire qu’il faut que les conditions changent dans ce quartier, et Fredy représente un peu ça aujourd’hui. »

— Will Prosper

La mort de Fredy Villanueva lors d’une intervention policière controversée avait provoqué le soulèvement à Montréal-Nord. Des émeutes avaient eu lieu dans les jours qui avaient suivi le drame. Le jeune homme figurait parmi un groupe de jeunes interpellés parce qu’ils jouaient aux dés pour de l’argent dans un parc.

Parmi eux se trouvait son frère, Dany Villanueva, qui avait des antécédents judiciaires. Le rapport du coroner avait été très sévère envers le travail du Service de police de la Ville de Montréal, concluant notamment que le jeune Villanueva « ne méritait pas de mourir » et que sa mémoire « ne doit pas être associée à celle d’un voyou ».

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.