Hudson Yards

« Une ville dans une ville »

Des Montréalais impliqués dans le nouveau quartier de New York

NEW YORK — Evik Asatoorian, président et fondateur de RUDSAK, insiste. Sa première boutique internationale ne se trouve pas dans un centre commercial traditionnel, même si elle a pour voisins des magasins de luxe tels Cartier, Dior et Neiman Marcus.

« Je crois que c’est un mode de vie », a dit le designer montréalais jeudi soir, à la veille de l’ouverture officielle des Hudson Yards, à New York. « Les promoteurs du projet nous ont vraiment fait comprendre qu’ils voulaient être une ville dans une ville. »

Cette « ville » – le mot « quartier » serait peut-être plus juste – est le plus important projet immobilier privé de l’histoire des États-Unis – et le plus grand à New York depuis la construction du Rockefeller Center dans les années 30. Elle a été construite au-dessus de la gare ferroviaire située dans l’ouest de Manhattan, entre les 30e et 34Rues. Avant même l’achèvement de sa deuxième phase, elle compte déjà huit immeubles, dont des tours résidentielles et commerciales, une salle de spectacle et d’exposition, un centre commercial « vertical » de sept étages et une place publique dominée par une structure géante appelée « Vessel ».

S’ajouteront d’ici 2025 d’autres gratte-ciel, une école et un parc qui permettront à l’ensemble du quartier d’accueillir chaque jour environ 55 000 New-Yorkais. Facture totale : 20 milliards de dollars.

« C’est la dernière frontière disponible à Manhattan – les Hudson Yards », écrivait le département d’aménagement urbain de la Ville de New York en dévoilant, en 2009, les grandes lignes du projet dont le promoteur milliardaire Stephen Ross est le maître d’œuvre.

À l’époque, Michael Bloomberg, autre milliardaire, était le maire de New York. Et même si les tours résidentielles des Hudson Yards doivent offrir un certain nombre d’appartements à loyer abordable, le fondateur de Bloomberg LP a donné le feu vert à un projet destiné surtout aux New-Yorkais les plus fortunés. Un projet qui mettra en vente de luxueux appartements à des prix pouvant dépasser les 30 millions de dollars et qui accueillera les sièges sociaux de plusieurs entreprises financières.

« Le quartier Hudson Yards est l’apothéose des politiques de développement économique de l’ère Bloomberg à New York. Pour le meilleur ou pour le pire, c’est l’héritage qu’il nous lègue et dont nous débattrons pendant des décennies. »

— John Mollenkopf, professeur d’urbanisme à l’Université de la Ville de New York

En attendant, Evik Asatoorian est tout simplement heureux d’être mêlé à ce projet. Un projet qui, explique-t-il, correspond à sa personnalité et à celle de l’entreprise qu’il a fondée à Montréal il y a 25 ans et qui compte aujourd’hui des magasins dans toutes les grandes villes canadiennes.

« Ça fait longtemps qu’on voulait s’installer à New York », a-t-il expliqué lors d’une entrevue dans sa nouvelle boutique, où les vêtements de luxe de RUDSAK sont mis en valeur par une décoration utilisant des matériaux nobles comme le bois et le marbre.

« Dès qu’on m’a parlé du projet des Hudson Yards, j’ai été immédiatement séduit. On est un peu rebelles, on est un peu différents, et on veut être associés à ce projet-là parce que je pense que c’est complètement différent de ce qu’on voit à New York. »

Evik Asatoorian ne sera pas le seul Montréalais à exploiter sa marque dans le centre commercial des Hudson Yards, qui compte environ 100 magasins et 25 restaurants. Le restaurateur Costas Spiliadis y a ouvert hier un deuxième Milos à New York et fera concurrence à d’autres grands noms de la gastronomie, dont Thomas Keller, José Andrés et David Chang.

Ce deuxième Milos à New York a valu récemment à Costas Spiliadis un long reportage élogieux dans le New York Times, qui a raconté sa vie et vanté son perfectionnisme.

Evik Asatoorian espère suivre les traces de son compatriote.

« La croissance de son empire est attribuable à la présence de son premier restaurant à New York, a-t-il dit. Les gens l’ont découvert ici et le reste du monde a suivi. Espérons que ce sera la même chose pour nous. Ici, c’est le point de départ du rêve international de RUDSAK. Après, ce sera Paris, Londres, Shanghai ou Hong Kong. »

Quatre mots pour un projet

Historique

Les Hudson Yards doivent leur naissance à un échec. En 2005, le Comité international olympique a préféré la candidature de Londres à celle de New York pour l’organisation des Jeux olympiques d’été de 2012. Or, New York prévoyait de construire son stade olympique au-dessus de la gare ferroviaire située dans l’ouest de Manhattan. Pour parvenir à ses fins, elle avait obtenu des changements de zonage qui ont par la suite servi aux promoteurs du nouveau quartier.

Accès

La Ville de New York a donné un bon coup de pouce aux promoteurs des Hudson Yards en prolongeant la ligne de métro 7, dont la dernière station à Manhattan se trouve à deux pas du site depuis 2015. Les touristes peuvent également accéder au nouveau quartier en empruntant la High Line, le parc linéaire qui surplombe le quartier de Chelsea du sud au nord, et ce, jusqu’aux portes du centre commercial des Hudson Yards.

Attractions

L’an prochain, l’une des plus grandes attractions des Hudson Yards ouvrira ses portes. Il s’agira de la terrasse-observatoire la plus élevée de l’hémisphère occidental, qui sera perchée à plus de 300 mètres du sol. En attendant, les visiteurs du nouveau quartier peuvent grimper par 15 escaliers différents au sommet du Vessel, structure évasée de 15 étages. Qualifiée d’« escalier ne menant nulle part » par le New York Times, la structure est loin de faire l’unanimité.

Critiques

Dans 10 ou 15 ans, le quartier des Hudson Yards sera peut-être vu comme une réussite incontestable. Pour le moment, il suscite deux sortes de critiques. On reproche à la Ville et à l’État d’avoir offert aux promoteurs milliardaires pas moins de 6 milliards de dollars en mesures d'incitation fiscales. Et on déplore la création d’un quartier riche et lisse qui fait penser à certains quartiers à accès restreint de certaines villes et banlieues américaines.

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