Chronique Lysiane Gagnon

Le PLQ face au « dégagisme »

Pas drôle, la situation des libéraux de Philippe Couillard. Pas aussi grave que l’était celle de Kathleen Wynne à la veille des élections ontariennes – sa chute brutale tient à des facteurs qui n’existent pas ici –, mais tout de même, rien ne semble leur réussir.

Ils lancent des projets socialement généreux, comme la gratuité des prématernelles ou la politique sur les aînés ? On les accuse d’agir par « électoralisme ». S’ils ne faisaient rien, on les accuserait d’être un gouvernement de sans-cœur.

Bien que les 15 ans de règne libéral aient été interrompus par les années Marois, les gens ont l’impression que le PLQ est là depuis toujours. L’économie va bien, mais qu’importe. L’ancienne recette – « it’s the economy, stupid ! » – ne marche plus.

Le « climat », cet état d’esprit fluctuant et irrationnel puissamment alimenté par la grogne des médias sociaux et qui s’infiltre jusque dans les médias professionnels, le climat, donc, compte davantage que l’état des finances publiques, le revenu des ménages ou la création d’emplois. On veut « changer », comme on veut « changer le mal de place », et ce désir est si fort qu’on est prêt à voir du changement même là où il n’y en a pas.

L’homme du « changement », François Legault, a été député pendant 20 ans et a dirigé trois ministères sans en réformer aucun.

Ses propositions pour l’avenir sont recyclées des vieux catalogues péquiste ou libéral – Meech 2, Plan Nord, déclaration de revenus unique, rapport Allaire, le tout assaisonné d’une forte touche de nationalisme façon Union nationale. Vraiment rien à voir avec la synthèse novatrice effectuée par Emmanuel Macron.

Les médias participent allègrement à la reconstruction de la CAQ en parti nouveau. On oublie les innombrables volte-face de François Legault sur des enjeux majeurs, pour présenter comme un très grand événement – une prise de choix ! – le ralliement à la CAQ de Marguerite Blais, une ancienne députée libérale de 67 ans qui avait toujours été considérée, malgré ses indéniables qualités, comme un poids plume en politique.

En plus, l’électeur a la mémoire courte. Les jeunes ignorent, et les vieux ont oublié, que les réductions budgétaires du gouvernement Couillard ont été beaucoup moins dévastatrices que celles des gouvernements Lévesque (1982-1983) et Bouchard (1996-1997). Dans n’importe quel pays, le PLQ serait considéré comme un parti progressiste de centre-gauche, mais il passe ici pour le cruel champion des coupes sauvages.

C’est donc dans une atmosphère lourde et désenchantée que les libéraux tenaient samedi dernier leur conseil général. Assommés par les sondages et la vague de départs de leurs députés, les militants devaient donner l’impression d’être un parti promis à un grand avenir plutôt qu’à l’abattoir.

Cela s’est fait dans un certain désordre, avec l’encadrement déficient d’une organisation qui paraît en très mauvais état, et avec quelques gaffes, la moindre n’étant pas celle du nouveau président de la campagne libérale, Alexandre Taillefer. Il a lancé l’offensive avec le slogan par lequel Jean Charest réclamait un gouvernement majoritaire en 2007 : « Les deux mains sur le volant »… (cours 101 de communication politique : ne pas reprendre le slogan d’un prédécesseur dont on veut se dissocier !).

Enthousiaste et décontracté, en jeans et chemise déboutonnée, M. Taillefer a tenté d’insuffler de l’optimisme dans l’assemblée. En termes dithyrambiques, il a présenté aux militants un « invité mystère » qui serait, selon lui, l’un des plus grands visionnaires de notre époque ! Après quoi ce dernier, un entrepreneur dans le domaine de la technologie, a décrit, dans une interminable conférence, ce que sera le Québec de 2030 (ou était-ce 2045 ?) : un véritable paradis social et écologique qui serait encore, présumément, gouverné par le PLQ. Bizarre épisode.

Mieux inspirée a été la présentation d’un échantillon des nouveaux candidats du parti. Des jeunes de divers coins de la province, qui avaient en commun d’être énergiques et allumés, et d’incarner une relève intéressante.

Entre autres, la sommelière Jessica Harnois, qui se présentera dans les Cantons-de-l’Est, et l’avocate et fiscaliste Marwah Rizqy, candidate dans Saint-Laurent. Deux jeunes femmes belles et séduisantes (un détail non négligeable en politique, pour les hommes autant que pour les femmes), intelligentes, débordantes d’assurance et de conviction, en plus d’être de formidables oratrices.

Il ne fallait pas s’attendre à ce que des « vedettes » abandonnent des postes prestigieux pour un parti qui pourrait se retrouver dans l’opposition.

D’ailleurs, partout, les hommes « blancs » sont de moins en moins attirés par la politique. Cela laisse de la place aux jeunes hommes en début de carrière, aux femmes et aux citoyens issus de l’immigration.

Dieu sait que j’ai critiqué Philippe Couillard, souvent et durement, mais j’ai trouvé très bon son discours de clôture au conseil général – un discours prononcé en déambulant sur la scène, sans notes écrites et dans un français parfait.

Cela n’avait rien, bien entendu, d’une envolée fougueuse et passionnée – ce n’est pas son genre et de toute façon, l’ère des grands tribuns est révolue. C’était un discours fait pour des adultes : clair, rationnel et pondéré, avec le petit côté pédagogique et rassurant dégagé par une image de « bon docteur ».

Fini, les attaques mesquines et les « tabarnouche » qui ne lui correspondaient pas. Avant le sprint final, M. Couillard revenait à ses valeurs de base : le pluralisme, qui a toujours fait du PLQ le seul parti de gouvernement vraiment ouvert aux minorités, et son attachement au Canada, plus décomplexé que celui de Robert Bourassa, qui n’a jamais pu voir le reste du pays autrement que comme une vache à lait.

Dans son discours à ce conseil général, le dernier avant les élections, M. Couillard était à son meilleur lorsqu’il a dénoncé les politiques suicidaires de la CAQ sur l’immigration, mais hélas, nul n’ignore qu’en appuyant sur ce bouton malsain, la CAQ fait du « millage » dans l’électorat francophone.

M. Couillard aura toutefois bien du mal à convaincre les électeurs que la présidence de Donald Trump constitue une raison suffisante pour réélire son gouvernement au nom de la « stabilité économique ». L’argument est bien abstrait, face au vent de « dégagisme » que le printemps semble renforcer.

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