Goûter le monde en banlieue de Toronto

La banlieue multiethnique de Toronto recèle des restaurants de toutes les cultures. La chroniqueuse Marie-Claude Lortie y est partie à la découverte de saveurs franches et exotiques, en compagnie du blogueur et chroniqueur torontois d’origine sri-lankaise Suresh Doss. Tour du monde à Markham et à Scarborough…

SCARBOROUGH, Ontario — Il est assez tard en ce matin de début d’hiver pour que les légendaires bouchons de circulation torontois se soient adoucis. Mais de toute façon, on roule à l’envers du trafic. Contrairement à tous ceux qui quittent la banlieue pour venir travailler en ville, nous, on part du centre à la découverte de la banlieue. On s’en va manger à Scarborough. 

« Tu vois ce petit centre commercial ? », me demande mon guide, Suresh Doss, l’éditeur du magazine Foodism qui parle de cuisine ethnique le matin à la radio de la CBC à Toronto et qui a préparé cette tournée de ses adresses préférées.

Peu après être sorti du Don Valley Parkway pour emprunter le chemin Ellesmere, il me montre un regroupement de boutiques et de restaurants, tous ayant pignon sur rue ou plutôt sur parking. « Ça, c’est typique », dit-il. Dans ces « mini-malls » de banlieue, sur un seul niveau, on voit de tout. Des restos jamaïcains, chinois, sri-lankais, grecs… C’est dans ce genre de constructions qu’on va manger aujourd’hui.

Toronto est au cœur du multiculturalisme canadien. Sa population est ultradiversifiée. Au dernier recensement, plus de la moitié de la population a déclaré faire partie d’une minorité visible. Au centre de Toronto, il y a Chinatown, Greektown, la petite Pologne de Roncesvalles, la Petite Italie, la Petite Inde… Et ça, ce ne sont que les quartiers traditionnels. 

Si on sort du centre, la diversité continue.

Les quartiers chinois, par exemple, ne se comptent plus.

Il y a le vieux centre historique de la rue Spadina, bien sûr, mais les carrefours chinois se retrouvent aussi de Markham à Richmond Hill, en passant par Mississauga et Scarborough, au nord, à l’est et à l’ouest de la ville centre.

Même chose pour les secteurs italiens ou portugais ou philippins, ou comme pour tous les « quartiers » du sous-continent indien. Il y en a plusieurs.

Et c’est là qu’on s’en va.

Après un arrêt chez Kostas, chemin Ellesmere, pour un snack de spanakopita – un feuilleté d’épinards – et pour contempler l’offre spectaculaire de produits grecs, marquer le début de notre périple par les saveurs d’une immigration datant du milieu du siècle dernier, on part en direction de Mamajoun, où de la pizza arménienne nous attend. Une pâte de blé fine et croustillante, du sumac, de la tomate, des olives, du thym… Les garnitures, au choix, sont déposées sur ces pâtes rondes que l’on replie en sandwichs. Il faut que je gère mon estomac, donc j’emballe le tout après trois bouchées, mais j’en mangerais deux au complet, avec extra olives vertes.

Direction Chine

La balade se poursuit, direction Chine, avec Kong Kee Barbecue dans un centre commercial de l’avenue Midland. Là, on entre dans un univers d’immigration plus récente, celle venue de Hong Kong, juste avant la rétrocession de 1997. Chez Kong Kee, on n’est pas content que je prenne des photos. C’est chaotique. Mais c’est bondé. Et tout est affiché en cantonais. Ici, on vient chercher de la viande sur le barbecue, laquée – porc, poulet surtout –, pour des prix dérisoires. Pour 5 $, on en a pour un repas complet, incluant une boisson. La viande est tendre, contrairement à l’attitude de la dame derrière le comptoir.

On part manger tout ça aux tables installées dans le centre commercial adjacent. Suresh me raconte qu’un jour, en cherchant les toilettes, il a découvert une autre section du centre commercial où sont installées toutes sortes d’épiceries, mais aussi une toute petite boulangerie, la Fragrant Bakery, où nous allons chercher des gâteaux. J’adore. Suresh me tend une pâtisserie : « C’est un gâteau de femme. » Le lao po bing est fait avec de la pâte feuilletée et une garniture au melon, à la pâte d’amandes et au sésame, parfumé au cinq-épices. C’est la première fois que je goûte à une telle confection. C’est un peu sucré, doux, riche. La pâte se défait en flocons. On goûte aussi à la version du « mari », où la garniture est salée, faite de porc au barbecue haché et de noix. Dans les deux cas, c’est la pâte feuilletée, qui fond dans la bouche, qui rend accro.

Inde et Sri Lanka

On poursuit notre balade vers un centre commercial avenue Steeles, où l’on s’arrête à l’épicerie Spiceland, qui nous plonge directement sur les rives de l’océan Indien. Nous sommes rendus au Sri Lanka et, juste à côté du supermarché où l’on trouve de tout – incluant bien sûr verdures, épices et encens, mais aussi du dentifrice sri-lankais et des shampooings –, on va manger chez Poorani Vilaas.

Ici, on vient manger de la cuisine de rue traditionnelle sri-lankaise. Au menu ? Ce qu’on appelle l’idiyappam, des nouilles faites de farine de riz pressée – et non roulée – en forme de filaments puis cuite à la vapeur, du riz au curry jaune soleil, des rouleaux de mouton en pâte joliment relevés, des mothagam, bouchées sucrées faites avec du riz et farcies à la noix de coco. « Ici, c’est vraiment très proche de ce qu’on mange au Sri Lanka », m’assure Suresh, qui retourne fréquemment au pays de sa famille, notamment comme guide de voyage culinaire pour touristes gourmands.

Notre voyage dans le sous-continent indien se poursuit chez The Nilgiris, où l’on essaie quelques plats du sud de l’Inde, donc essentiellement des dosas – grandes crêpes moelleuses au centre, croustillantes sur le pourtour, faites à partir de farine de riz et de lentilles – que l’on garnit de currys secs de pommes de terres et lentilles. On ajoute des chutneys relevés et de la sauce sambar, avec oignons, graines de moutarde, ase fétide (une épice typique des plats indiens dont le goût évoque celui de l’ail) et tomates notamment. Une boisson au yogourt et à la mangue adoucit ma bouche en feu.

Et pour terminer notre tournée, on prend la route de Markham, vers le Metro Square Plaza, au bien nommé Chinese Dumpling House, destination classique pour amateurs de dumplings et autres dim sums à la cantonaise. 

J’avoue qu’ils y sont impeccables. Du bonheur en pochettes de riz et autres confections parfumées et salées pour gourmands en quête de saveur à bon prix. On choisit le gâteau aux oignons verts, les ravioles vapeur au porc et aux poireaux dont le jus éclate en bouche et réchauffe les âmes – je le prescris pour janvier –, ainsi que la version poêlée, croustillante. 

Merci, Suresh.

On va revenir.

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