La fin des Nordiques, 25 ans plus tard

Un déracinement douloureux

Colombe Lacroix n’a pas marqué de but ni effectué d’arrêt, mais elle a eu son rôle à jouer dans la conquête de la Coupe Stanley par l’Avalanche du Colorado en juin 1996, un an après le déménagement des Nordiques de Québec.

La femme du directeur général, Pierre Lacroix, a constitué la rassembleuse au sein d’une bande d’expatriés. Les joueurs des Nordiques ont eu quelques semaines seulement pour le grand transfert.

« Ils ont tellement facilité le déménagement, se souvient le gardien Stéphane Fiset. Pierre avec les joueurs et sa femme, Colombe, avec nos femmes. Elle faisait tout, nous aider à trouver une maison, un médecin, une école. Elle réunissait souvent les femmes pour s’assurer que ça aille bien pour tout le monde. Chaque fois qu’on partait jouer à l’extérieur, elle organisait des soupers pour nos femmes et il y avait toujours des gardiennes pour s’occuper des enfants. »

Le déménagement a représenté un déracinement douloureux pour la majorité des joueurs au départ. « C’était l’inconnu, poursuit Fiset. Plusieurs gars n’avaient jamais habité à l’extérieur du Québec. Le plus loin où j’avais habité, c’était Halifax, avec le club-école des Nordiques. Le fait de déménager dans une autre ville, surtout aux États-Unis, c’était beaucoup d’incertitude. »

Fiset avait une petite de deux ans et demi à l’époque. Ses parents vivaient à Anjou et ses beaux-parents, à Victoriaville. « Tu ne parles pas beaucoup à cet âge, encore moins anglais. Mes beaux-parents ont eu la plus grosse réaction. Ils nous voyaient régulièrement, nous allions être rendus loin pour eux. Ils n’avaient pas beaucoup voyagé, mes parents non plus. Le Colorado, pour eux, c’était au bout du monde ! »

Les francophones n’étaient pas les seuls à craindre ce déménagement.

« Certains étaient contents de partir, mais pas les Québécois ni nos vedettes. Joe Sakic et Peter Forsberg étaient bien à Québec. Leurs femmes adoraient Québec. La femme de Craig Wolanin est québécoise, Uwe Krupp avait son attelage de chiens de traîneaux. La plupart aimaient jouer à Québec. »

— Stéphane Fiset

L’accueil délirant réservé par les nouveaux fans de l’Avalanche, et un solide début de saison, a facilité la transition. Mais Fiset a eu à déménager à nouveau quelque temps après son arrivée.

« Steven Finn était avec nous en début de saison, puis il a été échangé. On habitait dans un genre de maison louée, puis on a déménagé dans la maison de Steven. Une fois de plus, la femme de Pierre nous a beaucoup aidés à transférer nos choses. Avec Pierre Lacroix, on avait l’impression d’avoir un directeur général pour le hockey et un directeur général familial ! »

***

Trois mois après le déménagement, ça chauffe à Montréal. Patrick Roy et Mario Tremblay s’échangent des regards acerbes après le fameux match du 2 décembre 1995 contre Detroit. « Jocelyn Thibault et moi savions qu’il y aurait un échange. On ne voulait plus quitter le Colorado. On croyait pouvoir connaître du succès ensemble. On s’en parlait souvent pendant cette période. On se taquinait pour savoir qui allait être échangé. »

Les deux derniers gardiens des Nordiques ont appris la transaction en pleine nuit. « Jocelyn m’a téléphoné vers 3 h du matin. On s’était dit que le premier qui l’apprenait appelait l’autre. Pierre Lacroix m’a téléphoné peu de temps après pour me convoquer à son bureau le plus rapidement possible. J’ai été incapable de me rendormir… »

Fiset avait des sentiments partagés.

« J’étais heureux parce que je n’avais pas à faire vivre un autre déménagement à ma famille. Mais en même temps, je savais que ma saison était presque terminée parce que je ne jouerais presque plus. »

— Stéphane Fiset

Pierre Lacroix lui a donné l’heure juste à l’aube. « J’étais à son bureau à 7 h du matin. Il a été correct. Il m’a dit : “Tu as le choix de rester et d’avoir la chance de gagner la Coupe Stanley ou, si tu veux, je peux t’échanger tout de suite.” J’ai décidé de rester. Pierre est venu me voir plusieurs fois pendant l’année pour être sûr que je voulais demeurer avec l’équipe. »

Fiset et certains de ses coéquipiers n’ont pas accueilli les nouvelles acquisitions, Roy et Mike Keane, à bras ouverts. « Les joueurs du Canadien, on ne les aimait pas malgré le fait qu’on obtenait le meilleur gardien. Quand ils sont arrivés chez nous, nous étions encore des Nordiques qui recevaient des joueurs du Canadien. Pour ma part, je ne jouais presque plus. J’avais ma fierté. Ç’a pris deux ou trois semaines avant que j’accepte mon rôle. Après, ça a super bien été avec Patrick. »

Fiset se demande encore à ce jour à quoi aurait ressemblé sa carrière s’il avait été échangé à Montréal contre Patrick Roy.

« J’ai gagné la Coupe Stanley, mais je me pose encore la question. J’aurais aimé vivre cette période-là. Ça allait bien pour moi à l’époque. Je ne dis pas que j’aurais remplacé Patrick Roy, personne ne pouvait le faire, mais j’aurais voulu voir comment ma carrière aurait progressé avec François Allaire comme entraîneur des gardiens. J’étais dans la Ligue depuis quelques années, j’avais joué avec Ron Hextall, j’avais été numéro un par la suite, je dominais la Ligue à tous les chapitres au moment de la transaction. On ne le saura jamais. »

Fiset a appris quelques années plus tard, par Serge Savard lui-même, qu’il était sur le point de passer au Canadien avec Owen Nolan en retour de Patrick Roy au début de la saison 1995, avant que le congédiement de Savard ne vienne mettre fin aux discussions entre le Canadien et l’Avalanche.

Le gardien québécois a été échangé aux Kings de Los Angeles après la Coupe Stanley remportée en 1996. Il y est demeuré quatre ans, avant de terminer sa carrière… avec le Canadien de Montréal, mais pour seulement deux matchs. Il aura au moins bouclé la boucle…

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