réseaux d’aqueduc et d’égouts

Les fuites et les refoulements en baisse

Les centaines de millions investis chaque année pour retaper les conduites d’eau et les égouts de Montréal commencent à rapporter. Le nombre de fuites d’eau et de refoulements diminue, révèle un document obtenu par La Presse en vertu de la Loi sur l’accès à l’information.

La Ville de Montréal a subi 1845 ruptures de conduites ou fuites d’eau en 2018, soit 5 par jour en moyenne. Si le chiffre peut sembler élevé, il représente néanmoins une baisse du quart par rapport au sommet atteint en 2015, alors que 6,6 événements survenaient en moyenne chaque jour.

« Chaque fois qu’il y a une diminution des bris, c’est très avantageux. L’impact immédiat, c’est moins de citoyens inondés, moins de rues fermées. Mais il y a un effet plus pernicieux : un bris imprévu coûte 10 fois plus cher à corriger que réaliser des travaux planifiés », expose Sylvain Ouellet, élu responsable des infrastructures.

Autre impact, la multiplication des ruptures et des fuites accapare les employés de la Ville, qui peinent ainsi à planifier les travaux d’entretien devant justement prévenir ces problèmes. « S’il y a trop de fuites, on n’est jamais capables de planifier les travaux. Ça finit par être un cercle vicieux », constate Sylvain Ouellet.

Ruptures ou fuites dans le réseau d’eau

2014 2332

2015 2427

2016 2211

2017 1999

2018 1845

Source : Ville de Montréal

Maintenir la cadence

Malgré la baisse du nombre de ruptures, Montréal évalue qu’il continue à perdre un peu moins du tiers (31 %) de son eau en raison des fuites. La Ville prévient d’ailleurs qu’elle devra continuer à multiplier les chantiers de conduites d’eau et d’égouts au cours des prochaines années.

La métropole évalue qu’elle doit investir entre 625 et 800 millions par an pour entretenir convenablement son réseau souterrain. Or, on en est encore loin. L’administration Plante a prévu mettre 482 millions en 2019, somme qui augmentera pour atteindre 564 millions en 2021.

Il faut dire que Montréal vient de loin. Au moment des fusions, en 2002, la métropole investissait à peine 20 millions dans son réseau souterrain, rapporte M. Ouellet. « Il ne faut pas s’asseoir sur nos lauriers parce qu’on pourrait rapidement retomber dans un nombre de fuites élevé », dit l’élu.

De plus, un problème majeur pend en effet au bout du nez de Montréal. À partir de 2022, les conduites installées au tournant du XIXe siècle – oui, oui, il y a 120 ans – arriveront en fin de vie utile en même temps que celles aménagées dans les années ayant suivi la Seconde Guerre mondiale. Montréal prévoit que de 2 à 3 % de son réseau d’eau passera dans la catégorie « mauvais à très mauvais état » chaque année.

Investissements dans la réfection du réseau d’eau

2015 249 millions

2016 350 millions

2017 336 millions

2018 440 millions

2019* 482 millions

2020* 536 millions

2021* 564 millions

*Prévision

Source : Ville de Montréal, Service de l’eau

Refoulements

Outre les fuites, les refoulements d’égout sont aussi de moins en moins fréquents, révèle le document obtenu par La Presse. Montréal a reçu l’an dernier 218 réclamations de citoyens victimes d’un tel problème. C’est nettement moins que les 4317 reçues en 2012.

Sylvain Ouellet souligne qu’une partie de cette baisse pourrait être due au hasard. Depuis 2012, où d’importantes pluies diluviennes se sont abattues sur Montréal, l’île a été relativement épargnée par ces violents épisodes météorologiques.

Il reste que la métropole dit avoir retenu la leçon. La Ville impose désormais l’installation de clapets anti-refoulement aux bâtiments inondés, ainsi qu’aux nouvelles constructions. Montréal a aussi ajouté plusieurs bassins de rétention pour encaisser le trop-plein d’eau pouvant survenir. Trois sont en construction et d’autres sont en préparation.

La réfection de plusieurs égouts peut aussi avoir aidé. Montréal n’a peut-être pas découvert de « fatberg » comme dans les égouts de certaines villes au Royaume-Uni, mais certaines conduites peuvent être partiellement obstruées. Les retaper contribue à restaurer leur capacité à écouler les eaux usées.

Le règlement interdisant depuis janvier l’utilisation de systèmes de refroidissement à l’eau pourrait aussi aider à réduire davantage encore les refoulements. Dans certains secteurs, Montréal évalue que ces systèmes peuvent utiliser à eux seuls la moitié de la capacité des conduites. Lors des coups d’eau, elles pouvaient ainsi difficilement absorber le trop-plein.

— Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse

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