Montréal

Des milliers de personnes manifestent contre le racisme et la CAQ

Bien qu’organisée avant le scrutin, la manifestation annuelle montréalaise contre le racisme, qui a réuni quelques milliers de personnes hier, a été fortement teintée par les résultats des élections du 1er octobre, dénonçant « les politiques racistes » du gouvernement caquiste nouvellement élu.

« La CAQ [Coalition avenir Québec] propose des politiques profondément racistes et xénophobes. Il faut avoir le courage de nommer un chat un chat et de pointer du doigt ce racisme », a lancé Safa Chebbi, une des porte-parole du rassemblement, avant que la marche ne s’amorce.

La foule est partie de la place Émilie-Gamelin à 15 h 30 et a marché durant près de deux heures jusqu’à l’intersection du boulevard Saint-Laurent et de la rue Sherbrooke.

Quelques jours après un scrutin ayant fait de François Legault le premier ministre désigné du Québec, le message antiraciste des manifestants s’adressait directement au gouvernement caquiste, qui représente un « véritable danger social », selon les organisateurs de la marche.

Ces derniers ont vivement dénoncé la future loi annoncée par la CAQ sur la laïcité, qui interdirait aux fonctionnaires de l’État en position d’autorité, y compris les enseignants, de porter des signes religieux au travail. 

« À peine élu, [François Legault] ramène sur la table un vieux débat […], avec un projet de loi ciblant les femmes voilées, les juifs et les sikhs, un projet de loi misogyne et raciste. »

— Safa Chebbi, une des porte-parole du rassemblement d’hier

« Ça fait 10 ans qu’on utilise la question de l’identité pour stigmatiser et nourrir le clivage dans notre société », selon elle, et il est nécessaire de « rester vigilants et unis ».

« On doit absolument être dans la rue aujourd’hui, et tant qu’il le faut, pour faire comprendre que le racisme ne passe pas et dire au nouveau gouvernement que ses propositions racistes ne passent pas », a affirmé une manifestante, accompagnée de son jeune garçon durant la marche. De nombreux citoyens se sont d’ailleurs joints à la marche en famille, se mélangeant aux militants des groupes Solidarité sans frontières, Alternatives ou Montréal-Antifasciste, notamment.

Dans la foule, plusieurs des pancartes brandies affichaient des messages contre la CAQ, associant la formation politique au racisme. « La CAQ et La Meute, même combat », disait l’une, « La laïcité de Legault porte un voile arbitraire », pouvait-on lire sur une autre.

« Pas mon premier ministre »

« François, mon foulard, c’est mon choix », a crié la foule à plusieurs reprises. Tout au long de la marche, les manifestants ont scandé des cris de ralliement contre « le racisme et les fascistes », mais aussi appelant au départ de François Legault de son poste tout juste acquis.

Rappelant le slogan de plusieurs Américains à la suite de l’élection de Donald Trump, « Not my president » (Pas mon président), Yassi, une militante du groupe Féministes racisé-e-s uni-e-s et solidaires, s’adressant « directement à François Legault », a lancé « Vous n’êtes pas mon premier ministre », sous la clameur approbatrice de la foule. D’après la jeune femme, les personnes racisées sont « invisibilisées et invalidées » et le déni du racisme systémique renforce la problématique.

« Nous voyons mal comment les tests de valeurs, l’expulsion de personnes immigrantes, le non-respect des droits et libertés par l’utilisation de clauses nonobstant [dispositions de dérogation] sont des signes d’un changement pour une plus grande justice et inclusion sociale », a quant à elle déclaré Marlihan Lopez, vice-présidente de la Fédération des femmes du Québec.

« Le racisme, cette haine irrationnelle, est un cancer qui empoisonne ce qu’il y a d’humain en nous », a affirmé une manifestante. « La lutte est loin d’être terminée, a ajouté une autre, s’exprimant au nom d’un groupe antifasciste, à la fin de la manifestation. L’influence de la droite raciste et xénophobe est de plus en plus apparente […], mais les gens qui ne veulent plus entendre de discours racistes au sein de la classe politique sont de plus en plus nombreux. Ils ont la majorité à l’Assemblée nationale, mais nous avons la majorité dans la rue. »

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