Critique

Beau, lent, lumineux

Drame
Il pleuvait des oiseaux
Louise Archambault
Avec Andrée Lachapelle, Gilbert Sicotte, Rémy Girard
2 h 06
4 étoiles

De vieux hommes dans un lac. Ils ont des chiens et des plants de pot. On voit bien que ces ermites se connaissent, mais chacun respecte le territoire de l’autre. L’un d’entre eux lave des pinceaux.

Une vieille dame assiste à des funérailles. L’épouse du défunt a récemment découvert l’existence de cette femme – sa belle-sœur – et l’a invitée à se joindre à une famille qu’elle n’a pas vue depuis 60 ans.

Le fils du disparu (Éric Robidoux), chargé de conduire cette tante inconnue, tient la gérance d’un hôtel perdu dans le bois. S’y trouve une reporter photographe (Ève Landry) qui mène des interviews auprès des aînés du village à propos d’un immense incendie de forêt qui a, il y a plusieurs années, fait des victimes. Cette tragédie est toujours fortement ancrée dans la mémoire collective de la région.

Tel est le cadre dans lequel se déploie le récit d’Il pleuvait des oiseaux, superbe adaptation cinématographique du roman de Jocelyne Saucier, réalisée par Louise Archambault (Gabrielle).

Car au-delà de ces détails scénaristiques, l’essentiel est ailleurs. Il est dans le regard de cette femme, injustement internée et bourrée de pilules pendant 60 ans, qui dit simplement à son neveu vouloir « voir des paysages ». Il est dans cette volonté d’êtres qui ont choisi de finir leurs jours comme ils l’entendent, en marge d’une société pour laquelle ils n’existent plus, en pleine communion avec la nature. À chacun sa Ballade de Narayama.

Et puis, il y a aussi l’amour. Celui qu’on n’attend plus à cet âge, et qui se révèle inopinément entre deux êtres, tout en délicatesse. Marie-Desneiges (Andrée Lachapelle), le prénom qu’a choisi la tante inconnue une fois initiée au grand air et à la forêt, n’aurait jamais cru que ça puisse être aussi beau. Cette scène charnelle entre Charlie (Gilbert Sicotte) et elle, finement mise en scène, est l’une des plus touchantes à avoir été montrée récemment au cinéma.

La pureté du geste

Il pleuvait des oiseaux est un film sur la vieillesse, bien sûr, mais aussi sur l’art. Dans cette histoire, la peinture entre en communion avec la réalité de la nature, particulièrement les drames qui peuvent y survenir. L’un des plus beaux aspects de cette œuvre est justement de faire écho à la pureté du geste artistique. La reporter découvre en effet que Boychuck (Kenneth Welsh), un personnage mystérieux, maintenant mort, dont tout le monde parle encore au village, a peint des toiles par simple besoin d’expression, sans jamais vouloir les montrer, même à ses compagnons. Ces tableaux – créés par Marc Séguin pour les besoins du film – établissent un lien très fort avec le passé.

Les trois acteurs principaux sont tout à fait remarquables, à commencer par Andrée Lachapelle, qui trouve ici l’un des plus grands rôles de sa carrière (et son dernier, selon son propre dire). 

Gilbert Sicotte prouve à quel point il est un acteur d’exception, et Rémy Girard n’avait pas livré plus belle performance au cinéma depuis Les invasions barbares.

À cet égard, il convient de souligner la qualité des chansons qu’interprète ce dernier à la guitare, qu’elles soient tirées du répertoire de Tom Waits, de Richard Desjardins ou de Gilles Vigneault (dont la sublime Quand vous mourrez de nos amours). Conjugués à la très belle trame musicale qu’a composée le groupe indie montréalais Will Driving West, ces airs enrichissent sereinement l’atmosphère de ce film lumineux, lent et beau, qui se place résolument du côté de la vie.

Critique

D’amour et de connaissance

Documentaire
La fille du cratère
Nadine Beaudet et Danic Champoux
Avec Yolande Perrault
1 h 16
3 étoiles et demie

SYNOPSIS

Ayant vécu dans l’ombre de son célèbre mari, le cinéaste Pierre Perrault, Yolande Simard n’en fut pas moins une chercheuse à part entière. Archéologue, collectionneuse et amoureuse de Charlevoix, elle a clairement influencé la carrière du créateur de Pour la suite du monde.

Au littoral de sa vie, cette femme du fleuve était encore la curiosité incarnée.

Passionnée de botanique, collectionneuse, amoureuse du grand air, capable de goûter la première pomme tombée au sol, relisant avec émotion des lettres de jeunesse échangées avec son Pierre, son homme, son mari, Yolande Perrault était une ambassadrice de la vie.

Ce documentaire sans prétention en fait l’éclatante démonstration, les deux réalisateurs mettant leurs pas dans ceux de cette femme disparue en juillet dernier à 91 ans, 20 ans après la mort de son illustre compagnon.

Pierre Perrault, on le sait, a été le grand cinéaste de Charlevoix, région dont la morphologie est imputable à la chute d’une météorite (d’où le cratère en question). Ses documentaires, à classer dans la catégorie du cinéma-vérité, n’ont plus besoin de présentation : Pour la suite du monde, Les voitures d’eau, Le règne du jour

Le spectateur comprendra, en regardant le présent film, à quel point l’archéologue Simard a influencé le travail du cinéaste Perrault, et vice versa.

Ce film met en alternance des extraits d’œuvres de Perrault et des moments extrêmement touchants de la vie toujours foisonnante de cette digne et vieille dame.

Le territoire nous façonne, dit à un moment un ami de Yolande. Sage parole qui donne envie d’aller s’installer dans Charlevoix pour mieux goûter le temps qui passe.

Critique

À chacun ses vacances

Documentaire
La grand-messe
Méryl Fortunat-Rossi et Valéry Rosier
Avec plusieurs adeptes du Tour de France
1 h 10
3 étoiles

SYNOPSIS

Chaque année, à l’arrivée du Tour de France, des inconditionnels s’installent, parfois plusieurs jours d’avance, à des endroits stratégiques du parcours. Comme dans le célèbre col d’Izoard, dans les Hautes-Alpes, où, en 2017, le tour passait pour la 35e fois.

Ils ont des prénoms sympathiques : Andrée, Georges, Marie, Jacquy, François ou Jacques. Ils ont la vieillesse tendre et souriante. Ils sont français, adorent le Tour de France et en font leur destination vacances.

Comment le leur reprocher ? Quiconque a suivi la plus célèbre course du monde à la télé a pu constater combien la France est un beau pays. Et que le passage obligé par les Alpes est farci de paysages spectaculaires.

Dans ce documentaire sympathique, mais qui atteint vite ses limites, les deux réalisateurs s’installent dans une montée du col d’Izoard avec des adeptes qui arrivent 12 (!) jours d’avance pour planter leur autocaravane dans la plus belle courbe, au bord de la route sinueuse.

Et les voilà qui, pour passer le temps, regardent la compétition à la télévision (lorsque l’antenne fonctionne), prennent l’apéro, jouent aux cartes, font un peu de vélo ou de randonnée, jouent de la musique, lisent L’Équipe.

Et plus le jour J approche, plus la foule grossit. Avec ses avantages et ses inconvénients.

Tout cela est filmé avec une bonne dose de joie de vivre. Et, sans surprise, plusieurs prises de vues sont à couper le souffle.

Une fois le cirque passé, tout un chacun remballe ses affaires et fait ses au revoir jusqu’à l’an prochain.

C’est la douce France…

Critique

Bien appliqué, mais trop sage

Drame
The Goldfinch
(V.F. : Le chardonneret)
John Crowley
Avec Ansel Elgort, Oakes Fegley, Nicole Kidman
2 h 29
2 étoiles et demie

SYNOPSIS

Ayant perdu sa mère à l’âge de 13 ans lors d’un attentat terroriste dans un musée de New York, un jeune homme est aujourd’hui impliqué dans une histoire criminelle au centre de laquelle se trouve le tableau qu’il a miraculeusement pu sauver des décombres après l’explosion qui a tué sa mère.

Au festival de Toronto, où elle a été présentée en primeur mondiale, cette adaptation cinématographique du roman à succès de Donna Tartt, lauréate du prix Pulitzer en 2014, a été très sèchement accueillie. 

Le pari d’adapter ce type de bouquin en un long métrage – avec les choix qui s’imposent pour lui donner une forme cinématographique – était peut-être impossible à tenir.

Tous les ingrédients sont pourtant réunis : une histoire qui entremêle la mortalité des êtres et la pérennité de l’art, racontée avec de bons moyens et les meilleurs artisans, à commencer par John Crowley (Brooklyn) à la mise en scène et le légendaire Roger Deakins à la direction photo. Ce dernier, rappelons-le, a obtenu un Oscar grâce à Blade Runner 2049, de Denis Villeneuve. 

Ansel Elgort (Baby Driver) est solide dans le rôle de Theo Decker en version adulte et il est appuyé par des acteurs de la trempe de Nicole Kidman, Jeffrey Wright, Sarah Paulson et Luke Wilson.

Hélas, le cinéaste a trop joué de prudence. À l’arrivée, The Goldfinch (Le chardonneret en version française) est un film bien appliqué, mais trop sage. Et qui, malgré d’indéniables qualités artistiques, ne suscite ni passion ni enthousiasme.

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