Chronique

Obligations : des vertes et des moins sûres

Elles sont payantes. Elles sont vertes. Elles ont tout pour plaire aux épargnants qui veulent du positif pour leur portefeuille et pour l’environnement.

Mais attention, il ne faut pas confondre les obligations de la firme CoPower qui versent un appétissant 5 % d’intérêts avec de « pépères » certificats de placement garanti (CPG) offerts par les banques avec un taux de 3,5 % dans le meilleur des cas.

Les obligations ne sont pas toutes nées égales. Même si le capital et le versement des intérêts sont garantis, certaines sont plus sûres que d’autres. Tout dépend de leur risque de défaut de paiement.

Prenez une obligation du gouvernement du Canada, à qui l’agence de notation Standard & Poor’s attribue sa meilleure cote (AAA). Sur cinq ans, son rendement est autour de 1,85 %, tandis qu’une obligation de la province de Québec (AA-) rapportera 2,3 %.

Pour avoir encore plus de rendement, l’investisseur doit se tourner vers des obligations d’entreprises. Une société plus solide comme Bell Canada (BBB+) versera autour de 3,2 %, tandis qu’une société moins bien cotée comme Air Canada (BB+), qui a déjà été en défaut de paiement à deux reprises dans le passé, offrira environ 4,25 %.

Mais revenons aux titres de CoPower…

L’entreprise de Westmount offre des obligations vertes au grand public depuis 2017. Son objectif est de faire le pont entre les épargnants et les emprunteurs qui ont à cœur l’avenir de la planète.

« Nous avons constaté que beaucoup de petits projets d’efficacité énergétique ne trouvaient pas de financement. Leur taille était trop petite pour attirer l’attention d’investisseurs institutionnels, comme des banques et des caisses de retraite », explique le directeur général, David Berliner.

Parallèlement, le cofondateur de CoPower voyait que de plus en plus de petits investisseurs souhaitaient que l’impact de leurs placements soit aligné avec leurs valeurs.

Pour développer sa plateforme, CoPower a obtenu l’appui financier du Fondaction de la CSN et de la Banque Royale, qui comptent parmi ses actionnaires, ce qui atteste du sérieux de la jeune fintech.

Déjà, CoPower a récolté quelque 20 millions de dollars de la part de plus de 700 clients à travers le Canada. Certains mettent seulement 5000 $, qui est l’investissement minimum. D’autres allongent des sommes substantielles.

Au Québec, la Fondation familiale Trottier a fait un placement de 1 million de dollars dans les obligations vertes de CoPower en octobre dernier. Dans l’Ouest canadien, la coopérative bien connue Vancity a aussi fourni 1 million de dollars.

Avec cet argent, CoPower a accordé des prêts à une kyrielle de projets visant la transition écoénergétique : installation d’éclairage DEL, panneaux solaires, etc.

Par exemple, CoPower a récemment consenti un prêt de 847 000 $ pour financer l’installation de systèmes de géothermie dans un complexe de maisons de ville à Toronto. Malgré son efficacité énergétique, la géothermie coûte plus cher à installer qu’un système de chauffage traditionnel. Mais en finançant l’installation sur plusieurs années, CoPower rend la décision plus facile à digérer. Et le remboursement des prêts permet de verser des intérêts aux épargnants qui ont acheté des obligations.

Bref, tout le monde est gagnant. Et la planète aussi.

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Les investisseurs qui achètent des titres de CoPower ont le choix entre des obligations qui rapportent 4 % pour une échéance de quatre ans ou 5 % pour une échéance de six ans. Mais ils doivent être bien certains de ne pas avoir besoin de l’argent dans l’intervalle, car les obligations ne sont pas rachetables avant l’échéance.

Les épargnants doivent aussi être conscients que les obligations de CoPower ne sont pas couvertes par la Société d’assurance-dépôts du Canada qui protège les dépôts à la banque.

Et comme les obligations de CoPower ne sont pas évaluées par les agences de crédit, il est difficile d’établir leur niveau de risque. Il faut comprendre que le remboursement du capital et le versement des intérêts dépendent de la capacité de payer des gens dont CoPower a financé le projet.

« Les investisseurs éventuels qui ne sont pas financièrement en mesure de supporter le risque que la Société ne parvienne pas à effectuer les paiements d’intérêts et de capital en temps opportun sur les Obligations ne devraient pas acheter d’Obligations », précise d’ailleurs la notice d’offre.

Cela dit, les obligations de CoPower peuvent être une avenue intéressante pour les épargnants qui veulent encourager la transition énergétique et qui peuvent se permettre de prendre un peu plus de risque avec une petite portion de leur portefeuille.

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Les investisseurs « verts » qui veulent être certains à 100 % de récupérer leur mise peuvent se tourner vers Épargne Placements Québec, qui offre des obligations vertes à taux fixe. Les sommes sont affectées à des projets précis comportant des avantages tangibles sur le plan environnemental au Québec.

Le taux d’intérêt est de 2,6 % par année (plus une bonification de 1 % la première année pour de nouveaux fonds). Les obligations ne sont pas remboursables avant l’échéance qui est de cinq ans. Et les titres sont entièrement garantis par le gouvernement du Québec.

Par ailleurs, le Fonds Desjardins SociéTerre Obligations environnementales investit aussi dans des « obligations environnementales » émises par des gouvernements, des banques de développement et des sociétés situées partout dans le monde. Mais il accuse un rendement négatif (- 0,7 % par année) depuis sa création en 2016.

En passant, ce n’est pas parce qu’un fonds commun contient des obligations – qu’elles soient vertes ou non – qu’il ne peut pas tomber dans le rouge. Ni le capital ni les intérêts ne sont garantis.

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