Illusion

Nouvelle ère pour les drag-queens

Une cinquantaine des meilleures drag-queens du Québec se réuniront dans le cadre d’Illusion, le mégaspectacle d’ouverture de Fierté Montréal, vendredi.

Pendant trois heures, la musique des années 70 à aujourd’hui résonnera dans un mélange de pop, de dance, d’airs de Broadway et de chansons franco-québécoises, avec la participation de plus de 150 personnes sur scène. « Illusion, c’est toujours le plus gros show, dit Michel Dorion, l’animateur de la soirée. Les loges débordent. Il y a des drags partout, des danseurs et des figurants par terre, parce qu’on manque de place. »

Les spectateurs réunis au parc des Faubourgs assisteront également à la première édition du drag challenge, dans lequel George Laraque, Richard Z. Sirois et PL Cloutier feront leurs débuts comme drag-queens sur la grande scène.

L’ex-hockeyeur, l’humoriste et le youtubeur « seront jumelés avec trois drags d’expérience qui les transformeront et qui agiront comme mentors dans la préparation de leurs numéros individuels d’environ deux minutes, explique Michel Dorion. À la fin, le public pourra voter pour le meilleur ».

Grande place à la relève

Outre les 24 têtes d’affiche, parmi lesquelles on retrouve Ada Vox, la drag-queen qui a été finaliste à American Idol au printemps dernier, ainsi que des vedettes locales telles Nana, Jimmy Moore, Manny, Rainbow, Chouchoune, Tracy Trash et Gisèle Lullaby, un numéro spécial réunira 21 drag-queens de la relève.

Parmi les aspirants d’un soir et les nouveaux visages, il y a fort à parier que certains aient été tentés par l’expérience en regardant RuPaul’s Drag Race, un concours télévisé extrêmement populaire dans la communauté LGBTQ+, et qui rejoint un public de plus en plus large grâce à Netflix.

« RuPaul’s Drag Race, c’est le hockey de la communauté LGBTQ+. Quand on diffuse un épisode au bar Le Cocktail, c’est le délire ! S’il faut que la drag préférée de certains spectateurs soit éliminée, j’ai l’impression qu’ils vont casser les meubles ! »

— Michel Dorion

Après 10 saisons et 3 éditions « all stars », l’émission américaine pousse de plus en plus de jeunes à faire leurs premiers pas. « Il me semble qu’il y en a davantage qui essaient, probablement deux fois plus qu’il y a 10 ans », observe celui qui est lui-même personnificateur et drag-queen depuis 30 ans.

La téléréalité a également changé la perception de bien des gens sur la profession de drag-queen. « Pour certaines personnes, ce n’était pas un travail : on faisait les folles, on se déguisait et on s’amusait, explique Michel Dorion. L’émission a montré que pour être une drag, il faut savoir se maquiller, danser, apprendre ses paroles, être un performer sur scène, jouer la comédie, animer, créer ou choisir ses costumes. C’est multitâche ! »

Choc des générations

Les fidèles de l’émission assistent aussi à la confrontation entre les générations de drag-queens. Les plus « traditionnelles » voient parfois d’un mauvais œil les femmes qui se transforment en drag-kings ou en drag-queens, les drags à barbe, ceux qui ne portent pas de faux postérieur, de faux seins, de fausses hanches, ou qui présentent des numéros en montrant le haut de leur corps masculin. « Moi, je ne suis pas fermé à ça, précise Michel Dorion. Certains clients ne comprennent pas et quittent le bar. Mais, je ne veux pas m’empêcher de faire évoluer le bar. Je dois avancer. Et les gens doivent s’adapter tranquillement.

« L’univers de la drag n’appartient plus uniquement aux hommes qui se transforment en femmes. Heureusement, plusieurs clients apprécient la variété et nous félicitent pour notre ouverture d’esprit. »

— Michel Dorion

Le milieu de la drag est également le lieu d’une importante évolution de l’esthétique des performeurs et des performeuses. « Les maquillages sont beaucoup plus beaux qu’avant, affirme Michel Dorion. Le métier tend davantage vers les faux cils, les gros sourcils, les gros cheveux de couleurs et les paillettes. Tout est gros ! »

Malgré ses trois décennies de métier, il continue de faire évoluer son personnage et ses façons de faire. « Avant, je pouvais me maquiller en 20 minutes, mais à cause de RuPaul’s Drag Race, j’ai commencé à mettre quatre couches de fond de teint et du gros contouring, moi aussi. À moins que je personnifie une chanteuse, avec un maquillage plus en finesse, ça peut me prendre environ une heure quarante-cinq, maintenant ! »

Il se met aussi au défi de personnifier des chanteuses auxquelles son public ne l’associe pas spontanément, lors du spectacle Illusion. Après Janet Jackson et Christine and the Queens dans le passé, il se transformera en Dua Lipa, la jeune chanteuse et mannequin britannique originaire du Kosovo, cette année.

À voir durant Fierté Montréal

Mado au Reine Elizabeth

Vendredi 10 août

La plus célèbre drag-queen du Québec offrira une prestation pour la toute première fois au Fairmont Le Reine Elizabeth, accompagnée au piano par Squeege Nicky.

Drag Superstar

Jeudi 16 août

Plusieurs participantes des dernières saisons de RuPaul’s Drag Race offriront un spectacle de trois heures animé par Bianca Del Rio, la gagnante de la sixième édition, dotée d’un humour corrosif à souhait !

Atelier de stand-up

Vendredi 17 août

L’humoriste transgenre Tranna Wintour donnera un atelier pour encourager l’écriture et la performance humoristique des identités marginalisées et sous-représentées.

Journée communautaire

Samedi 18 août

Voici l’occasion de déambuler dans le Village gai parmi les stands des dizaines d’organismes communautaires, culturels, sportifs, d’affaires et militants reliés à la communauté LGBTQ+.

Défilé

Dimanche 19 août

Ayant attiré quelque 300 000 spectateurs et 7000 participants l’année dernière, selon les organisateurs, le défilé de la Fierté prendra d’assaut le boulevard René-Lévesque dès 13 h.

Samantha Fox

Dimanche 19 août

Icône gaie et fantasme de plusieurs générations d’hommes et de femmes, la chanteuse offrira ses plus grands succès, tout juste avant le spectacle de clôture.

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