entrepreneuriat

Des skaters qui ont la bosse des affaires

Il y a un an, Hugo Murphy s’est lancé dans une aventure entrepreneuriale stimulante avec ses garçons : vendre leurs propres planches à roulettes. Leur premier produit se trouvant maintenant chez Spin, ces fans de skate partent, cet été, à la conquête d’autres détaillants.

Qui ? 

Un père, ses ados et leurs deux amis, tous fans de planche et d’escapades pour découvrir les skateparks de la province. Ils se nomment Hugo Murphy, de la Banque RBC (« Je couvre les besoins transactionnels de devises pour mes clients institutionnels »), Liam Murphy, 16 ans, Édouard Murphy, 14 ans, ainsi qu’Elouan Collart et Eunho Whang.  

« J’ai 41 ans et je me suis remis au skate il y a cinq ans. Mais je vois bien que je ne pourrai pas en faire encore longtemps. Comme j’aime passer du temps avec mes fils, j’ai cherché un projet commun intéressant. » 

— Hugo

« Mon père nous a toujours accompagnés. Pour son âge, sa taille et son poids, il est bon. » 

— Liam

« Je fais du skate depuis l’été après ma 5e année. Mes amis me disent : tu es chanceux que ton père en fasse avec vous. »

— Édouard

Le projet 

L’été dernier, Hugo Murphy a lancé à ses gars : « On devrait se partir une entreprise de skateboards ! » Dix mois plus tard, grâce notamment à l’appui de Spin Skatepark/Skateshop, plusieurs planches se sont retrouvées sur le grand mur du magasin de Brossard. 

« On savait que ça allait être difficile, mais on a dit oui. Il n’y avait que deux ou trois entreprises québécoises qu’on connaissait. On savait qu’on aurait du fun de vivre un tel projet. J’ai toujours eu ça derrière la tête, être entrepreneur », lance Liam.

« Mes garçons ont une vie classique. À cet âge, les projets de vie, il n’y en a pas tant. Je voulais leur démontrer qu’il y a divers parcours. Après avoir côtoyé des gens en production, en marketing, en impression, si l’un d’eux s’accroche à 1 % de ce qu’il a appris, ça va peut-être l’aiguiller sur un projet futur », dit Hugo.

La découverte d’une industrie 

Ce n’est pas parce qu’on roule en planche à roulettes depuis toujours qu’on connaît les rouages de l’industrie. Dans leur aventure entrepreneuriale, Hugo, Liam et Édouard en ont appris beaucoup des propriétaires du Spin, qui ont accepté de leur donner des avis et de leur enseigner des façons de procéder. Puis, en creusant et en s’intéressant au milieu de la production de planches, ils se sont rendu compte qu’il y avait des chasses gardées dans l’industrie et une manière de procéder bien précise pour la fabrication. L’équipe a, par ailleurs, appris la patience depuis un an.

« On a attendu deux mois avant d’avoir le premier film plastique sur lequel se trouve le croquis de l’illustrateur, de l’Angleterre, qu’on avait choisi, raconte Liam. L’industrie du skate est très difficile à percer. Quand on n’est pas établis, tout est plus lent. On n’est pas la priorité des gens. »

« On partait de zéro. Comme je connais depuis longtemps les propriétaires de Spin, ils nous ont raconté comment marche la business. Le but était de mettre les gars en contact avec des gens du milieu. Dans tout le processus, on a vu que les entreprises se chargent de tout. C’était décourageant, car je ne faisais pas ça pour gagner ma vie ni pour m’imposer comme compétiteur, raconte Hugo. Pour imprimer notre graphique sur nos planches vierges, commandées aux États-Unis, j’ai acheté une machine en Chine. Elle pèse 3000 lb et est arrivée par bateau. Une erreur ! Je voulais mettre mes gars là-dessus, mais c’est dangereux et compliqué à manipuler. On a donc payé un professionnel pour faire le travail ! »

Pourquoi le nom Chapter ? 

« Chapter nous a plu, car c’est un nom pas trop statique, mais pas trop intense non plus », affirme Liam. 

« J’étais à l’école et je lisais un livre. En voyant les chapitres, ça m’a inspiré », raconte Édouard.

Les coûts 

Hugo Murphy a payé tous les frais de cette aventure. Ses associés et lui font 10 $ par planche vendue chez Spin.

7600 $

Coût de l’achat de 400 planches vierges déjà formées

7000 $ 

Coût de la machine à imprimer des graphiques sur des planches vierges 

545 $ 

Film de plastique pour 150 planches 

200 $

Cachet de l’artiste 

25 $ 

Coût de production par planche

Une leçon 

Même si c’était un projet familial entouré d’amis, Hugo Murphy avoue avoir pris en charge plusieurs étapes de cette aventure. Surtout au départ. « J’ai souvent fait les calculs seul et laissé le côté créatif aux gars. C’est une erreur, car ils sont assez grands pour comprendre. Je me suis repris. Ils connaissent le coût des planches, combien on les vend chez Spin, ce qui entre dans le coût de la planche… », détaille le père.

La suite 

Édouard et Liam visent maintenant d’autres détaillants. Les boutiques Rollin Skateshop, à Montréal, et Palm Isle, à Saint-Lambert, viennent d’ailleurs de leur ouvrir leurs portes. Et de trois ! Ils sont aussi à la recherche d’un deuxième illustrateur pour proposer un autre modèle de planches Chapter. 

« On souhaite un artiste du Québec et on cherche un style en particulier », affirme Édouard.  

« On cible le plus de points de vente possible. Juste d’avoir Spin est déjà gros, mais ce n’est pas assez. On veut vraiment se faire remarquer comme entreprise québécoise. Voir notre planche sur le mur de Spin n’est pas la fin du projet, c’est le début. On peut aller encore plus loin ! », dit Liam.

« On va se promener avec le produit. Je suis allé porter une planche au proprio d’Empire, il y a deux semaines », ajoute Édouard. 

« Il nous a dit qu’il fallait développer plus notre marque. Il voulait un autre graphique. Il veut être certain qu’on soit prêts. On estime aussi qu’il nous manque des abonnés sur Instagram. On veut donc garder notre compte actif avec des vidéos », précise Liam.  

faire des affaires avec son père ?

« C’est vraiment le fun, car on a toujours eu une connexion. »

— Édouard

« C’est plus facile, je trouve, car on connaît bien les attentes de chacun. »

— Liam

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