L’équipe de Pipkin ?

C’était après un entraînement du camp des Alouettes, l’été dernier. Lorsqu’on avait demandé à Kavis Reed quel était son degré de confiance par rapport au groupe de quarts-arrières qu’il avait assemblé pour la saison 2018, il avait souligné que la cuvée de quarts qui seraient disponibles, l’hiver suivant, serait très relevée.

« Vous n’êtes sûrement pas sans savoir que la plupart des quarts partants de la ligue deviendront des joueurs autonomes », avait répondu le directeur général des Alouettes.

Le plan a bien sûr changé en cours de route. Drew Willy, Matthew Shiltz et Jeff Mathews ont subi des blessures et Reed a frappé le grand coup en faisant l’acquisition de Johnny Manziel. Une transaction qui a redonné un peu de place aux Oiseaux dans le paysage sportif du Québec.

Manziel est devenu un Alouette, mais c’est Antonio Pipkin qui a saisi sa chance lorsqu’elle est passée quelques semaines plus tard. Le jeune quart a stoppé l’hémorragie qui durait depuis approximativement un an en gagnant deux départs de suite.

Mike Reilly, Trevor Harris et Jonathon Jennings ont tous changé d’équipe depuis mardi. Après avoir reçu une offre de quatre ans pour plus de 800 000 $ par saison des Argonauts de Toronto, Bo Levi Mitchell a finalement décidé de rester avec les Stampeders de Calgary. Zach Collaros a également choisi de demeurer au même endroit en acceptant l’offre des Roughriders de la Saskatchewan.

Selon toute vraisemblance, les Alouettes n’étaient dans la course pour aucun de ces quarts. Manziel a un contrat pour une autre saison et Pipkin a signé une entente de deux ans en octobre. Shiltz, Mathews, Vernon Adams fils et le Québécois Hugo Richard font également tous partie des Alouettes.

Leçon d’humilité

Lorsque la saison s’est terminée au début novembre, l’entraîneur-chef Mike Sherman a indiqué qu’il y aurait une lutte entre Manziel et Pipkin pour le poste de quart partant au camp de 2019. Manziel amorcerait probablement le camp avec les partants, mais rien n’était coulé dans le béton.

Mais selon des membres de l’organisation, c’est plutôt Pipkin qui mériterait de détenir l’avantage. Manziel possède les habiletés pour être un bon joueur dans la LCF, mais n’a toujours pas prouvé qu’il était assez discipliné et travaillant pour confirmer ce potentiel.

La sortie de Manziel après les deux victoires de Pipkin, remportées alors que Johnny Football se remettait d’une commotion cérébrale, a irrité plusieurs personnes chez les Alouettes et a laissé des traces.

Rappelons qu’après avoir appris que Pipkin obtiendrait un troisième départ de suite, Manziel s’est absenté pour une journée, prétextant un virus. Certains joueurs et entraîneurs ont douté que Manziel était malade.

Contrairement à ce qui a été avancé par d’autres médias, Manziel n’est pas détesté dans le vestiaire des Alouettes. Nuançons. Il est cependant loin d’avoir gagné l’admiration de ses coéquipiers en disant ouvertement qu’il ne comprenait pas pourquoi l’équipe lui préférait Pipkin comme partant après les deux victoires en question de ce dernier.

Quelques semaines plus tard, Manziel a dit qu’il regrettait sa sortie devant les journalistes. D’ailleurs, en fin de saison, son discours avait changé, peut-être parce que son jeu a été très ordinaire. Lorsqu’on a demandé à Sherman s’il estimait que Manziel était un peu plus modeste qu’à son arrivée à Montréal au terme de la saison, le coach a répondu par l’affirmative. « C’est probablement le cas, en effet. »

Sera-t-il au camp ?

Même après que Manziel eut repris le poste de partant, Pipkin a obtenu du temps de jeu en fin de saison. C’est possiblement le signe que l’équipe se protège contre un éventuel départ de Manziel.

Lorsque les Alouettes ont officiellement dévoilé leur nouvel uniforme il y a deux semaines, Manziel n’était pas du rendez-vous. Il était pourtant à Montréal et se serait désisté de quelques autres engagements.

Pipkin, lui, était présent à la soirée. On l’a vu plaisanter avec ses coéquipiers et discuter avec des partisans. Il était souriant et impliqué. Disons que le contraste était assez frappant avec l’absence de Manziel.

Aux dernières nouvelles, Manziel devait toucher un boni de 75 000 $ au cours des prochaines semaines. Les Alouettes le paieront-ils ? Tenteront-ils plutôt de restructurer le contrat ? Pourraient-ils sérieusement envisager l’option de terminer leur association avec Manziel après avoir sacrifié deux premiers choix et deux joueurs établis pour l’obtenir ?

Ce qui est sûr, c’est que Pipkin est clairement dans les bonnes grâces de l’organisation et que certaines personnes du club le préfèrent à Manziel. Personne ne serait donc surpris de voir Pipkin aux commandes de l’attaque au début du camp, en mai.

Loffler arrive, Gagnon et Boulay partent

Les Alouettes ont ajouté une pièce importante à leur défense en s’entendant avec le maraudeur Taylor Loffler, hier. Le joueur originaire de Kelowna, en Colombie-Britannique, a accepté un contrat de deux saisons. En 50 matchs dans la LCF avec les Blue Bombers de Winnipeg, Loffler a totalisé 185 plaqués et 8 interceptions, et a provoqué 7 échappés. Joueur imposant (6 pi 3 po et 221 lb) et robuste, il ajoutera une nouvelle dimension à la tertiaire des Alouettes. Loffler a été nommé sur l’équipe d’étoiles de la LCF à chacune de ses trois saisons. Si Loffler devient le maraudeur partant des Alouettes, Branden Dozier pourrait remplacer Chip Cox comme secondeur du côté large. Par ailleurs, le Rouge et Noir d’Ottawa a conclu des ententes avec deux anciens joueurs des Alouettes, hier, le garde Philippe Gagnon et le secondeur Nicolas Boulay. Tyrell Sutton et Duron Carter ont quant à eux signé des ententes avec les Argonauts de Toronto et les Lions de la Colombie-Britannique.

— Miguel Bujold, La Presse

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