Notre choix

Une suite magnifiquement réussie

Film d'animation
La course des tuques
Benoit Godbout et François Brisson
Avec les voix d’Hélène Bourgeois Leclerc, Ludivine Reding, Mehdi Bousaidan
1 h 22
3 étoiles et demie

Qu’une œuvre nous fasse à la fois rire et pleurer, qu’elle nous séduise et nous fasse un peu réfléchir, c’est sans conteste bon signe. Et c’est le cas de La course des tuques, film d’animation à classer dans la frange des très bons films québécois du temps des Fêtes.

Suite assumée de La guerre des tuques 3D, ce nouvel opus utilise avec intelligence certains éléments du film précédent pour relancer cette histoire hivernale tout en donnant aux personnages que nous connaissons déjà des rôles différents. Ici, le village et la grange restent tels quels. Par contre, le fort n’est plus. Luc n’est plus au cœur de l’histoire ; c’est plutôt François les lunettes (Hélène Bourgeois Leclerc) le héros.

François, dont le génie inventif avait conçu toute une panoplie d’éléments de défense du fort, fabrique maintenant les luges les plus rapides, que conduit Sophie (Mariloup Wolfe). Or, l’arrivée au village du diabolique Zac (Mehdi Bousaidan) va tout bousculer. Ce dernier construit des luges encore plus performantes, que pilote sa cousine, l’intrépide Charlie (Ludivine Reding). Entre François le « patenteux » et Zac l’ingénieux, entre François l’espion et Zac le tricheur, c’est la guerre, à savoir qui est le plus vite, le plus fort, le plus dominant.

Sans exceller en rien, le film est très bon dans tous les aspect. Le scénario est bien ficelé et facile à comprendre. Le travail d’animation est de très bonne qualité. Les scènes de courses en luge nous plongent au cœur de l’action. Le décor est scintillant, et la musique est entraînante (trop, au goût de certains). On se réjouit également du souci apporté aux détails. Zac, par exemple, porte des pantoufles en Phentex. Ça ne s’invente pas !

Pour donner des voix aux personnages, le travail des comédiens est tout aussi convaincant. Tous affichent une belle forme. Notre coup de cœur va à Gildor Roy, extrêmement drôle dans son rôle de Chabot, surtout lorsque Charlie lui fait un peu de l’œil. 

Comme nous sommes dans le film familial du temps des Fêtes, pas besoin d’être devin pour comprendre qu’une fois le crêpage de chignon passé, quelques éléments déclencheurs feront en sorte que le bon sens finira par triompher. Voilà pour la petite morale. Mais à notre humble avis, il y a mieux. Quand on y regarde de plus près, le film est un magnifique clin d’œil à une époque où l’on s’amusait avec un bout de ficelle, un bout de tôle, un morceau de bois et un vieux pneu. Une époque où l’on jouait à la cachette, à la tague, où l’on glissait en traîneau et qu’on avait du fun.

Époque révolue ? Pas du tout. Il suffit d’un petit effort d’imagination. Voilà la vraie leçon à retenir de ce film. La course des tuques est une ode à la neige, à l’amitié et à la débrouillardise.

L’essence du geste

**** Drame biographique
At Eternity’s Gate
(V.F. : À la porte de l’éternité)
Julian Schnabel
Avec Willem Dafoe, Rupert Friend, Oscar Isaac
1 h 50

SynoPsis

Une évocation de la vie du peintre Vincent Van Gogh lors des dernières années de sa vie, durant son séjour à Arles et à Auvers-sur-Oise.

Rien n’est plus difficile que de transmettre l’essence d’un geste artistique sur grand écran. La grande réussite de Julian Schnabel, lui-même artiste peintre, est d’avoir su évoquer l’œuvre et la vie de Vincent Van Gogh de façon sensorielle. Ce faisant, son long métrage se démarque d’emblée de tous les (nombreux) autres films portant sur le peintre des Tournesols.

Même si Julian Schnabel (Basquiat, Le scaphandre et le papillon) n’emprunte pas ici la forme d’un drame biographique traditionnel, il reste que la vie quotidienne de l’artiste, dont on évoque les dernières années, est quand même illustrée, notamment grâce à sa relation avec son frère Théo (Rupert Friend), de même que celle – intense – qu’il a entretenue avec Paul Gauguin (Oscar Isaac). C’est d’ailleurs grâce au conseil de ce dernier que Van Gogh est parti s’installer dans le sud de la France, là où la lumière ambiante a provoqué en lui une montée créatrice fulgurante.

En plus de l’approche du cinéaste, At Eternity’s Gate (À la porte de l’éternité) bénéficie de la remarquable composition de Willem Dafoe. Lauréat du prix d’interprétation à la Mostra de Venise, l’acteur est crédible de bout en bout, et habite de façon vibrante un personnage dont l’existence était entièrement vouée à son art.

At Eternity’s Gate est à l’affiche en version originale avec sous-titres français.

Critique

Les ratés du cœur

Comédie dramatique 
Plaire, aimer et courir vite 
Christophe Honoré
Avec Vincent Lacoste, Pierre Deladonchamps, Denis Podalydès
2 h 12
Quatre étoiles

SynoPsis

Été 1993. Un jeune étudiant breton, Arthur, rencontre Jacques, un écrivain parisien venu donner une conférence à Rennes. Ils se plaisent, passent une nuit ensemble et se revoient à Paris. Mais il y a plusieurs obstacles et hésitations à leur amour naissant.

Dix ans après Les chansons d’amour, Christophe Honoré revient en grande forme. Plaire, aimer et courir vite, présenté en compétition à Cannes en mai dernier, est un film très beau et très touchant sur un amour impossible. Le cinéaste nous plonge au milieu de la crise des années sida, en France, pour explorer le déséquilibre de l’amour et le drame « des gens qui doutent ». Avec vérité et impudeur.

À l’aube de la quarantaine, père d’un fils, Jacques est « un homme qui se prend encore pour un garçon ». Alors qu’il se sait condamné, il vit intensément, dans l’urgence, entre excès de sexe et soif de tendresse, pour conjurer la mort.

S’il y a des étreintes torrides et des scènes de baise frontales dans le long métrage, il y a surtout des répliques et joutes verbales qui rappellent les brillants dialogues de La maman et la putain. Honoré capture le milieu « intello » des années 90 à Paris, comme Jean Eustache l’a fait pour les années 70 avec son chef-d’œuvre.

Plaire, aimer et courir vite rend aussi hommage à l’art en général et au cinéma en particulier. Le film est bourré de citations culturelles et de clins d’œil à Fassbinder, Leos Carax, Robert Wilson, Hervé Guibert, etc.

« La vie est plus étonnante que les films », dit Arthur à Jacques lors de leur rencontre dans une salle de cinéma. « La vie est plus conne que les films », rétorque-t-il. Avec ce film porté par une fureur de vivre et une fragilité de l’âme, Honoré signe un beau mélodrame sur les ratés du cœur, perdus dans un monde en panne de consolation. Entre nostalgie et maturité.

Critique

Étrange, mais fascinant

*** 1/2 Drame
Burning
Lee Chang-dong
Avec Ah-In Yoo, Steven Yeun, Jeon Jong-seo
2 h 28

SynoPsis

Lors d’une livraison, Jongsu, un jeune coursier, retrouve par hasard son ancienne voisine, Haemi, qui le séduit immédiatement. De retour d’un voyage à l’étranger, celle-ci revient cependant avec Ben, un garçon fortuné et mystérieux. Alors que s’instaure entre eux un troublant triangle amoureux, Ben révèle à Jongsu son étrange secret. Peu de temps après, Haemi disparaît…

Au Festival de Cannes, Burning a été écarté du palmarès officiel, mais a néanmoins obtenu le prix de la critique. Huit ans après le très beau Poetry, qui lui avait valu le prix du meilleur scénario sur la Croisette à l’époque, Lee Chang-dong propose un film étrange, mais vraiment fascinant.

Adapté d’une nouvelle de Haruki Murakami intitulée Les granges brûlées, Burning suit le parcours d’un jeune homme (Yoo Ah-in) qui tombe amoureux d’une fille (Jeon Jong-seo) qui, elle, s’attache à son tour à un nouvel ami (Steven Yeun), jeune homme mystérieux, très riche, mais dont personne ne sait d’où provient la fortune.

Empruntant son style contemplatif habituel (certaines images coupent le souffle), le cinéaste coréen réussit l’exploit de créer un vrai suspense – son film emprunte même les allures d’un thriller – à partir d’une histoire où, en apparence, il ne se passe rien. Pendant toute la durée de ce (long) film, Lee Chang-dong trouve le moyen de retenir le spectateur à son histoire, un peu comme s’il aiguisait sa patience au départ pour mieux le gagner à l’usure.

En s’incrustant insidieusement dans notre imagination de la sorte, Burning n’en devient que plus fort.

Notez qu’à Montréal, le film est à l’affiche du Cinéma du Musée en version originale coréenne avec sous-titres français ou anglais, selon la projection.

Critique

Chair à marier

Drame historique
L’échange des princesses
Marc Dugain
Avec Lambert Wilson, Anamaria Vartolomei, Olivier Gourmet, Igor Van Dessel, Juliane Lepoureau
1 h 40
3 étoiles

SynoPsis

L’échange de deux princesses entre les cours de France et d’Espagne au XVIIIe siècle, afin de consolider des liens politiques entre les deux pays, tournera au vinaigre.

« Toutes princesses que nous sommes, on ne nous a jamais considérées comme autre chose que de la chair à marier », dit la princesse Palatine (jouée par Andréa Ferréol) à la petite Marie-Victoire (Juliane Lepoureau), qui n’a que 4 ans quand elle entre à la cour de France, destinée à marier le jeune Louis XV prépubère (Igor Van Dessel). 

C’est le thème assez cruel du très beau roman de Chantal Thomas adapté par Marc Dugain (La malédiction d’Edgar, La bonté des femmes), qui offre un écrin visuel somptueux à cette histoire qui n’est qu’une parenthèse un peu gênante dans les règnes de Louis XV et de Philippe V (Lambert Wilson). Mais qui illustre l’unique fonction des femmes de haut rang à cette époque : donner des héritiers. 

Or, dans ces alliances complexes et purement politiques, d’où l’amour est complètement exclu, la petite Marie-Victoire n’est pas assez mûre pour répondre rapidement au besoin d’une succession, tandis que Louise-Élisabeth (Anamaria Vartolomei), fille du duc d’Orléans, répugne à accomplir son devoir conjugal auprès de Louis 1er, fils de Philippe V, qui mourra précocement de la vérole sans héritier.

Dès lors, elles ne valent plus rien. Dugain montre l’absurde de ces situations et des jeux de pouvoir dans les coulisses, laissant l’émotion au jeu de très jeunes interprètes excellents, dont les personnages sont dépassés par les événements. Quant à Lambert Wilson, il détonne en surjouant, oscillant entre le tragique et le comique, ce qui donne un ton étrange à cette production qui devrait tout de même ravir les fans de films à costumes.

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