Escalade

L’escalade sans limites

Elles ont toujours été sportives. Et curieuses. Pas question de changer ça. Cette fois-ci, avec l’aide d’Accès Grimpe, elles laissent le fauteuil roulant au pied du mur pour mieux l’escalader.

UN DOSSIER DE MARIE TISON

Grimper au-delà de son handicap

C’est à la suite d’une expérience marquante qu’Aurélie Suberchicot a créé l’organisme Accès Grimpe, il y a une dizaine de mois.

Elle grimpait avec des amis dans un centre d’escalade intérieure lorsqu’elle a vu arriver une personne en fauteuil roulant. Les embûches se sont multipliées. Il y avait bien une rampe, mais elle était bloquée par des fauteuils, impossible de l’emprunter. Les employés ne savaient absolument pas comment réagir. Ils ne voyaient pas ce qu’une personne en fauteuil roulant venait faire dans un centre d’escalade.

« J’ai trouvé ça injuste, surtout qu’il s’agit d’un sport que j’aime tellement », se rappelle Aurélie Suberchicot.

Or, Mme Suberchicot est originaire de France, où l’escalade adaptée existe depuis longtemps.

« C’est l’entraîneur de l’équipe de France qui a mis en place les règlements de l’IFSC [International Federation of Sport Climbing] pour l’escalade-sport adapté », souligne-t-elle.

Elle fait valoir qu’il existe des équipes de compétition en escalade-sport adapté dans un grand nombre de pays, des États-Unis au Pakistan. Mais pas au Canada. Il y a bien une initiative dans le domaine récréatif en Colombie-Britannique, mais c’est à peu près tout.

« Je me suis dit qu’à un moment donné, il faudrait faire quelque chose. »

L’étincelle

C’est une petite subvention qui lui a donné « le coup de pied aux fesses » pour passer à la concrétisation de cette idée.

« Je suis allée au sommet Génération plein air organisé par MEC, raconte Aurélie Suberchicot. J’ai présenté le projet et il a été sélectionné. J’ai eu 5000 $. »

Le sommet lui a permis de rencontrer des personnes prêtes à participer au projet. Elle a pu recruter d’autres personnes grâce à son travail au sein de la Fédération québécoise de la montagne et de l’escalade (FQME).

« Nous avons une équipe multidisciplinaire qui fait toute la différence. À l’intérieur du conseil d’administration, nous avons notamment un kinésiologue, une infirmière, une ergothérapeute qui fait aussi de la compétition en escalade, un expert en marketing et moi, qui œuvrais dans le milieu de l’escalade. »

— Aurélie Suberchicot, créatrice de l’organisme Accès Grimpe

Elle travaille également avec Martin Côté-Brazeau, expert du travail sur corde en milieu industriel qui a sa propre école d’escalade, Core Escalade. C’est lui qui a établi le système de cordes et de contrepoids qui permet de faire grimper des gens partiellement ou complètement paraplégiques.

« Tant que la personne a suffisamment de tonus musculaire pour se mettre sur le mur, il n’y a pas vraiment de limites, affirme Aurélie Suberchicot. Les personnes qui ont un profil du spectre de l’autisme ou qui ont une trisomie sont totalement mobiles et peuvent grimper, mais elles ont besoin d’un encadrement adéquat avec notre équipe. »

Recrutement

Accès Grimpe a commencé à recruter des participants par l’entremise des réseaux sociaux, mais aussi à travers des organismes voués à l’accessibilité aux sports et loisirs comme Parasports Québec, AlterGo, le Centre d’intégration à la vie active (CIVA) ou l’Association québécoise de loisir pour personnes handicapées. D’ailleurs, cette dernière association a versé une subvention à Accès Grimpe pour lui permettre d’acheter du matériel.

« C’est comme ça que nous avons eu nos premiers participants et ça a commencé à faire boule de neige. »

Accès Grimpe a également passé le mot au personnel de centres de réadaptation afin d’organiser des activités ponctuelles.

Pour l’instant, Accès Grimpe tente d’organiser une activité par mois pour tous, hommes et femmes, dans un centre d’escalade montréalais. Jusqu’ici, Zéro Gravité, Canyon Escalade et Horizon Roc ont accueilli ces grimpeurs bien spéciaux.

« Il y a de la demande pour aller à Québec, note Aurélie Suberchicot. Il faut juste trouver un gym qui n’est pas trop achalandé parce qu’il faut bloquer quelques voies pour notre clientèle. »

Elle aimerait aussi mettre en place un programme d’entraînement plus régulier, hebdomadaire, avec l’idée de réaliser, à terme, un circuit compétitif.

« Mais pour l’instant, il faut qu’on constitue notre bassin de grimpeurs. C’est ça, notre objectif. »

Rencontre avec des sportives

Quatre grimpeuses rencontrées au cours d’une soirée à Horizon Roc nous racontent leur expérience avec l’escalade.

Découvrir l’escalade

Camille René

23 ans

Blessée dans un accident de motoneige il y a neuf mois, Camille René est encore en réadaptation. Cette sportive de longue date a envie de découvrir tous les sports qui se font en fauteuil roulant. Elle a notamment essayé le vélo à main et le basketball. Elle aime bien ce dernier sport, mais juste pour s’amuser, pas au point de se joindre à une équipe. Elle attend l’hiver pour se mettre au ski alpin. Et l’escalade ? « Je ne connais pas ça, mais ça a l’air le fun. »

C’était sa première expérience chez Horizon Roc au moment du passage de La Presse. « J’ai trouvé ça dur, s’exclame-t-elle une fois revenue à son fauteuil, sur le plancher des vaches. Il faut de la poigne. Ça tire dans les avant-bras ! »

Elle n’est toutefois pas du genre à baisser les bras. Au contraire.

Bâtir la personne

Sofia Fassi

29 ans, distributrice dans une entreprise de vente

Basketball, ski alpin, ski nautique, tennis, Sonia Fassi pratique plusieurs sports adaptés. Avant un grave accident de la route, il y a cinq ans, elle faisait aussi de l’escalade intérieure. Lorsqu’elle a appris l’existence d’Accès Grimpe, sur Facebook, elle a eu envie de s’y remettre.

« C’est un défi personnel, je veux réussir à m’améliorer, affirme-t-elle, à sa deuxième participation à une séance d’escalade. L’escalade, ça bâtit la force, mais ça bâtit aussi la personne. » Elle a bien l’intention de continuer à gravir les murs à la force de ses bras.

À la recherche d’adrénaline

Janie Duguay

32 ans, étudiante en droit

Janie Duguay carbure à l’adrénaline. Celle qui faisait du soccer et de la planche à neige avant son accident, il y a trois ans, aime particulièrement le ski alpin adapté.

« Je suis à l’aise à l’idée de chercher de la vitesse, je connais les notions de glisse, je peux bien lire la montagne. »

À sa troisième séance d’escalade, elle se débrouille déjà très bien. « C’est un super bon exercice physique. Ce que j’aime, c’est que tu vas à ton rythme, selon ta condition. Même si ce sont des mouvements d’amplitude, ça ne sollicite pas trop les épaules, ce que je craignais. »

Elle aimerait bien faire de l’escalade plus souvent, faire partie d’une équipe. « C’est souvent une embûche, c’est le cas en ski alpin : il n’y a pas de club qui te permettrait de te perfectionner. Accès Grimpe essaie de faire une séance par mois : c’est déjà ça ! »

Un répit au conjoint

Caitlin Phillips

33 ans, développeuse de logiciel

Caitlin Phillips n’a pas attendu Accès Grimpe pour reprendre l’escalade, après un accident il y a quelques années qui lui a fait perdre du contrôle musculaire en bas des genoux. Elle a mis à contribution son mari, Mikkel Paulson, qui sert un peu de contrepoids en l’assurant. Il doit toutefois travailler fort. Elle aussi. « C’est une façon de faire de l’entraînement musculaire sans avoir à soulever de la fonte dans un centre d’entraînement, parce que ça, c’est vraiment ennuyant », affirme-t-elle.

Elle a eu envie d’essayer le système de contrepoids d’Accès Grimpe, histoire de donner un certain répit à son mari. Elle note que ce n’est pas l’escalade qui est difficile, mais tout ce qui l’entoure : se rendre au centre, se déplacer à l’intérieur, etc. « C’est toute cette logistique, affirme-t-elle. C’est là où sont les barrières. »

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