Saint-Charles-sur-Richelieu

La grand-messe des Hells Angels se déroule sans heurts

Sous haute surveillance, la Canada Run, cette grand-messe annuelle des Hells Angels, s’est déroulée somme toute sans heurts ce week-end à Saint-Charles-sur-Richelieu, en Montérégie. Le rassemblement promettait de réunir quelque 700 membres en règle et sympathisants de l’organisation criminelle sur le sol québécois, une première en 10 ans.

Les rangs tranquilles de la petite municipalité de quelque 1600 âmes n’étaient pas aussi calmes qu’à l’habitude hier matin, fourmillant de dizaines de policiers. À l’intersection du 4Rang Nord et du Grand Rang, les autorités avaient érigé un premier point de contrôle où elles passaient au crible chaque véhicule et ses occupants.

Selon le bilan préliminaire, les agents auront remis au total 300 constats d’infraction aux motards, principalement pour avoir enfreint le Code de la sécurité routière en circulant sur l’accotement et pour équipements non conformes sur leur moto. Un membre en règle de l’Ontario a aussi été arrêté pour avoir proféré des menaces à l’endroit d’une policière lors d’une vérification.

« Ça se déroule bien, la grande majorité des membres et sympathisants ont collaboré, il n’y a pas eu de débordements », a souligné Guy Lapointe, directeur des communications de la Sûreté du Québec.

En fin de journée hier, plus de 325 membres des Hells Angels issus de 37 des 41 chapitres canadiens avaient été identifiés.

Parmi les visages connus, l’influent membre de la section de Montréal Salvatore Cazzetta a notamment été aperçu sur place. Il faut dire que les membres en règle ont l’obligation de participer à la Canada Run.

Visite surveillée

Un deuxième point de contrôle avait été installé à l’autre extrémité du 4e Rang Nord de façon à filtrer la circulation menant à la résidence privée où convergeaient les visiteurs attendus. La présence policière n’était d’ailleurs pas moins grande plus près de la maison, qui servirait depuis l’hiver dernier de repaire au chapitre « South » des Hells Angels.

En fait, des policiers, de la Sûreté du Québec surtout, s’étaient plantés directement en face de l’entrée principale de la résidence aux toits rouges, rappelant la couleur des anciens bunkers.

Séparés de quelques mètres à peine, les agents en profitaient pour documenter le profil de chaque individu qui pénétrait sur le site donnant accès à un vaste terrain.

La Gendarmerie royale du Canada et des corps de police municipaux, dont ceux de Montréal et de Québec, ont prêté main-forte à la Sûreté du Québec durant la réunion qui a débuté jeudi et qui prend fin aujourd’hui. La Police provinciale de l’Ontario s’est aussi déplacée pour prendre part au vaste déploiement policier qui semblait être réglé au quart de tour.

Les autorités étaient à l’œuvre depuis jeudi, interceptant les Hells Angels des quatre coins du pays sur l’autoroute dès leur arrivée dans la région. Il n’y a pas d’hôtel sur le territoire de Saint-Charles-sur-Richelieu. Les participants de la Canada Run avaient loué des chambres entre autres à Saint-Hyacinthe, où une présence policière était aussi exercée.

Peu de tensions

Des sympathisants faisaient le pied de grue devant l’entrée de la résidence, assurant à leur manière la sécurité des lieux. Ils portaient des t-shirts rouges sur lesquels il était inscrit « Support 81 – Canada » devant et « Staff – Canada Run » derrière. Le 8 et le 1 correspondent à la huitième et à la première lettre de l’alphabet, désignant le H et le A.

Ces vêtements étaient portés parce qu’il est interdit d’afficher des couleurs autres que celles des Hells Angels lors de la Canada Run. Sur place, ces hommes s’assuraient de libérer la voie quand les leurs arrivaient, le plus souvent en voiture ou à bord de fourgonnettes de location. Hier, bien peu de motards étaient d’ailleurs au volant de leur motocyclette.

Une soixantaine de véhicules appartenant à des invités étaient stationnés le long du terrain privé. De l’autre côté, ceux des médias et des policiers. Les uns et les autres se toléraient mutuellement.

Par moments, ce sont des sympathisants qui s’adonnaient à photographier à leur tour les agents. Malgré une surveillance serrée, la tension était peu palpable.

Règlement municipal ?

La Presse avait donné rendez-vous au maire de Saint-Charles-sur-Richelieu, Marc Lavigne, à l’hôtel de ville de la municipalité, transformé pour le week-end en quartier général de la Sûreté du Québec. « Il n’y a rien qui nous permet de les expulser [les Hells Angels] », a-t-il indiqué. « Les taxes sont payées, ils demandent les permis qu’il faut, tout est fait selon les règles. »

Le maire Lavigne se réjouissait d’ailleurs hier que l’évènement controversé se déroule sans accroc. « Sérieusement, ça va vraiment bien. De part et d’autre, personne ne veut que ça aille mal. Il n’y a rien à signaler pour l’instant. On ne les a pas non plus vus dans le village. […] Vraiment, il n’y a rien qui retrousse », a-t-il affirmé.

La municipalité ne cache pas néanmoins qu’elle pourrait évaluer la possibilité d’adopter un règlement à l’instar de la Ville de Saint-Pie, qui a récemment durci le ton pour éviter que des membres d’organisation criminelle ne prennent part à des évènements sur leur territoire à la suite de la présence de Hells Angels au Thunder Bike Show, l’été dernier.

La dernière présentation de la Canada Run au Québec s’était aussi tenue à Saint-Pie, en 2008. « Bon, un règlement ne règle jamais tout. Est-ce que ce sera nécessaire ? On va se donner du temps », a expliqué le maire Lavigne.

Un retour après 10 ans

La Canada Run faisait un retour en sol québécois après 10 ans d’absence. Selon nos informations, les Hells Angels doivent visiter toutes les provinces où ils sont présents avant de revenir au même endroit. Les derniers rassemblements s’étaient tenus en Alberta et en Ontario.

En mars dernier, la résidence privée du 4e Rang Nord à Saint-Charles-sur-Richelieu où se tient le rassemblement a été la cible d’une perquisition dans le cadre de l’enquête Objection de la Sûreté du Québec. Il s’agissait alors d’un premier local lié aux Hells Angels où l’on perquisitionnait depuis la fameuse opération SharQc, en 2009, qui s’était soldée par 156 arrestations.

Les Hells Angels, qui compteraient environ 80 membres en règle en liberté au Québec, contrôlent aujourd’hui la quasi-totalité du trafic de cocaïne et de métamphétamine dans la province, selon les renseignements policiers.

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