France

Appuis des gilets jaunes

72 %

Proportion des Français qui ont  de la sympathie pour le mouvement des gilets jaunes ou qui le soutiennent, selon un sondage Elabe diffusé hier.

20 %

Proportion des Français qui se définissent comme gilets jaunes, selon le sondage d’hier.

82 %

Proportion des Français qui condamnent les violences qui se sont produites samedi dernier durant la mobilisation, selon le même sondage. 

— Agence France-Presse

Mouvement des gilets jaunes

Le gouvernement appelle au « calme » et tente d’éteindre l’incendie

Paris — Face à la fronde de plus en plus violente des gilets jaunes, qui menacent de réinvestir Paris samedi malgré les concessions du gouvernement, Emmanuel Macron a demandé hier aux responsables politiques et syndicaux de lancer un « appel au calme ».

L’inquiétude des autorités françaises était palpable face à la perspective d’une nouvelle journée de violences au cœur de la capitale, encore sous le choc des scènes de guérilla urbaine vécues samedi dernier. 

Ces images, qui ont fait le tour du monde, ont porté un coup à l’économie et au tourisme.

Quatre personnes sont mortes et des centaines ont été blessées en marge des manifestations contre la politique sociale et fiscale du gouvernement, déclenchées le 17 novembre. Et la colère s’étend désormais aux lycéens, aux agriculteurs et aux étudiants.

« Le président de la République a demandé aux forces politiques, aux forces syndicales, au patronat de lancer un appel clair et explicite au calme et au respect du cadre républicain », a solennellement déclaré le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, rapportant les propos du président pendant le Conseil des ministres.

Pour le porte-parole, cet appel s’adresse à « ceux qui font preuve de cynisme, d’opportunisme […]. Inutile de les nommer. Ils se reconnaîtront ».

carburants : hausses de taxe « annulées pour l’année 2019 »

« Ce qui est en jeu, c’est la sécurité des Français et nos institutions. Je lance ici un appel à la responsabilité », a pour sa part dit le premier ministre Édouard Philippe dans un discours devant l’Assemblée nationale.

« Tous les acteurs du débat public, responsables politiques, responsables syndicaux, éditorialistes et citoyens, seront comptables de leurs déclarations dans les jours qui viennent », a-t-il ajouté, affirmant que le gouvernement serait « intraitable » face aux « factieux » et aux « casseurs ».

Le chef du gouvernement a réitéré les mesures annoncées mardi afin de tenter d’apaiser la « colère jaune », à savoir notamment une suspension pour six mois de la taxe sur les carburants.

L’Assemblée nationale a approuvé hier par 358 voix contre 194 les mesures annoncées par Édouard Philippe, à l’issue d’un débat de près de cinq heures dans l’hémicycle.

Dans la soirée, le ministre de la Transition écologique François de Rugy a affirmé sur BFMTV qu’en fait, les hausses de taxe sur les carburants prévues pour le 1er janvier 2019 sont « annulées pour l’année 2019 ».

Ces mesures constituent le premier recul d’Emmanuel Macron, qui, depuis le début de son mandat en mai 2017, s’était fait fort de ne pas céder à la rue. Mais elles n’ont pas convaincu la majorité des manifestants, qui multiplient blocages et rassemblements parfois violents depuis trois semaines dans tout le pays.

Des « mesurettes », selon des gilets jaunes

Seuls deux dépôts pétroliers ont été débloqués, tandis que la plupart des gilets jaunes balayaient du revers de la main des « mesurettes » du gouvernement et promettaient de poursuivre leur mouvement.

« Les Français ne veulent pas des miettes, ils veulent la baguette au complet », a déclaré à l’AFP Benjamin Cauchy, l’une des figures du mouvement.

« Le fait de reculer si peu et si mal ne peut que conforter l’opinion dans l’idée que ce gouvernement est maladroit, qu’il ne veut pas reconnaître le caractère négatif de sa politique. »

— Michel Wieviorka, sociologue à l’École des hautes études en sciences sociales, à Paris

Pour près de huit Français sur dix (78 %), les annonces du gouvernement ne répondent pas aux attentes, selon un sondage Elabe qui confirme que l’approbation de la mobilisation reste élevée, 72 % des Français l’appuyant.

Face au risque de propagation du mouvement, le gouvernement a semblé prêt à lâcher plus de lest.

Benjamin Griveaux a ainsi entrouvert la porte à un possible rétablissement de l’impôt sur la fortune (ISF), qui frappait les ménages les plus fortunés avant d’être supprimé par M. Macron. Son retour est réclamé par de nombreux manifestants au nom de la justice fiscale, mais le palais présidentiel a semblé clore le débat hier soir en faisant savoir que le président avait déclaré en Conseil des ministres mercredi qu’il ne voulait « rien détricoter de ce qui a été fait depuis 18 mois ».

Signe des tensions dans le pays, le président Macron a été hué et insulté au cours d’une visite surprise mardi soir au Puy-en-Velay, où un bâtiment officiel avait été incendié samedi.

Vers de nouvelles mobilisations samedi prochain

Le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a demandé mardi soir aux « gilets jaunes raisonnables » de renoncer à un nouveau rassemblement parisien samedi prochain. En vain pour l’instant : les appels à se mobiliser une nouvelle fois dans toute la France sont pour l’heure maintenus.

Éric Drouet, l’un des plus connus des gilets jaunes, a ainsi appelé à « retourner à Paris » ce jour-là, « près des lieux de pouvoir, les Champs-Élysées, l’Arc de triomphe, [la place de la] Concorde ».

La contestation a gagné les lycéens, qui protestent notamment contre la réforme du baccalauréat. Au lendemain de heurts parfois violents, le fonctionnement de plusieurs dizaines de lycées restait perturbé hier et des syndicats lycéens appelaient à une mobilisation générale à partir d’aujourd’hui. Certains étudiants commençaient à rejoindre le mouvement.

Les agriculteurs ont quant à eux annoncé qu’ils manifesteraient la semaine prochaine, contre l’« agri-bashing ».

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