Pénurie de main-d'œuvre

Matane et Saint-Donat veulent des Français

Des soudeurs recrutés au Nicaragua pour travailler à Matane. La collecte du recyclage mécanisée à Saint-Donat pour réduire le nombre d’employés nécessaires.

Alors que la pénurie de main-d’œuvre se fait de plus en plus sentir au Québec, un groupe de villes se rendra en France la semaine prochaine dans l’espoir de convaincre des Français de venir occuper l’un des 118 000 postes actuellement vacants dans la province.

« On a une grosse problématique de pénurie de main-d’œuvre. Ça fait 15 ans qu’on en parle, mais depuis un an ou deux, ça nous a vraiment frappés au visage », dit Jérôme Landry, maire de Matane, qui prendra part à la mission de recrutement.

Le manque de travailleurs se répercute jusque dans les bacs de recyclage à Saint-Donat, dans Lanaudière. Devant la difficulté à recruter du personnel, la municipalité a mis en place une collecte mécanisée pour le recyclage depuis le début de 2019. Cette mesure permettra de réduire de moitié le nombre de personnes nécessaires pour assurer ce service.

Mais pour plusieurs entreprises, la technologie ne peut pas remplacer les travailleurs dont elles ont besoin. Le maire de Saint-Donat, Joé Deslauriers, évalue qu’une centaine de postes sont actuellement vacants dans sa ville de 3900 habitants. « Le besoin est immédiat », constate-t-il.

Saint-Donat a donc décidé de participer à cette mission de recrutement en France aux côtés de cinq autres villes également touchées par la pénurie de main-d’œuvre, soit Contrecœur, Deux-Montagnes, Drummondville, Matane et Sainte-Julie. Cette délégation de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) prendra ainsi part au Salon du travail et de la mobilité professionnelle, qui se déroule la semaine prochaine à Paris. Il s’agit d’une importante foire attirant en moyenne 25 000 chercheurs d’emploi.

Le slogan adopté par la délégation québécoise laisse peu de place à l’interprétation : « On a besoin de toi, c’est urgent ! »

Le maire Jérôme Landry arrivera avec en main une liste de postes pouvant être occupés rapidement. Le maire de cette ville de 14 300 habitants avait l’embarras du choix pour rédiger sa liste.

« Lors de la dernière foire d’emploi, il y avait 400 postes vacants seulement pour Matane. C’est beaucoup. »

— Jérôme Landry

Marmen, qui produit des éoliennes, est constamment en campagne de recrutement. Récemment, l’entreprise a dû se rendre au Nicaragua pour recruter des soudeurs pour son usine de Matane, incapable d’en trouver au Québec.

Vive concurrence

Le Québec n’est toutefois pas le seul à courtiser les travailleurs français. Le Nouveau-Brunswick aussi sera présent au Salon de l’emploi pour convaincre les Français de s’y implanter. La Tunisie, la Nouvelle-Zélande, la Suède et l’Irlande auront aussi des délégations pour recruter des travailleurs. Des entreprises d’Allemagne, du Royaume-Uni et d’Espagne ont également prévu y prendre part.

Devant cette vive concurrence, comment convaincre les Français de s’établir à Matane ? « On a de très bons emplois où ils peuvent débuter rapidement », répond du tac au tac Jérôme Landry. Le maire mettra aussi de l’avant le faible coût de la vie dans sa région, ce qui permet d’accéder rapidement à la propriété.

Évidemment, Matane compte également miser sur ses « grands espaces » que les Français affectionnent tant.

Pour attirer les Français à 130 km au nord de Montréal, le maire de Saint-Donat dit vouloir les séduire en vantant « notre qualité de vie, les emplois disponibles et les services qu’on est capables d’offrir ». Joé Deslauriers n’en est pas à sa première mission de recrutement à l’étranger. En juin dernier, il s’est aussi rendu en Tunisie dans l’espoir de recruter du personnel. Il estime toutefois que les chances sont meilleures du côté des travailleurs français, pour qui l’adaptation risque d’être plus facile. « On est cousins après tout », dit-il.

La France, important bassin d’immigration

On recense en ce moment 2,6 millions de personnes en France à la recherche d’un emploi, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE). Après avoir atteint un sommet de 10,5 % en 2015, le chômage a légèrement diminué en France pour s’établir à 9,3 % en ce moment.

Le chômage demeure ainsi nettement plus élevé qu’au Québec, où il s’est établi à 5,0 % en décembre, selon Statistique Canada. Dans plusieurs régions, c’est encore plus faible. L’Abitibi-Témiscamingue affiche un taux de chômage d’à peine 2,8 % et il est de 3,4 % en Chaudière-Appalaches.

La province vit une pénurie de main-d’œuvre sur l’ensemble de son territoire. On dénombre aujourd’hui 118 520 postes vacants au Québec, toujours selon Statistique Canada. La majorité d’entre eux offrent toutefois de bas salaires, près des deux tiers (63,3 %) n’exigeant aucune scolarité ou un simple diplôme d’études secondaires. Seuls 11,7 % des postes vacants exigent des études universitaires.

La France est un important bassin d’immigration pour le Québec. En fait, au cours des cinq dernières années, l’Hexagone a été le principal pays d’origine des immigrants au Québec. Près de 17 400 Français sont venus s’installer de 2011 à 2015. Leur taux de rétention est élevé, 78 % décidant de demeurer dans la province.

La majorité des Français se sont toutefois installés à Montréal ou dans sa banlieue. Joé Deslauriers estime que les régions doivent arriver à attirer les immigrants pour éviter de nuire à leur développement économique. « On entend souvent que les grandes villes sont le cœur du Québec, mais les régions, nous en sommes les poumons. »

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