covid-19

Le nombre de cas au Québec sous-estimé ?

C’est l’une des possibilités évaluées par la Santé publique. Des milliers de personnes attendent de passer un test de dépistage.

Des milliers de personnes sont en attente, parfois depuis des jours, pour passer le test de dépistage de la COVID-19. Ces délais, combinés à l’attente pour obtenir les résultats, font en sorte que le nombre de cas au Québec pourrait être « sous-estimé », convient le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS).

Combien de personnes sont en attente d’un test de dépistage de la COVID-19 ? Nous avons posé la question au MSSS plusieurs fois au cours des derniers jours. Seul chiffre disponible : on nous indiquait jeudi que les lignes de référence envoyaient de 1000 à 2200 personnes chaque jour aux cliniques de dépistage.

La crise de la COVID-19 a commencé le 29 février, avec l’apparition du premier cas, mais a atteint son apogée au cours des deux dernières semaines. Selon les données fournies par le MSSS, on peut donc en conclure qu’en 14 jours, de 14 000 à 32 000 personnes ont été dirigées vers les cliniques désignées pour un rendez-vous.

Or, le Québec a réalisé 10 208 tests depuis le 28 février, date d’apparition du premier cas. Ce qui laisse des milliers de personnes en attente d’un test. Au cours des derniers jours, deux sources ont d’ailleurs contacté La Presse pour faire état du fait que plus de 20 000 personnes attendaient de subir un test à l’échelle du Québec. L’une de ces sources est issue du milieu de la sécurité publique et l’autre, du milieu de la santé.

Vendredi, des patients en attente à la clinique désignée de l’Hôtel-Dieu se sont eux aussi fait dire que 23 000 personnes attendaient d’être testées et que les délais pour obtenir les résultats étaient de quatre jours.

Avec l’ensemble de ces délais – attente pour le test et pour les résultats –, peut-on penser qu’on sous-estime le nombre de cas au Québec ? « Il est possible que le nombre de cas confirmés au Québec soit sous-estimé, convient la porte-parole du MSSS, Marie-Claude Lacasse, en réponse à nos questions. La Santé publique tient compte de cette possibilité dans les mesures appliquées. »

La capacité de tester supérieure à la demande

En conférence de presse samedi, le premier ministre Legault a indiqué que la capacité de tests du Québec – 6000 par jour en date de samedi – était maintenant supérieure à la demande.

« Actuellement, on a plus de capacité que la demande journalière. » C’est certainement le cas depuis vendredi, où la capacité de tests est passée à 5000 par jour au Québec. Cependant, il y a moins de 10 jours, la capacité de tester s’élevait à 600 par jour. Elle est passée, en début de semaine, à 1000 par jour. C’est au cours de cette période, indique l’une de nos sources, que l’accumulation de patients en attente d’un test s’est créée.

Bonne nouvelle, toutefois, du côté de l’attente pour les résultats. Selon la compilation effectuée à partir des résultats publiés jour après jour depuis le début de la crise par le ministère de la Santé, on voit que le nombre de tests « sous investigation », ceux dont on attend les résultats, était en progression constante jusqu’à vendredi. Mais la courbe a amorcé un mouvement de décroissance net vendredi.

Selon les chiffres du MSSS, on est passé de 92 tests en attente il y a 10 jours à plus de 3900 jeudi dernier. Puis, le nombre de ces tests en attente est passé de 3900 jeudi à 2400 vendredi, puis à 1500 samedi. Il faut cependant noter certaines incohérences dans les données de vendredi, où le total des tests effectués est… inférieur à celui de la veille.

« Le récent ajout de sept laboratoires de dépistage dans toutes les régions du Québec a changé la manière de récolter les données. Tous les laboratoires ne nous font pas parvenir chaque jour tous leurs tests réalisés en temps réel, il peut s’écouler de 24 à 72 heures avant que les chiffres ne soient compilés au MSSS. La collecte de données est actuellement en rodage », indique Robert Maranda, porte-parole du MSSS.

Des dizaines de témoignages

Au cours des derniers jours, des dizaines de personnes ont contacté La Presse pour faire état d’importants délais pour passer le test de la COVID-19. Chaque fois, les infirmières du 811 indiquent aux patients qu’ils se feront appeler pour un rendez-vous dans les prochaines 24 à 72 heures. Les gens qui nous ont contactés attendaient tous l’appel depuis, au bas mot, une semaine. France Duval est l’un de ces cas.

Elle a contacté le 811 le 11 mars. On l’a appelée pour un rendez-vous le vendredi 20. Neuf jours d’attente, donc. On lui avait fixé une heure de rendez-vous à l’Hôtel-Dieu. « J’ai attendu trois heures et demie au total », dit Mme Duval. La femme, atteinte de sclérose en plaques et donc fragile sur le plan immunitaire à cause de sa médication, a été sidérée de devoir attendre avec autant de personnes possiblement infectées pendant des heures.

« On était collés les uns sur les autres… très loin du mètre de distance. Trois personnes qui étaient devant moi sont reparties avant d’être testées. »

— France Duval

Après le test, on lui a indiqué que les résultats ne lui seraient communiqués qu’après quatre jours.

La femme a fait état de son mécontentement au personnel de la clinique, qui lui a indiqué que 23 000 personnes étaient actuellement en attente pour un test. L’affluence de samedi était cependant « exceptionnellement élevée », lui a dit le personnel.

Les deux premières cliniques désignées pour effectuer des tests de la COVID-19 ont été ouvertes le 9 mars, on en est maintenant à une trentaine et on passera à 44 au cours de la prochaine semaine. Le nombre de laboratoires en mesure d’effectuer les tests est passé de 1 à 8 dans la dernière semaine.

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