Hockey Le Canadien

À la recherche de l’étincelle

L’entraîneur-chef Claude Julien a multiplié les combinaisons surprenantes hier avec les attaquants réunis à Brossard pour le début du camp d’entraînement. Une façon de sortir les joueurs de leur zone de confort ?

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Vent de fraîcheur à l’attaque

La définition de la folie est de faire constamment les mêmes gestes en espérant un résultat différent, dit-on souvent. Selon ce qu’on a pu observer hier, si le Canadien connaît une autre saison difficile, ce ne sera pas faute d’avoir tenté quelque chose de différent.

Ça commençait par le personnel sur la patinoire. Claude Julien était entouré de ses nouveaux adjoints, Dominique Ducharme et Luke Richardson. Et c’est un Julien nettement plus loquace que l’on a vu à l’œuvre. On ne comptait plus le nombre de fois où, même à travers la vitre qui sépare la passerelle de presse de la patinoire, on l’entendait crier des instructions d’un bout à l’autre de la patinoire.

« On veut créer de bonnes habitudes en partant », a résumé l’entraîneur-chef, après la séance.

Et puis, il y a la fameuse attaque. Le Tricolore a terminé au 29e rang de la Ligue nationale au chapitre des buts marqués, l’an dernier. Revenir avec les mêmes éléments dans les mêmes rôles aurait assurément mené au même résultat désolant que l’an dernier.

Ces derniers mois, Marc Bergevin a fait son bout de chemin. Exit Alex Galchenyuk et Max Pacioretty (les plus malins souligneront qu’ils faisaient plus partie de la solution que du problème, mais c’est là une autre discussion). Bienvenue à Max Domi, Tomas Tatar, Joel Armia, Matthew Peca et le jeune Nick Suzuki, qui aura la chance de se battre pour un poste.

Hier, c’était au tour de Julien d’y aller avec ses solutions. L’entraîneur-chef ne s’est pas contenté de garder de vieilles combinaisons en y injectant du sang neuf ici et là :

• Le premier trio du groupe A était composé de Domi, Armia et Jonathan Drouin, trois joueurs qui jouaient pour trois équipes différentes la saison dernière.

• Le premier trio du groupe B était piloté par Phillip Danault, avec le nouveau venu Tatar à sa gauche et Brendan Gallagher à sa droite. Danault et Gallagher ont passé un total de 32 grosses minutes ensemble la saison dernière.

• La recrue Jesperi Kotkaniemi s’est retrouvé au centre des vétérans Artturi Lehkonen et Nicolas Deslauriers, qui n’ont jamais joué ensemble l’an dernier même s’ils ont été coéquipiers toute la saison.

• Suzuki était lui aussi flanqué de deux ailiers qui n’ont jamais été compagnons de trio : Paul Byron et Nikita Scherbak.

En fait, le seul duo que l’on pouvait reconnaître de l’an passé était celui de Tomas Plekanec et Charles Hudon (jumelés à Hunter Shinkaruk, un joueur que l’on attend plutôt à Laval cette saison). Il y avait aussi Jacob De La Rose et Byron Froese (avec Michael Chaput), mais Froese devra connaître tout un camp pour éviter d’amorcer la saison en Ligue américaine.

Si Julien voulait sortir ses joueurs de leur zone de confort, c’est réussi !

Domi au centre ?

Dans ce contexte, on devine que les joueurs voient des postes s’ouvrir. Qu’ils voient une formation de début de saison où plusieurs emplois sont en jeu, même si 13 attaquants ont en poche des contrats de la LNH à un volet.

C’est du moins la lecture qu’en fait Scherbak, un joueur qui devra en montrer plus que l’an dernier.

« Je souhaite rester avec l’équipe, avoir un impact au sein du groupe, faire ma place dans les trois premiers ou les deux premiers trios, créer des occasions pour mes compagnons de trio et marquer des buts », a dit le Russe.

Mais de tous les changements, aucun n’était plus intrigant que l’inversion de rôles entre Domi et Drouin. C’était en effet Domi qui pilotait ce trio, et non pas Drouin.

« On sait déjà que Jonathan peut jouer au centre. Il s’est vraiment amélioré en fin de saison, aux mises en jeu, et il arrive ici en excellente forme. Je n’ai pas besoin de le voir autant que j’ai besoin de voir les nouveaux gars, s’est justifié Julien.

« Max, on aura peut-être besoin de lui au centre, sinon à l’aile. Aucune décision n’est prise. Mais on a aussi Suzuki et Kotkaniemi [à faire jouer au centre]. Les gars que je connais, je n’ai pas besoin de les voir au centre. C’est possible que j’inverse ça dans les matchs préparatoires. »

L’explication de l’entraîneur a de quoi laisser songeur. Julien a bel et bien vu Drouin au centre l’an dernier, mais le Québécois y a connu des difficultés, avant de trouver son rythme de croisière en fin de saison. L’échantillon demeure donc mince. L’argument « pas besoin de les voir au centre » aurait été plus facile à accepter avec, par exemple, Plekanec ou même Danault, des joueurs bien établis à cette position.

L’idée d’employer Domi au centre n’est toutefois pas complètement farfelue. « J’étais centre à ma première année dans le junior, a expliqué Domi. Mais ensuite, l’équipe a ajouté plusieurs vétérans. Dale Hunter [l’entraîneur-chef] m’a donc demandé si j’étais disposé à changer. J’ai accepté. Je n’avais jamais joué à l’aile de ma vie ! Et il m’avait dit qu’un jour, ça allait me rapporter. Il a eu raison. Quand tu peux jouer aux trois positions, tu deviens encore plus utile à ton équipe.

« Ce que j’aime de notre combinaison, c’est que l’un ou l’autre peut jouer au centre. Si l’un en arrache, l’autre peut le remplacer. C’est bien comme ça. »

Du sérieux

Domi prend visiblement sa nouvelle affectation au sérieux. À la fin de la séance d’hier, on l’a vu prendre plusieurs mises en jeu devant Michael McCarron, avec Dominique Ducharme dans le rôle du juge de lignes.

Il faut toutefois rappeler que les Coyotes avaient eux aussi fait passer une audition au centre à Domi en milieu de saison l’an dernier. Mais c’est seulement quand il est revenu à l’aile qu’il s’est mis à produire, amassant 18 points dans les 20 derniers matchs du calendrier.

Deux mois plus tard, le DG des Coyotes, John Chayka, avait d’ailleurs justifié la transaction Domi-Galchenyuk en soulignant notamment la capacité de Galchenyuk à jouer au centre.

De toute évidence, l’expérience de Domi au centre n’est pas une garantie de succès. Mais après le désastre de la dernière saison, Julien doit au moins tenter des solutions, dans l’espoir de provoquer une étincelle. Geoff Molson n’avait-il pas déclaré en avril que le statu quo n’était pas une option ?

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Le capitaine est parti, la page est tournée

On peut avancer, sans crainte de se tromper, que les joueurs du Canadien se sont rapidement remis du départ de Max Pacioretty, pourtant leur capitaine des trois dernières années.

Vous avez vu ces images d’un Pacioretty tout souriant, ici juché dans un hélico depuis le ciel chaud de Las Vegas, là planté dans l’un des célèbres décors de la ville ? Autant de mises en scène qui permettent de croire que l’ex-capitaine du Canadien a déjà tourné la page.

On peut dire que la page a également été tournée dans le vestiaire de l’équipe à Brossard.

Deux vétérans du club, les défenseurs Jordie Benn et Jeff Petry, ont essentiellement dit la même chose à La Presse au sujet du départ de Pacioretty, hier à Brossard : il est temps de passer à un autre appel.

« C’est ça, le hockey, a répondu Benn en réponse aux questions sur l’impact du départ de Pacioretty. Il y a des gars qui arrivent et des gars qui repartent tout le temps. Je sais qu’il était le capitaine et qu’il s’agit de Max Pacioretty, mais c’est juste un autre joueur de hockey qui a opté pour une décision d’affaires et qui s’est fait sortir. J’ai déjà été échangé par les Stars, je suis devenu membre du Canadien, et je ne pense pas que quiconque s’en soit inquiété. Tout le monde est passé à autre chose quand j’ai été échangé. C’est les affaires, c’est tout. On s’y habitue. »

Jeff Petry partage ce point de vue.

« C’était le bon moment pour une telle décision, ça va faire en sorte qu’il n’y aura pas ce nuage d’incertitude au-dessus de nos têtes. »

— Jeff Petry

« Tout le monde est prêt à repartir à neuf après la saison qu’on vient de connaître. [Pacioretty] n’était pas le gars le plus volubile. Nous n’avons pas beaucoup de gars volubiles ici de toute façon, mais nous avons des gars qui mènent par l’exemple. »

Vote ou nomination ?

Pour l’heure, on ne sait toujours pas si c’est la direction qui choisira ou si ce sont les joueurs qui devront passer au vote afin d’élire le prochain capitaine, mais selon Jordie Benn, il n’y a personne dans ce vestiaire qui va perdre le sommeil pour ça.

« Que l’on vote ou non, ça ne dérange pas, parce que c’est tout le monde qui doit contribuer au leadership, a-t-il ajouté. On n’a pas besoin d’un capitaine, il y a des équipes qui ont passé une saison entière sans en avoir un. Ce n’est pas quelque chose qui nous préoccupe. Si quelqu’un obtient le C, tant mieux pour lui, c’est un honneur immense, mais on sait déjà qui sont les leaders ici. »

En attendant, ce sont les images d’un Pacioretty tout souriant, à la fois zen et détendu, qui ont rapidement fait le tour de la planète LNH. Celui qui porte le numéro 67 s’est aussi confié à une reporter de Las Vegas, à qui il a expliqué qu’au moment d’apprendre la nouvelle de la transaction, il s’était senti « allégé de 20 livres » en se rendant à l’aréna le jour suivant.

Doit-on donc en conclure que c’est un véritable calvaire que de porter le pourtant prestigieux chandail bleu, blanc et rouge ?

« Dans mon cas, en arrivant ici depuis Edmonton, c’était un nouveau départ, et on m’a accueilli à bras ouverts, répond Jeff Petry. Je crois surtout que la saison dernière a affecté tout le monde, pas juste lui. »

« On a parlé d’attitude à la fin, et pour nous tous, c’était des hauts, des bas. Il y a eu des moments, la saison dernière, où on avait vraiment ce problème d’attitude, et je m’inclus dans le groupe. Nous devons apprendre à rester d’humeur égale. »

— Jeff Petry

« Le paradis du hockey »

Jordie Benn, lui, se souvient encore des séries du printemps 2017, de la fébrilité et de l’ambiance, et il en garde un très bon souvenir. C’est ce qu’il faut retenir du milieu montréalais, à son avis, bien que ce milieu ne soit pas toujours de tout repos.

« C’est le paradis du hockey ici… Les médias vont peut-être nous bousculer un peu, les fans aussi, et c’est différent d’un marché comme Dallas, où j’ai joué auparavant. À Dallas, il y a les Cowboys, le baseball et le basketball. Si tu perds deux matchs de suite là-bas, personne ne va en parler. Si tu perds deux matchs de suite ici, tout le monde va en parler. C’est comme ça au Canada. Mais c’est aussi très motivant. Lors des séries de 2017, l’ambiance qu’il y avait en ville, je n’avais jamais vraiment vu ça. »

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La filière franco-ontarienne s’agrandit

Claude Julien, Paul Byron, William Bitten… La communauté franco-ontarienne était déjà bien représentée dans l’organisation du Canadien. Et voilà qu’un nouveau membre s’y greffe.

C’est peu connu, mais Matthew Peca, embauché cet été comme joueur autonome, s’exprime parfaitement dans la langue de Réjean Ducharme.

C’est que la famille de sa mère, les Trudeau, vient de Sudbury, où une importante communauté franco-ontarienne est établie. Son aisance en français s’entend dès la simple mention du nom « Trudeau », qu’il prononce comme quelqu’un qui a parlé la langue toute sa vie.

« Ma mère parle français. J’ai fait toute ma scolarité en français, de la maternelle à la 12e année. Je l’ai un peu perdu au collège, mais ce n’est pas si pire », a-t-il expliqué à La Presse dans une entrevue récente.

Cette scolarité, il l’a faite à Petawawa, une petite ville voisine du Québec, mais pas nécessairement la région la plus francophone de l’Ontario. N’empêche.

« On a grandi dans des collectivités anglophones, se rappelle Peca. Je fréquentais la seule école française du district. Donc, le français, on y tient. À la maison, je parlais français avec ma mère. Maintenant, j’essaie de le parler le plus possible. »

La vie fait plutôt bien les choses pour Peca. D’abord, il a été repêché par le Lightning, probablement l’organisation la plus francophile de la LNH. Yanni Gourde, Jonathan Drouin, Jonathan Marchessault, Mathieu Joseph, Gabriel Dumont et Michaël Bournival ne sont que quelques-uns des nombreux Québécois qu’il a croisés sur son chemin. C’est sans oublier Julien BriseBois, qui était alors le DG du Crunch de Syracuse, la filiale du Lightning, et Benoît Groulx, entraîneur-chef de l’équipe.

Le voici maintenant à Montréal, où il ne manquera pas d’interlocuteurs avec qui discuter en français. « Ce n’était pas un critère quand je suis devenu joueur autonome, mais c’est un beau plus ! »

Pour l’heure, il se dit plus à son aise en anglais quand vient le temps de jaser hockey. Mais il n’a pas hésité à passer au français, hier, dans une conversation autour de son casier.

Tyler Johnson, le modèle

À 5 pi 8 po, Peca entre dans la fameuse catégorie des attaquants de petite taille. Il n’est pas frêle pour autant. Il pèse 178 livres, selon les documents officiels, et c’est un jeune homme plutôt trapu qui s’est présenté devant les médias hier.

Et puis la taille, il a compris depuis longtemps que ce n’était pas la fin du monde. Après tout, il a vu sa part de petits attaquants faire leur bout de chemin dans l’organisation du Lightning. C’est justement l’un d’eux qui est son modèle : Tyler Johnson, qui fait lui aussi 5 pi 8 po.

« C’est un petit centre, doté d’un bon coup de patin, qui a beaucoup de talent. Son histoire m’interpelle, car il n’a jamais été repêché. Tout le monde peut se rendre à la LNH, mais chacun a son parcours. Je veux faire de mon mieux pour travailler, manger mes croûtes, et j’espère que ça viendra. »

S’établir pour de bon

En fait, l’objectif de Peca, ce n’est pas tant de se rendre à la LNH que de s’y établir.

Il débarque à Montréal dans de drôles de circonstances. Après trois saisons chez les pros, il n’a disputé que 20 matchs dans la LNH, coincé dans une organisation qui regorgeait de talent à l’attaque. Il n’était pourtant pas vilain dans la Ligue américaine, avec des récoltes de 43, 41 et 46 points. Mais les rappels étaient rares.

Ça ne l’a pas empêché de décrocher un contrat de deux ans, une entente exclusivement de la LNH, à hauteur de 1,3 million par saison. Ce qui signifie que s’il est rétrogradé dans la Ligue américaine, il devra passer par le ballottage, et le Canadien devra lui payer son plein salaire à Laval s’il n’est pas réclamé. Ce qui signifie aussi qu’à moins d’une catastrophe au camp, il passera la saison à Montréal.

Parce qu’il joue au centre, il devrait avoir la chance de se mettre en valeur, même si hier, il était jumelé à deux vétérans de la Ligue américaine en Kenny Agostino et Alexandre Grenier. Le Canadien a besoin de solutions à cette position, en attendant que la relève soit prête.

« Faire ma place à Montréal, ça voudrait dire beaucoup à mes yeux. Les joueurs travaillent toute leur vie pour jouer dans la Ligue nationale. J’ai joué des matchs dans la LNH, mais je n’ai jamais eu l’impression que je m’y étais rendu. La prochaine étape pour moi, ce serait de m’établir. »

Pour un modeste 201e choix au total au repêchage, ce serait une belle réussite.

Les nouvelles du jour

Un essai pour Joel Ward

À 37 ans, Joel Ward approche de l’heure de la retraite, mais il n’a pas dit son dernier mot. Le Canadien a annoncé hier lui avoir consenti un essai pour le camp d’entraînement. Ward devrait rejoindre l’équipe aujourd’hui. Le vétéran a passé les trois dernières saisons avec les Sharks de San Jose. Après avoir totalisé 17 points en 30 matchs lors des séries 2016 et 2017, Ward a toutefois été laissé de côté pour les 10 matchs de l’équipe le printemps dernier. En saison, il avait amassé 12 points en 52 matchs en 2017-2018, et avait vu son temps d’utilisation fondre sous les 12 minutes.

— Guillaume Lefrançois, La Presse

Feu vert pour Byron…

Oui, Paul Byron était bel et bien sur la glace hier, pour le premier entraînement du camp. Celui qui, au départ, ne devait revenir au jeu que plus tard en octobre sera de toute évidence prêt pour amorcer la saison en même temps que tout le monde, le 3 octobre à Toronto. Le plus étonnant dans tout ça ? Byron a admis hier qu’il traînait cette blessure à l’épaule droite depuis… deux ans ! « J’ai été très chanceux que mon épaule puisse bien réagir après l’opération en avril, a-t-il expliqué. Tout de suite après l’opération, j’avais très bon espoir de pouvoir revenir sur la glace plus rapidement que prévu. »

— Richard Labbé, La Presse

… mais pas pour Shaw

Les nouvelles sont bonnes dans le cas de Paul Byron, mais elles le sont pas mal moins dans le cas d’Andrew Shaw, opéré au genou gauche en avril. Ce qui est inquiétant en ce qui concerne l’attaquant de soutien, c’est qu’il n’a toujours pas obtenu le feu vert des médecins concernant son genou… et aussi concernant une commotion cérébrale subie la saison dernière. L’entraîneur Claude Julien a tenu à préciser que Shaw ne souffrait d’aucun symptôme de commotion cérébrale, mais la décision d’offrir un essai à Joel Ward peut laisser perplexe.

— Richard Labbé, La Presse

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