Yves Bélanger

Clint Eastwood en clair-obscur

Très associé aux projets de Jean-Marc Vallée, dont il signe toutes les images depuis Dallas Buyers Club, Yves Bélanger a été recruté par Clint Eastwood pour assurer la direction photo du film The Mule, qui marque aussi le retour de l’acteur devant sa propre caméra.

Comme à peu près tous les gens de l’industrie du cinéma, Clint Eastwood a déjà vu Dallas Buyers Club, mais c’est davantage Brooklyn, le film de John Crowley avec Saoirse Ronan, qui l’a allumé quand le nom d’Yves Bélanger est sorti. Le géant du cinéma américain cherchait un directeur photo pour The Mule, un film dans lequel il incarne un nonagénaire accusé de trafic de drogue, en plus de le produire et d’en signer la réalisation.

« Clint est un produit du système des studios, commente le principal intéressé. Il est sans doute plus sensible aux approches classiques, d’autant que Brooklyn, dont l’intrigue se déroule dans les années 50, lui rappelait sans doute l’époque de sa jeunesse. Et puis, il a aussi vu Indian Horse, le film de Steve Campanelli sur lequel j’ai aussi travaillé. »

C’est d’ailleurs en grande partie grâce à Steve Campanelli, qu’il connaît depuis ses études à l’Université Concordia, qu’Yves Bélanger s’est retrouvé sur le plateau du mythique acteur et cinéaste. 

« Steve [Campanelli] est le cadreur de Clint Eastwood depuis 25 ans et il est l’une des personnes à qui il fait confiance. Son directeur photo habituel n’était pas libre, alors mon nom lui a été suggéré. J’ai été très chanceux ! »

— Yves Bélanger, directeur photo du film The Mule

Celui qui a également signé les images de Laurence Anyways, de Xavier Dolan, aura eu l’occasion de rencontrer Clint Eastwood deux fois seulement avant le tournage de The Mule. Toute la préparation du film s’est pratiquement faite sans lui. Les gens qui l’entourent savent tellement ce que veut ce vieux routier, maintenant âgé de 88 ans, qu’il ne lui reste plus ensuite qu’à approuver – ou refuser – ce qu’on lui propose.

« Tout le monde l’appelle “le boss”, fait remarquer Yves Bélanger. Je crois que Clint est arrivé à un moment de sa vie où il a envie de déconner. Il est aussi plus frêle, moins physiquement imposant. Alors quand il commence à déconner, toi, tu complètes. J’ai fait une couple de niaiseries avec lui, surtout que je suis pas mal expressif moi-même. Mais le travail en sa compagnie est vraiment super simple. Il ne veut pas qu’on intellectualise, qu’on réfléchisse trop. On ne fait pas beaucoup de prises. Il ne dit jamais “Action” et “Coupez”. Il va plutôt dire “Allez-y” et “Arrêtez”. Et quand il joue, il regarde le kodak quand il en a assez et fait une grimace pour dire d’arrêter ! »

Entrer dans l’univers de Clint Eastwood, c’est aussi entrer dans l’âge d’or du cinéma hollywoodien. Les bureaux de Malpaso, la compagnie de production que dirige l’interprète de Dirty Harry, sont situés dans un bungalow construit sur les terrains des studios Warner Bros. « Quand on arrive là, on voit que c’est une grosse machine, indique Yves Bélanger. On est vraiment pris en charge. Il y a même des jets privés à notre disposition si on est pressés. Ça nous est arrivé une fois d’y avoir recours, car nous devions faire rapidement une liaison Augusta et Nouveau-Mexique. Mais le gros du tournage s’est déroulé à Atlanta. Il y a maintenant beaucoup de tournages en Géorgie, à cause des crédits d’impôt. »

Yves Bélanger a par ailleurs travaillé sur Matthias et Maxime, le film que Xavier Dolan vient de tourner, à titre d’opérateur de caméra, alors qu’André Turpin signe la photo. Il sera aussi du prochain film que tournera Jean-Marc Vallée, lequel porte sur l’histoire de Yoko Ono et John Lennon.

The Mule prendra l’affiche le 14 décembre.

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