Élections provinciales : Les grands enjeux

Beaucoup de millions, mais peu d’économie

« On est dans le délire, dans le déni, tous partis confondus… »

Au bout du fil, Robert Gagné, professeur d’économie à HEC Montréal, n’est pas tendre à l’endroit des engagements des principales formations politiques dans son champ d’expertise.

« Il y a beaucoup de dépenses sociales, mais je ne vois presque rien du point de vue économique », abonde son collègue Pierre Lefebvre, de l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

Les deux experts sont assez pessimistes par rapport à la présente campagne, au cours de laquelle chaque parti égrène chaque jour un chapelet d’annonces assorties de promesses d’investissement, sans toutefois s’attaquer aux enjeux de société qui auraient un effet concret sur la stimulation de l’économie.

« On parle de payer des lunchs ou des crayons, mais on ne parle pas de décrochage scolaire », donne en exemple M. Lefebvre. Un « saupoudrage inacceptable », selon Robert Gagné, qui ajoute : « Qu’est-ce qu’on offre comme parcours aux jeunes pour les amener à contribuer à la société ? Ça, ça a un impact économique. »

Aux yeux des deux hommes, les véritables sujets économiques se révèlent là où on ne les attend pas nécessairement. Pierre Lefebvre salue les engagements des quatre principaux partis sur l’internet haute vitesse, des promesses qui auront « un impact bien plus grand que d’autres plus chères ».

Selon Robert Gagné, l’enjeu économique primordial discuté jusqu’ici est l’immigration… Ce qui ne veut pas dire pour autant qu’il soit abordé de la bonne manière, alors que le Québec est frappé de plein de fouet par une pénurie de main-d’œuvre.

« Il faut arrêter de mettre l’accent sur les seuils d’immigration et se concentrer sur les critères d’admissibilité, dit-il. S’il y a 70 000 personnes par année qui se qualifient, on devrait applaudir ! Le drame de la population vieillissante, on a les deux mains dedans. »

Selon lui, il faut également cesser de considérer la santé actuelle de l’économie comme un feu vert aux dépenses tous azimuts. Les indicateurs comme le taux de chômage bas (5,6 %) sont vus comme une bonne nouvelle, mais ils sont influencés par le vieillissement de la population, rappelle M. Gagné. Et il ne faut pas se leurrer avec le surplus annoncé de 950 millions pour trois ans, confirmé par la vérificatrice générale avant le déclenchement de la campagne.

« Ce n’est même pas 1 % des dépenses du Québec ! tonne-t-il. Quelqu’un qui gagne 100 000 $ par année ne partira pas sur le party pendant un mois avec un petit coussin de 1000 $. Il faut arrêter de dire qu’on nage dans l’argent. »

PRINCIPAUX ENGAGEMENTS DES PARTIS

DÉVELOPPEMENT RÉGIONAL

n CAQ : La CAQ s’engage elle aussi à brancher tout le Québec à l’internet haute vitesse et à lui donner une couverture cellulaire complète. Le parti promet d’y consacrer 400 millions au cours d’un premier mandat. Le parti a aussi l’est de Montréal dans sa ligne de mire : il compte y injecter 2,6 milliards de dollars, notamment dans les transports en commun et dans la décontamination de terrains.

n PLQ : Le PLQ souhaite que toutes les régions du Québec aient accès à l’internet haute vitesse « et très haute vitesse », et puissent compter sur un signal cellulaire d’ici 2020. Le PLQ prévoit un investissement de 500 millions. Un gouvernement libéral déplacerait également en région une partie des fonctionnaires et des cadres de trois ministères.

n PQ : Le PQ veut mettre fin au « quasi-monopole » d’Air Canada sur les transports aériens entre les grands centres et les régions éloignées en subventionnant de manière « créative » ses concurrents pour faire baisser les prix. Le parti décrit également la couverture cellulaire en région comme une « priorité », mais n’a pas encore fait d’annonce formelle à ce sujet.

n QS : Le parti s’intéresse lui aussi à l’internet haute vitesse en annonçant la création de Réseau Québec, société destinée à « concurrencer le cartel des télécoms et garantir un accès à internet plus rapide et 30 % moins cher ». Investissement total : 2,5 milliards. QS veut par ailleurs mettre en place un réseau public de transport interurbain « fiable et abordable ».

TRAVAIL

n CAQ : Souhaitant une plus grande « efficacité de l’État », la CAQ compte supprimer 5000 postes administratifs dans le secteur public d’ici quatre ans en ne remplaçant pas des employés qui partent à la retraite. Le parti s’est aussi engagé à soutenir la création de 500 nouvelles entreprises agrotouristiques d’ici quatre ans.

n PLQ : Dans le contexte de pénurie de main-d’œuvre, le PLQ a annoncé un investissement de 135 millions en cinq ans pour favoriser l’accueil d’immigrants en région. Cette somme, dont l’essentiel avait été annoncé avant la campagne, serait consacrée à la francisation et à l’intégration des nouveaux arrivants ainsi qu’à un recensement des besoins des villes et MRC.

n PQ : Le PQ promet une hausse du salaire minimum à 15 $ l’heure dès un premier mandat ; il annonce également des mesures incitatives pour les PME afin de favoriser le télétravail de 200 000 Québécois d’ici 2025. En outre, le PQ compte modifier les règles du congé parental, notamment en ajoutant deux semaines au congé du père.

n QS : Québec solidaire s’engage à hausser le salaire minimum à 15 $ l’heure dès le 1er mai prochain et à l’indexer au coût de la vie par la suite. Dans son Plan de transition économique, QS prévoit également créer « plus de 300 000 emplois verts » d’ici 2030.

FAMILLE

n CAQ : La CAQ promet d’accorder des allocations familiales égales par enfant, qu’il s’agisse du premier, du deuxième ou du troisième.

n PLQ : Le PLQ compte verser aux parents une somme de 150 $ à 300 $ par enfant, chaque année, s’il est reporté au pouvoir. Un engagement évalué à 380 millions par année.

n PQ : Le PQ ramènerait les CPE à 8,05 $ et assurerait un service de repas à faible coût dans les écoles primaires.

n QS : Dans sa plateforme, QS souhaite mettre en place « un régime universel d’allocations familiales » et verser « des prestations ciblées aux familles à faible revenu ou à besoins particuliers ». Ces mesures n’ont toutefois pas encore fait l’objet d’annonces officielles.

AUTRES THÈMES

n CAQ : La CAQ s’engage à ne pas augmenter les tarifs, taxes et impôts « au-delà de l’inflation » et à rembourser 10 milliards sur la dette avant le 31 mars prochain en puisant dans le Fonds des générations. La CAQ souhaite aussi uniformiser la taxe scolaire dans toute la province au taux le plus bas en vigueur.

n PLQ : Le PLQ s’engage à bonifier le crédit d’impôt « pour les travailleurs d’expérience », ceux qui ont 61 ans et plus, en rehaussant le plafond du revenu de travail admissible de 1000 $. Il veut également permettre à une personne retraitée qui continue de travailler de suspendre sa rente ou de la reporter jusqu’à 75 ans.

n PQ : Le PQ promet une « taxe glouton » qu’il imposerait aux dirigeants d’entreprises dont la moyenne de la rémunération des plus hauts salariés excède trop largement celle de leurs employés. Le parti compte par ailleurs créer le Bureau de la protection des consommateurs du Québec. Son premier mandat serait d’enquêter sur les prix de l’essence.

n QS : QS veut ajouter des paliers d’imposition pour les particuliers et hausser les impôts des entreprises de plus de 500 employés. Un gouvernement solidaire utiliserait également les versements prévus au Fonds des générations pour financer la lutte contre les changements climatiques.

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