Une place pour eux

« De bons enfants qui ont besoin d’aide »

Ils ont 6, 10 ou 12 ans. Et ils sont différents. Ils crient. Ils frappent. Et ils crient encore. Ils ont des troubles d’apprentissage et de comportement si importants que, bien souvent, les écoles ne savent plus quoi faire d’eux. À l’école Saint-François, à Québec, on sait. On les accueille. Et on les accompagne. Sabrina Hammoum y a passé une année et a réalisé un documentaire à la fois dur, touchant et inspirant. Compte rendu en cinq temps.

Un grand besoin d’aide

Dans Une place pour eux, présenté demain et dimanche à la Cinémathèque québécoise, on découvre un quotidien scolaire qui sort de l’ordinaire. Ici, tous les enseignants ont des écouteurs à l’oreille, la police fait des visites régulières et les élèves, quel que soit leur âge, font des crises. « Ce ne sont pas des mauvais enfants, nuance une enseignante dès les premières minutes du film. Ce sont de bons enfants qui ont besoin d’aide. » Après une année passée à les observer, Sabrina Hammoum, qui signe ici son quatrième film (après Koriass : revenir de loin), constate qu’ici, on a trouvé précisément comment les aider. Voici ce qu’elle a retenu.

Du renforcement positif constant

Cela saute aux yeux, et ce, tout au long du film. « T’es capable », « je suis fier de toi » : les éducateurs répètent des encouragements à longueur de journée. Il faut savoir que ces enfants arrivent souvent d’autres établissements où ils ont connu échec sur échec. Certains ne croient même pas qu’ils ont droit à la réussite, encore moins au succès. Leur estime d’eux-mêmes est proche de zéro. « Les enseignants sont tout le temps dans les encouragements, ils sont toujours en train de leur dire : je suis conscient de tes défis, mais ce n’est pas au-delà de tes capacités. »

Ne pas en faire une affaire personnelle

En prime, ils rassurent sans cesse les enfants : « Je suis là, je vais continuer d’être là. » Même si on les insulte. Même si on les frappe. Comment font-ils ? « Ils ont compris que quand les enfants réagissent mal, ce n’est pas contre eux. C’est parce qu’ils ne sont pas capables de s’exprimer autrement », explique Sabrina Hammoum. Leur moyen de communication, c’est souvent la violence. Ici, on enseigne au contraire aux enfants à parler. Avec des mots.

Tendresse et réconfort

À nouveau, ça saute aux yeux. Ici, les enseignants n’ont pas peur de toucher les enfants. On les voit régulièrement et tout au long du film en train de masser une tête ici, un dos là, ou les deux. « Ils n’ont pas peur de prendre les enfants dans leurs bras, de donner de la douceur ou de la tendresse », fait valoir la réalisatrice. C’est que ces gestes ont des impacts directs. « Cette tendresse, c’est aussi une sécurité affective, dit-elle. Ça les apaise. Et ils ont souvent besoin d’être apaisés. »

Patience et confiance

Les éducateurs font preuve ici d’une patience et d’une confiance à toute épreuve. Ils expliquent, répètent et réexpliquent doucement, sans jamais perdre leur calme, les consignes aux enfants. À chaque enfant. « Il n’y a jamais de : “voyons donc, c’est pas compliqué” », s’émerveille Sabrina Hammoum. « Ce ne sont pas des enfants irrécupérables, conclut d’ailleurs un enseignant à la toute fin du film. Ils ne sont peut-être pas parfaits, mais oui, ils vont trouver leur place dans la société. On veut qu’ils soient bien dans leurs familles, qu’ils développent de bonnes habiletés sociales. Ici, on leur enseigne la vie, comme je dis souvent. » Et n’est-ce pas là ce que tout parent souhaite finalement pour son enfant ?

Une place pour eux, un documentaire de Sabrina Hammoum, est présenté le samedi 16 mars (à 15 h) et le dimanche 17 mars (à 17 h) à la Cinémathèque québécoise, en présence de la réalisatrice et de membres du personnel de l’école. La projection sera suivie d’une discussion.

Télédiffusion sur Unis TV le lundi 25 mars à 21 h

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