Monde

Le racisme envers les Noirs reste un « fléau » en Europe

Une proportion importante des personnes noires d’origine subsaharienne vivant en Europe continuent d’être victimes de préjugés racistes malgré les efforts mis en place au fil des ans par les autorités nationales et continentales pour endiguer le phénomène. 

Le harcèlement fréquent

L’Agence des droits fondamentaux (ADF) de l’Union européenne a sondé plus de 5000 immigrants noirs de première et de deuxième génération, principalement originaires d’Afrique subsaharienne. Près d’un tiers des répondants, répartis dans une douzaine de pays, ont déclaré avoir subi une forme ou une autre de « harcèlement raciste » dans les cinq années précédant le sondage. Il pouvait s’agir de gestes offensants, d’insultes ou de menaces de violence. Le résultat observé variait largement d’un pays à l’autre, atteignant un maximum de 63 % en Finlande et un minimum de 20 % à Malte.

La violence aussi

Le sondage indique qu’une fraction non négligeable des ressortissants noirs interrogés, soit 5 %, ont été victimes de violence raciste dans la période de cinq ans considérée. Il peut s’agir d’incidents où l’agresseur a frappé, poussé ou empoigné la personne. Le total inclut aussi des agressions imputées à des policiers. C’est encore une fois en Finlande (14 %) que le pourcentage le plus élevé a été enregistré, le Portugal fermant la marche à 2 %. Environ 65 % des répondants qui disent avoir été agressés affirment que leur agresseur ne provenait pas d’un groupe ethnique minoritaire.

La police critiquée

Près d’une personne noire sur quatre affirme avoir été appréhendée par la police au cours des cinq dernières années. Environ 40 % d’entre elles sont convaincues que leur arrestation était abusive et reposait sur une forme de profilage illégal lié à leur couleur de peau, leur origine ethnique ou leur religion. L’ADF note que ce type de pratique peut miner fortement le niveau de confiance des communautés ciblées envers les autorités. C’est en Italie et en Autriche que les répondants ayant été arrêtés par la police se plaignent le plus de pratiques de profilage abusives.

Les dénonciations trop rares

La vaste majorité des personnes noires qui affirment avoir été victimes de discrimination raciale, soit 84 %, ont décidé de ne pas rapporter les incidents aux autorités responsables. Près de 40 % d’entre elles disent avoir agi ainsi parce qu’elles ne croyaient pas qu’une plainte changerait quoi que ce soit. Plusieurs évoquaient par ailleurs l’absence de preuves pouvant être apportées à l’appui de leur plainte ou le caractère récurrent ou trop secondaire des incidents dont il était question pour expliquer leur décision.

Un appel à l’action

Le directeur de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union européenne, Michael O’Flaherty, a déploré dans une déclaration accompagnant la sortie de l’étude que les personnes noires « restent fréquemment confrontées à la discrimination et au harcèlement simplement en raison de leur couleur de peau ». Il presse les États membres de se doter de « politiques et de lois efficaces et ciblées » pour en finir « une fois pour toutes » avec ce « fléau » largement répandu. L’Union européenne a adopté diverses directives visant à contrer le racisme et la xénophobie, mais leur mise en œuvre par plusieurs pays demeure déficiente, relève l’organisation.

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