Opinion

« Nous vivons l’âge d’or du journalisme »

Si la venue de nouveaux acteurs dans l’arène des services de vidéo en continu force ceux qui la dominaient déjà à revoir leur stratégie, elle signifie aussi la migration de la fiction et du divertissement vers ces nouvelles plateformes et la possibilité d’avoir davantage de place sur les chaînes traditionnelles pour la nouvelle et pour le journalisme d’enquête et de profondeur.

Évidemment, plus de Netflix, plus d’Apple TV, plus de Disney+, plus de Tou.tv et al. veut dire que, comme plusieurs, il me faudra sortir mon calepin, mouiller la pointe de mon crayon et faire des calculs pour savoir auxquels je m’abonne et lesquels j’abandonne.

Au-delà de cette arithmétique, la réjouissance. Celle de peut-être retrouver les belles années du téléjournalisme et de la nouvelle. Celle qui n’a pas comme objectif d’être rentable, mais plutôt d’être essentielle.

En 2017, j’ai interviewé l’auteur et journaliste Malcolm Gladwell, dans le cadre de l’émission Seat at the Table, que je coanimais avec Isabelle Racicot sur les ondes de la radio de la CBC.

« Nous vivons l’âge d’or du journalisme », nous avait alors dit celui qui est aussi l’animateur de Revisionist History, une superbe émission balado. Gladwell faisait référence à la renaissance qu’avait connue le New York Times et son ancien journal, le Washington Post, à la suite de l’élection de Donald Trump. 

Elle s’était traduite par une importante hausse des abonnements pour ces institutions du journalisme, toutes deux financièrement vulnérables, quelques années auparavant.

L’improbable arrivée de POTUS 45 à la Maison-Blanche signifiait que ses attaques contre les médias se feraient désormais de la plus visible chaire au monde. L’assaut contre le journalisme et contre la vraie nouvelle allait durer au moins quatre ans et les nouveaux abonnés se joignaient aux anciens, pour les défendre.

Le Times et le Post ne détiennent pas le monopole de cette augmentation de lectorat. Comme The Guardian avant elle, La Presse+ a fait récemment état de l’augmentation de son nombre de lecteurs. En fait, l’organisation Medias In Canada a rapporté en mai dernier que le lectorat des journaux canadiens n’avait jamais été aussi élevé.

Télévision et journalisme

Mais quid du journalisme à la télévision ? Le soir, nos écrans sont pris en otage par tant d’émissions de variétés. La télévision doit nous divertir, et c’est important. Mais elle doit aussi nous informer et pas seulement pendant 30 minutes par une suite de reportages de 120 secondes en fin de soirée.

Nous vivons à une époque où trop souvent, pour trop d’entre nous, la nouvelle ne veut dire qu’un titre.

Et si elle n’est pas virale, si elle n’a pas été partagée des centaines de fois sur nos fils Facebook et Twitter, où si nous ne l’avons pas reçue en alerte sur nos portables, c’est comme si elle n’avait pas existé. Nous devons aller vers la nouvelle en profondeur. Et cette nouvelle, peut-être faut-il l’exiger de nos diffuseurs.

Je ne me souviens pas avoir récemment vu, sur les chaînes qui jadis auraient été les parfaites références, un reportage télévisé en profondeur sur la crise qui persiste au Yémen ou sur celle qui ne s’essouffle pas au Soudan du Sud, par exemple. Couvrir la nouvelle internationale coûte cher, et pour l’instant, elle est moins rentable qu’une compétition de danse entre célébrités.

Mais en l’exigeant, en étant plus de téléspectateurs à aller vers elle et à la regarder lorsqu’elle existe, peut-être inverserons-nous cette équation ?

La semaine dernière, la publication The Hollywood Reporter a noté que l’émission américaine 60 Minutes – un magazine de nouvelles – était, après les messes du football de la NFL, la plus regardée le dimanche soir avec près de 11 millions de téléspectateurs aux États-Unis. C’est très bien, mais c’est une fois par semaine. Il nous en faut plus et plus souvent, sur les réseaux traditionnels.

Il y a un appétit (et une nostalgie, je crois) pour la nouvelle au-delà de la manchette. J’espère qu’on lui fera plus de place sur le nouvel échiquier télévisuel et que la télévision traditionnelle reviendra à son mandat de nous informer davantage et mieux. Si elle ne saisit pas cette occasion, les plateformes Netflix et ses semblables, elles, le feront.

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