Mariage princier 

Windsor se prépare pour le meilleur et pour le pire

Il l’aime. Elle l’aime. Demain, le prince Harry et l’actrice américaine Meghan Markle vont se dire oui à Windsor devant Dieu et des millions de téléspectateurs. L’événement, très attendu, suscite beaucoup de fébrilité dans la petite ville anglaise. Mais comme dans tout conte de fées, l’histoire a aussi sa part d’ombre… Notre envoyé spécial Jean-Christophe Laurence raconte. 

mariage princier

De l’excitation et des exclus avant le grand jour

WINDSOR — Elle s’est réveillée en panique. Contrairement à ses voisins, elle n’avait pas encore décoré sa maison. Gênant, considérant qu’elle habite presque en face du château de Windsor, dans la rue où défilera demain le cortège princier.

Avant son premier café, Mary Francis est donc allée se procurer des fanions et des drapeaux britanniques de toutes les tailles, dont un immense Union Jack avec les têtes de Harry et de Meghan, qu’elle a fini par accrocher sur sa luxueuse façade, par-dessus ses plantes grimpantes…

« C’est un vrai buzz et cela n’arrivera qu’une fois. Il faut bien fournir notre part d’efforts », lance la joyeuse retraitée, qui nous accueille dans son jardin, à l’endroit même où, demain à la même heure, elle recevra des amis pour voir passer les nouveaux mariés.

C’est peu de dire que la dame est aux premières loges. Elle n’aura qu’à tendre le cou pour assister au spectacle. Mais elle n’est pas la seule, loin de là, à trépigner avant le mariage princier. De fait, toute la ville de Windsor (Angleterre, pas Ontario, précisons…) semble en train de « virer sur le top » en prévision de l’événement nuptial.

C’était palpable hier, à 48 heures du grand jour. Tandis que les « bobbies » installaient les dernières barrières pour le cortège, on sentait une grande fébrilité autour du château, où médias, touristes et commerçants jouaient des coudes dans les rues envahies de drapeaux britanniques. Question d’afficher leurs couleurs, certains fans de la famille royale s’étaient habillés en Union Jack des pieds à la tête. D’autres, encore plus motivés, campaient sur le trottoir depuis au moins deux jours, afin d’avoir une vue imprenable sur le cortège princier. Du jamais-vu dans cette bourgade d’à peine 50 000 habitants, qui attire pourtant près de 6 millions de visiteurs par an.

« Il y a toujours des touristes à Windsor, mais cette fois, l’atmosphère est différente. Non seulement toutes les chambres sont réservées, mais j’ai un client qui a réservé sa chambre pour tout le mois de mai, parce qu’il ne connaissait pas encore la date du mariage ! »

— Sara Flint, de l’hôtel Royal Adelaide

Près de 150 000 visiteurs seraient attendus demain, ce qui fera littéralement quadrupler la population de la petite ville du Berkshire. Les rues seront bouclées. Le centre-ville interdit aux voitures. La présence policière accrue.

Si certains résidants ne cachent pas leur agacement (« ça va être un sacré bordel », lance Dan, rencontré dans l’autobus), la plupart semblent plutôt s’en réjouir, trop heureux d’assister à ce « moment historique », qui verra un prince anglais épouser une roturière américaine, divorcée et de surcroît mulâtre.

C’est le cas de Patty Sparks, croisée en bordure du Long Walk (le fameux chemin menant au château) avec un chien miniature ressemblant étrangement aux corgis de la reine.

« Je suis terriblement excitée, dit-elle, parce qu’on n’a pas souvent vu Harry par ici. Demain, toute ma famille vient dormir à la maison. On se lève à 4 h du matin pour avoir une place et bien voir le cortège. Ce sera génial. Elle est géniale. Il est super. N’écoutez pas les cyniques. Ça va durer, j’y crois ! »

L’envers du décor

Une union inédite. Un peuple en liesse. Un happening médiatique. On pourrait presque croire au conte de fées.

Mais il y a l’envers du décor. Car en dépit de son côté résolument élitiste (le chanteur Elton John et l’acteur Daniel Craig y habitent), Windsor n’échappe pas au problème de l’itinérance, en partie causé par l’insuffisance de logements abordables.

Ce ne serait pas en soi un événement, si le chef conseiller de la municipalité, le conservateur Simon Dudley, n’avait envoyé une lettre à la police début janvier, lui demandant de « trouver une solution » à cette « épidémie », « avant le mariage princier », afin de présenter la ville « sous un meilleur jour ».

Il n’en fallait pas plus pour que l’affaire devienne nationale, nombre d’organismes et de militants de gauche montant au créneau pour dénoncer ce sombre projet de « nettoyage social ».

« Les gens seraient devenus moins fous si Dudley n’avait pas fait de lien avec le mariage », estime Murphy James, responsable du Windsor Housing Project, qui offre le gîte aux sans-abri.

Cinq mois plus tard, la situation a « peu changé », selon lui. Ce qu’on a pu constater hier, en se promenant dans la rue principale, en contrebas du château. Devant le magasin Marks & Spencer, Wayne mendiait au milieu de ses sacs, assis sur le trottoir. Frappant contraste, à côté des touristes tirés à quatre épingles, qui passaient sans le remarquer.

« Pour le moment, personne ne m’a dit de partir, dit-il. Mais je suis sûr qu’ils vont le faire, parce que j’en connais d’autres qui ont été déplacés. »

Une intuition que partage Murphy James. « Je suis assez certain que de nouveaux refuges pour sans-abri vont apparaître miraculeusement d’ici samedi, lance-t-il. Mais il faudra surtout voir s’ils sont encore là dans un mois. À mon avis, la vraie question, elle est là… »

mariage princier

Une vie « avec beaucoup de restrictions » attend Meghan

L’union de Harry et Meghan ne sera pas qu’un conte de fées. Auteure d’une douzaine de livres sur la famille royale, dont une biographie du prince Harry, l’auteure britannique Penny Junor entrevoit un parcours potentiellement semé d’embûches, de frustration et de jalousie… Entrevue.

Harry est désormais sixième dans l’ordre de succession au trône. Ce mariage est-il vraiment important ? Y a-t-il un enjeu ?

Il y a un enjeu parce que ce mariage est une très bonne chose pour la famille royale, qui y voit une bonne façon de se moderniser. Les temps ont changé. Le Royaume-Uni compte beaucoup de divorcés, beaucoup de personnes noires ou métissées, beaucoup de gens qui ne sont pas d’origine britannique et beaucoup de femmes qui sont des femmes de carrière. En ce sens, Meghan, qui est métisse et divorcée, est représentative d’une part beaucoup plus large de cette société britannique. Plus de gens se sentiront immédiatement concernés. Ils auront le sentiment d’avoir une meilleure connexion avec la famille royale.

Certains disent qu’avec son arrivée, la monarchie britannique s’américanise. Pire : qu’elle se « dysneyise ». Qu’en pensez-vous ?

Il est tôt pour le dire, mais je ne crois pas. J’espère seulement que Meghan ne pense pas que son statut de princesse lui donnera une meilleure plateforme politique. Elle est d’ores et déjà assez politique. C’est une grande féministe. Elle a fait campagne pour les droits des femmes. Je ne dis pas que c’est mal. Mais son rôle ne doit pas être trop politique. Elle aura plus de marge que Kate, mais la ligne reste mince. Harry aussi aime s’impliquer sur le plan humanitaire. Je crois d’ailleurs que c’est une part de Meghan qui l’a attiré. Mais ils doivent faire attention, sinon les critiques de la famille royale ne vont pas les épargner.

Parlant de critiques, ce mariage « non conventionnel » suscite-t-il beaucoup de réactions négatives ?

Inévitablement. Il y a ceux qui sont contre la monarchie, et qui se plaignent du coût de la cérémonie. Il y a aussi les ultra-religieux, qui sont contre le fait que Meghan soit divorcée. Rien d’inquiétant. Charles et Camilla étaient tous deux divorcés. Elle avait peur d’être huée, mais le jour du mariage, il ne s’est pratiquement rien passé. La seule différence est que Charles et Camilla ne se sont pas unis à l’église, parce que l’Église d’Angleterre n’était pas favorable à l’idée de marier des divorcés. Mais les temps ont changé. L’archevêque de Canterbury [qui va officier la cérémonie] a dit que le divorce était une chose malheureuse, mais que si un couple s’aime, l’Église doit être plus tolérante.

Kate et William sont sous les projecteurs depuis sept ans. Avec ce nouveau couple, la pression médiatique sera-t-elle mieux répartie ?

Contrairement. Ma crainte est toutefois que Harry et Meghan soient plus excitants que William et Kate. Harry est le membre le plus populaire de la famille. Il est très charismatique. Il est naturel. Il est aimable. Il est drôle. Il sait rire de lui-même. Et je crois qu’il y a en Grande-Bretagne un appétit pour ce genre de figures. Meghan est aussi très charismatique. Elle est exotique. C’est une star de l’écran. Elle est déjà une vedette de plein droit. Elle est accomplie. Si elle fait de l’ombre à Kate, cela pourrait être délicat. Sur le plan personnel, je ne sais pas si William appréciera.

Mais William et Kate ne seraient-ils pas heureux que d’autres soient sous les projecteurs ?

Oui, je le crois. Mais vous savez, la jalousie... C’est bien de se présenter comme des gens discrets tant que la caméra est sur vous. Mais une fois qu’elle ne l’est plus, ça change la donne… Le bon côté est que les deux couples se partageront le travail de représentation. La famille royale est de plus en plus réduite et il faudra des gens pour assurer la continuité, notamment du côté des organisations caritatives, qui occupent une grande partie des activités de la « Firme » [nom donné à la famille royale]. Côté Commonwealth aussi. Je soupçonne que William et Kate vont se concentrer sur le Royaume-Uni, alors que Harry et Meghan seront davantage à l’international. C’est du moins ce qui semble se dessiner.

Comment Meghan, roturière et de culture américaine, trouvera-t-elle sa place dans la famille royale britannique. Saura-t-elle jouer selon les codes ?

Oui, je crois qu’elle le peut. C’est une actrice [rires] ! Elle sait déjà comment saluer la reine et les membres éminents de la famille royale. Elle saura quand parler et quand ne pas parler. Je crois qu’elle a une bonne idée des vêtements à porter. J’ose croire que tout ira bien.

Vous semblez avoir des doutes…

J’espère qu’elle ne regrettera pas d’avoir perdu sa liberté pour l’épouser. Elle commence une vie très différente. Une vie avec beaucoup de restrictions. Je ne sais pas si elle mesure vraiment bien tout cela. Si elle est amoureuse, tout cela doit sembler nouveau et très excitant. C’est une existence très glamour. Mais elle n’est pas Britannique. Elle ne vit pas avec nos journaux quotidiens, qui peuvent prendre en grippe un membre de la famille royale et l’attaquer sans relâche. Ce n’est pas une position très enviable. Les Britanniques ont la fâcheuse habitude de mettre les gens sur un piédestal pour ensuite les faire tomber. Je pense qu’elle ne réalise pas tout cela. Je suis optimiste. Je suis prudente, mais optimiste. J’espère seulement qu’elle va épouser Harry pour les bonnes raisons. J’espère, Dieu m’entende, qu’elle l’aime autant qu’il l’aime…

mariage

D’autres nouvelles à la veille du mariage princier

La tristesse de Meghan

« Malheureusement, mon père ne viendra pas à notre mariage », a annoncé hier Meghan Markle, après plusieurs jours de suspense. Thomas Markle Sr, 73 ans, a été opéré au cœur mercredi et a déclaré au site d’informations TMZ qu’il allait « bien », mais qu’il avait besoin de « temps pour se rétablir ». Avant cette annonce, sa présence était déjà remise en question en raison d’une polémique née de la publication de photos le montrant en train de se préparer pour le mariage. Thomas Markle avait avoué avoir été rémunéré pour ces photos, alors même qu’il se plaignait d’être harcelé par les paparazzi. Hier, son fils Thomas Markle Jr a dénoncé au Daily Mirror l’attitude du palais de Kensington envers son père : « Cela aurait été mieux que le palais lui donne des conseils, et à nous aussi. » Interrogé par The Sun, la demi-sœur de Meghan se plaint également que Kensington n’ait pas aidé son père, alors qu’elle-même s’est cassé la cheville et le genou dans un incident avec un paparazzi, selon TMZ.

Demi-frère repentant

Thomas Markle Jr avait qualifié sa demi-sœur Meghan de « femme insensible, superficielle et prétentieuse », tentant même dans une lettre ouverte le 26 avril de décourager le prince Harry de l’épouser. Désormais, il se repent. C’était un « moment de folie », a-t-il confié au Daily Mirror hier. « J’ai eu tort. » Aujourd’hui, Thomas Markle Jr assure même que sa sœur « sera la princesse moderne parfaite ». Le demi-frère de Meghan a visité le château de Windsor hier. Faute d’être invité à la noce, l’Américain de 51 ans a posé à côté de répliques en carton des futurs mariés.

Petits choristes impatients

Leo Mills, 11 ans, et Nathan Mcharo, 9 ans, font partie des douze jeunes choristes qui chanteront pour le mariage. « Je suis super excité. Ça n’arrive qu’une fois dans une vie, a témoigné Leo. On a souvent répété les trois ou quatre dernières semaines ». De son côté, Nathan est « un peu nerveux, mais ça va, parce que nous sommes confiants ». Les enfants, scolarisés à l’école St George, sur les terres du château de Windsor, participent à plusieurs services par semaine.

Répétition générale

Une répétition du mariage princier a été organisée hier à Windsor, l’occasion de peaufiner les derniers détails avant le jour J. Demain, quelque 250 membres des forces armées sont attendus, le clou de la journée étant la procession en calèche des nouveaux mariés.

« Megharryccino »

Jamais à court d’imagination, un barista de Windsor a créé le « Megharryccino », un cappuccino à la mousse imprimée d’une photo du prince Harry et de Meghan Markle. « L’encre de cette machine peut imprimer n’importe quelle photo sur un café. Elle fonctionne comme une imprimante, mais au lieu d’utiliser de l’encre, il s’agit de café vaporisé », explique Edward Durkin, directeur des opérations au Heidi Bakery.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.