Chronique

Les grossesses (pas) sympathiques

Trois épisodes diffusés mardi soir, trois séries différentes, trois tests de grossesse aux enjeux dramatiques.

Trois attentes anxiogènes, quasi en simultané, que le bâtonnet de plastique blanc annonce ou pas le passage de la cigogne à Lietteville, dans le loft de Gloria O’Hara (Geneviève Boivin-Roussy) ou dans les toilettes du CLSC de Fanny (Mylène St-Sauveur).

Dans les trois cas, l’arrivée possible d’un bébé est perçue comme une catastrophe encore plus grave que Fukushima ou qu’une cafetière vide dans District 31.

C’est une coïncidence, évidemment. Les auteurs d’Unité 9, O’ et Hubert et Fanny, de même que leurs diffuseurs TVA et Radio-Canada, n’ont pas comploté pour véhiculer le message identique que la maternité, ça peut te détruire une vie assez rapidement, merci.

Reste que c’est cette impression qui est demeurée au terme du visionnement consécutif de ces trois émissions de mardi.

J’active ici l’alerte au divulgâcheur comme Kevin Anctil (Jason Roy-Léveillée) verrouillant une porte au secteur maximum de Lietteville.

Dans O’, Gloria et son amoureux Thomas (Maxime Denommée) souhaitaient vraiment concevoir un enfant. C’était avant de connaître le statut sérologique (positif) de Thomas, infecté par sa meilleure amie. À partir de là, Gloria ne voulait plus du tout entendre parler de poupon et priait quasiment pour que son test s’avère négatif.

Les incantations de Gloria ont été entendues. Elle n’est ni enceinte ni séropositive. Parenthèse, ici. La tangente plus « soap » prise par O’ depuis un an ne me déplaît pas du tout. Le GHB, les fraudes et les enlèvements, c’est pas mal plus excitant que le bioplastique ou une soirée de jeux vidéo dans un pub, mettons.

Note aux auteurs du téléroman O’ : plus que trois références au kale – le fameux chou frisé – dans un même épisode, c’est de l’abus.

Dans Unité 9, on a compris que Jeanne (Ève Landry) était tombée enceinte à la suite de son viol collectif. Sa voisine de cellule au secteur maximum, la clairvoyante Eyota Standing Bear (Natasha Kanapé Fontaine), avait deviné ça tout de suite, sans devoir passer par la pharmacie du coin – ou la cantine, dans son cas.

C’était tout de même étrange que l’IPL Josée Tessier (Catherine Paquin-Béchard) puisse ainsi « voler » l’urine d’une détenue et la tester à son insu.

La grossesse en prison est un thème que la scénariste Danielle Trottier a déjà abordé, notamment avec le personnage de la jeune Laurence (Sarah-Jeanne Labrosse) dans les débuts d’Unité 9. Mais les circonstances étaient fort différentes. On imagine mal Jeanne vouloir donner naissance à cet enfant non désiré.

Toujours dans cette même soirée de mardi, la belle Fanny a aussi eu à faire pipi sur le bâtonnet. Entre vous et moi, qui apporte son test de grossesse usagé au resto et le dépose devant sa sœur Frédérique (Christine Beaulieu) comme s’il s’agissait d’un cadeau de Noël ? Pour la discrétion, on repassera. Pour l’hygiène également.

Le diable est dans les détails, dit-on. La confusion générale de Fanny a été exacerbée avec la révélation de son statut de femme enceinte. Vraisemblablement, Fanny porte l’enfant de son ancien copain, Guillaume (Mickaël Gouin), qui file un très mauvais coton.

C’est encore plus cruel quand on sait que Fanny et Guillaume essayaient depuis trois ans de concevoir avant de se séparer. Le père ne peut pas être Hubert (Thomas Beaudoin), qui a admis avoir été vasectomisé.

J’aime bien Hubert et Fanny de Richard Blaimert. L’intrigue autour de Justin/Jade (André Kasper), qui consulte un médecin spécialiste en réassignation de genre, est abordée de façon franche et délicate. On aurait pu imaginer que c’est la mère Hélène (Fanny Mallette), plus jeune, qui aurait le mieux réagi à cette annonce. Mais non. C’est le papa (Henri Chassé), plus âgé, qui a montré la plus grande ouverture.

Le couple formé par Frédérique (Christine Beaulieu) et Yaniss (Mani Soleymanlou) est formidable. Marc Messier, qui campe Claude Morin, le père d’Hubert, nous montre aussi à quel point il est un acteur doué.

Quelques semaines avant ce trio de tests de grossesse de mardi soir, c’était L’heure bleue de TVA qui traitait du même sujet, avec un angle différent.

À Cowansville, c’est l’adolescente de 16 ans, Clara (Alice Morel-Michaud), qui veut garder son bébé, contre l’avis de ses parents, particulièrement sa maman Anne-Sophie (Céline Bonnier), qui la pousse vers l’avortement.

Elle nous énerve, Clara, incapable de voir les conséquences d’une grossesse sur sa vie. En même temps, l’entêtement de Clara nous force à affronter nos propres préjugés : et si c’était l’adolescente qui avait raison ? Et si c’était possible d’être mère, étudiante et d’envisager un avenir intéressant ?

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