FouKi et Koriass

Les forces contraires s’unissent

Le vétéran du rap keb Koriass et la recrue étoile FouKi lancent ce vendredi un album-surprise, Génies en herbe, dans lequel chacun a su puiser dans les forces de l’autre. Rencontre (virtuelle) avec deux contraires qui s’attirent.

FouKi, alias Léo Fougères, est dehors dans un parc montréalais. Koriass, alias Emmanuel Dubois, nous parle de chez lui à Québec. L’entrevue Zoom n’est pas particulièrement fluide, entre autres à cause de la connexion instable du côté de FouKi, mais le lien qui unit les deux rappeurs, lui, est direct et évident.

FouKi et Koriass se sont croisés sur un grand nombre de scènes depuis quelques années. « Ça fait 10 ans que je rappe avec Manu, j’avais 11 ans quand j’ai commencé ! », rigole FouKi.

« En fait, lors de ma signature avec 7ième Ciel, en 2018, Koriass était venu au lancement de mon premier vrai album, ajoute le rappeur de 21 ans. Après on s’est rencontrés plein de fois, à Rouyn, à Saint-je-ne-sais-pas-quoi, à Québec, en Beauce, on en a fait… Dans les festivals, on se ramasse souvent ensemble. »

Parce qu’ils s’entendaient bien, ils ont commencé à écrire quelques chansons il y a un an. Après avoir songé à sortir un EP, ils ont lancé la machine de l’album et se sont retrouvés pour un « chalet créatif » à Morin-Heights en janvier.

« On est partis entre autres avec Ruffsound et QuietMike, deux beatmakers avec qui on travaille depuis longtemps, FouKi avec Mike, moi avec Ruffsound… », explique Koriass. FouKi l’interrompt. « Moi aussi, je travaille avec Ruffsound ! » « C’est quoi ton nom, déjà ? », rétorque Koriass avec un demi-sourire pendant que FouKi rigole.

« On est allés là-bas, les beatmakers faisaient des beats, en marathon un peu, et nous on écrivait des chansons. »

— FouKi

Même si d’autres personnes se sont greffées au projet, c’est ce quatuor qui est à la base de Génies en herbe. En quelques jours passés dans « le Nord », les maquettes de 9 des 14 chansons étaient prêtes.

L’album a cependant été terminé pendant le confinement, ce qui a compliqué légèrement les choses, mais a permis à Koriass d’ajouter le mot COVID dans une des chansons – à vue de nez, une première.

« C’est une maquette que Léo avait faite depuis longtemps. Mais moi, je retravaille parce qu’il me pousse à le faire si j’ai l’impression de ne pas avoir été à la hauteur de ce qu’il a écrit. C’est ça qui est arrivé avec l’intro, et comme on était en confinement, j’en ai parlé. »

Travailler ensemble aura été pour les deux un exercice hyper stimulant. Ils se sont lancé des défis, donné des thèmes, et Koriass a particulièrement aimé cette effervescence créatrice.

« Une chanson comme Tout c’qui faut, elle aurait pu durer 12 minutes ! Surtout, c’était le fun à structurer après. »

— Koriass

« Oui, c’était comme un casse-tête », ajoute FouKi, qui adore travailler avec d’autres rappeurs. « Avec les Fourmis, il y a des chansons où chacun écrit son verse, mais quand on échange des paroles, c’est plus organique, plus réel. C’est comme faire du freestyle dans un parc, il y a quelque chose de plus humain, en fait. »

Émulation

C’est clair, il y a eu une émulation entre les deux, et malgré leur différence d’âge – 13 ans –, les rappeurs ont vraiment travaillé d’égal à égal. « Je sais que tu vas me poser la question, avertit Koriass, mais je veux le dire tout de suite : non, ce n’est pas une relation de mentorat. Il a autant à m’apprendre que j’ai à lui apprendre. Ce n’est pas moi qui l’invite sur un projet que je leade, c’est vraiment notre album. »

Ce qu’il apprécie particulièrement de Léo Fougères ? Sa grande productivité, son sens de la mélodie, sa capacité de « pondre quelque chose vraiment naturellement », son instinct. « Moi, j’overthink trop des trucs. En plus, c’est un cool dude, il est bien gentil. »

« C’est drôle, moi, j’allais dire l’inverse, Manu, c’est pas un cool dude ! » Tout le monde rit, mais FouKi continue. « C’est vrai ! Moi, des fois, j’ai tendance à trop drop, à me dire : “C’est ça qui va être ça.” Quand je vois Manu qui veut toujours retoucher, ça m’inspire, des fois je fais : “Shit, j’ai déjà l’idée de base, mais je pourrais retravailler de quoi pour que les paroles rentrent mieux.” Aussi, j’aime sa présence en spectacle, c’est un pitbull, t’as envie d’embarquer avec lui. »

L’attitude de FouKi sur scène est en effet beaucoup moins rentre-dedans – on l’a même déjà vu se laisser aller à de petites chorégraphies. « Oui, je suis plus posé, mettons. Koriass saute, moi, je danse, mais les deux on se rejoint bien. »

On sent cette complémentarité dans cet album quand même assez long et dense, comme si Koriass avait amené un peu de gravité à FouKi, et FouKi un peu de légèreté à Koriass.

« Oui, mais chacun garde sa couleur, répond FouKi. C’est pour ça que dans l’album, il y en a pour tous les goûts. »

Koriass veut quand même revenir sur la notion de lourdeur. « Quand je travaille sur mes albums solos, je suis dans mes affaires, et c’est vrai que ça devient plus introspectif. Là, ce n’est pas pareil, je n’ai pas eu à balancer ma lourdeur. On était dans une même vibe quand on faisait l’album. »

L’ambiance était davantage à l’humour absurde et aux petites histoires qu’on raconte. Même si les deux rappeurs mettent aussi parfois leurs tripes sur la table « et que ça reste quand même personnel », ajoute Koriass.

En ce printemps pandémique, jamais ils n’ont pensé à retarder la sortie de leur album. « L’art fait du bien et met de la joie dans les vies, on en a besoin en général et plus particulièrement en ce moment », dit Koriass, qui trouve cependant bien dommage de ne pas pouvoir donner de spectacles avant 2021. « Mais ce n’est que partie remise. »

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Koriass et FouKi

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En vente dès ce vendredi

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