cannabis

La déroute de l’industrie se poursuit

« Ça demeure un secteur à éviter », affirme André Chabot, gestionnaire de portefeuille.

La déroute se poursuit dans le secteur canadien du cannabis où plusieurs titres ont touché hier un nouveau plancher en Bourse. Si l’ampleur des replis enregistrés hier (et depuis le printemps) est considérable, la débâcle n’est peut-être pas terminée.

« La balloune continue de se dégonfler, commente André Chabot, chef des placements chez Triasima. C’est difficile de savoir jusqu’où ça va aller, car les résultats des entreprises se détériorent dans leur ensemble, plutôt que de se stabiliser. On voit un secteur encore en déconfiture. »

« On n’arrive pas à développer un scénario positif en ce moment. Ça demeure un secteur à éviter, poursuit-il. Mais il y a quelque chose de viable à long terme et un jour, ça va rebondir. Mais nous ne sommes pas encore là. »

Triasima a déjà détenu des participations dans les deux plus importants producteurs de cannabis au pays, mais est maintenant absent du secteur depuis plusieurs mois, affirme André Chabot.

En attendant la maturité

Pour Charles Marleau, gestionnaire de portefeuille chez Palos, la débandade risque de continuer jusqu’à ce que le marché devienne plus mature. « Obtenir des résultats immédiats n’est pas possible dans une nouvelle industrie. Il ne faut pas oublier que le secteur doit travailler de façon très étroite avec le gouvernement. C’est certain que les choses bougent moins rapidement que certaines personnes le souhaiteraient », dit-il. Combien de magasins a-t-on au Québec ? C’est sûr qu’il n’y en a pas assez. Oui, c’est trop long avant que les produits ne soient approuvés. Mais c’est normal. Je suis content que le gouvernement s’assure qu’ils soient sécuritaires. »

« Le potentiel du marché n’a pas changé. Mais ça va prendre plus de temps [qu’on] pense pour générer les revenus anticipés. Les investisseurs devront être patients. »

— Charles Marleau, gestionnaire de portefeuille chez Palos

Voicu Valentir, trader et président du Groupe Cavaliro, une firme d’investissement, est catégorique. « Il reste encore de la place en masse à la baisse », dit-il.

« Un peu comme les cryptomonnaies, les compagnies de pot ont été entraînées à la hausse par la même bande de spéculateurs qui n’ont probablement que très peu d’intérêt ou de connaissances en analyse fondamentale, soutient pour sa part Mickael Dufresne, président de la firme de trading Hessen. Les bulles, c’est toujours la même chose, ça finit par éclater. Un rebond de marché survendu est très probable à court terme, mais je ne conseille à personne d’essayer de deviner quand il se produira. »

Attentes démesurées ?

Essentiellement, ce qui se passe dans le secteur est une histoire d’attentes, d’évaluation boursière, de croissance du marché et de difficultés opérationnelles, énumère André Chabot.

« Les résultats financiers causent des déceptions, analyse-t-il. Les compagnies remettent à plus tard le moment où elles seront rentables ou affichent des pertes plus importantes que prévu [ou] une progression de revenus plus faible qu’anticipé. »

Le secteur était évalué pour une exécution parfaite, dit Charles Marleau. « Maintenant, ça devient plus intéressant. Les évaluations commencent à avoir plus de sens. »

Un point d’inflexion pourrait être atteint dans le secteur au début de la prochaine année lorsque les produits comestibles et dérivés du cannabis ainsi que l’ouverture de nouveaux magasins contribueront à favoriser les ventes, croit l’analyste John Chu. « Hexo pourrait être une des premières compagnies à en bénéficier », souligne-t-il dans un rapport de recherche sur Hexo publié hier.

Trois titres en chute

Hexo

L’action du producteur de pot de Gatineau a perdu 23 % hier pour porter à près de 35 % son repli cette semaine. Le titre, qui valait 11 $ au printemps, a clôturé la séance d’hier à 3,76 $. Moins d’une semaine après avoir annoncé le départ de son chef de la direction financière, Hexo a retiré ses prévisions pour l’an prochain et révisé à la baisse ses prévisions pour son trimestre de fin d’exercice.

Canopy

L’action du plus important producteur de cannabis au pays a cédé 11 % hier. S’il vaut maintenant 27 $, le titre s’échangeait à plus de 76 $ il y a un an. Canopy a annoncé hier que David Klein devenait président du conseil. C’est un dirigeant de Constellation Brands, plus grand actionnaire de Canopy. Le cofondateur et ex-président du conseil de Canopy, Bruce Linton, avait quitté l’entreprise l’été après le dévoilement de résultats décevants.

Aurora

Le deuxième producteur de pot en importance au Canada a perdu 9 % de sa valeur hier à la Bourse de Toronto pour clôturer la séance à 4,96 $. Il y a un an, le titre valait plus de 16 $. Le mois dernier, la direction a dévoilé des résultats de fin d’exercice décevants en plus de laisser entendre qu’il faudrait plus de temps que prévu pour atteindre la rentabilité.

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