1949-2019

La chanteuse Nicole Martin emportée par la maladie

La chanteuse Nicole Martin s’est éteinte le 19 février dernier. Son conjoint des 35 dernières années, Lee Abbott, l’a annoncé hier sur Facebook, après quelques semaines d’attente, « à la demande de Nicole ». Elle souhaitait ainsi laisser un peu de répit à son amoureux.

« Elle s’est battue de toutes ses forces contre une terrible maladie fulgurante et sans pitié qui me l’a enlevée en quelques semaines à peine, a écrit M. Abbott, sans préciser la nature de ses maux. Les plus beaux yeux du monde se sont fermés en me regardant tendrement, sa petite main serrant la mienne… J’ai alors vu au fond de ses magnifiques yeux verts tout l’amour du monde. »

L’interprète, devenue populaire dans les années 70, avait 69 ans.

Son ami Pierre Létourneau, auteur-compositeur-interprète, est bouleversé par sa mort. « C’était ma plus grande amie de femme, je la connaissais depuis qu’elle avait 20-22 ans », a-t-il dit à La Presse, la voix remplie d’émotion. « Je suis anéanti. »

Il avait écrit plusieurs succès pour elle, dont Je t’oublierai, Laisse-moi partir et Oui paraît-il. « J’aurais aimé avoir sa voix », a précisé celui qui la considérait comme sa muse, inspiré par « sa voix, sa présence, son regard ».

Nicole Martin était reconnue pour son grand talent et sa voix exceptionnelle. « C’était une chanteuse viscérale, très animale, un peu comme Ginette Reno ou Édith Piaf », a noté Stéphane Venne dans une entrevue téléphonique. Il est l’auteur de l’un de ses plus grands succès, Il était une fois des gens heureux, chanson thème du film Les Plouffe, de Gilles Carle, sortie en 1981. La pièce a remporté le prix Génie de la meilleure chanson au cinéma cette année-là.

« Elle avait des moyens techniques extraordinaires qui lui permettaient d’être spontanée, a souligné M. Venne. Un de mes plus grands regrets est qu’il n’y ait plus de chanteuses comme ça. » Il n’était pas un ami personnel de l’interprète, mais avait une grande admiration pour ses talents.

La musique au cœur de sa vie

Nicole Martin, dont la carrière s’est étalée sur plusieurs décennies, a tenu à remercier ses fans, par la voix de son conjoint. « Elle voulait vous dire que les plus beaux moments de sa vie, elle les a vécus avec vous, lorsqu’elle était sur scène, chantant pour vous, entourée de ses fidèles musiciens », a écrit M. Abbott dans sa publication Facebook.

La chanteuse, née le 29 septembre 1949, a appris la musique dans son enfance. Elle a commencé à chanter dans les clubs et les cabarets dès son adolescence, vers l’âge de 12 ans.

En 1965, elle a formé un duo avec son amoureux de l’époque, le chanteur Frédéric Boudreau. Mais c’est dans les années 70 que sa carrière a véritablement pris son envol, après sa signature avec le producteur de disques Yves Martin, grâce, notamment, aux chansons écrites par son ami Pierre Létourneau. « Au début, j’adaptais en français des chansons américaines, a raconté l’auteur. Je lui ai dit : “Il faudrait faire des chansons québécoises”, et elle a dit : “Oui, bon flash.” »

La fidélité à ses origines, dans la basse-ville de Québec, distinguait d’ailleurs Mme Martin, selon son ami. 

« C’était une femme du peuple, dans un sens pas du tout péjoratif. Elle avait un public populaire dans le sens noble du terme, elle était proche de ses racines à Québec. » 

— Pierre Létourneau, ami de Nicole Martin 

M. Létourneau estime d’ailleurs qu’elle a donné « une noblesse à la chanson populaire au Québec ».

De nombreux auteurs et compositeurs ont contribué au succès de Nicole Martin, notamment Boris Bergman, auteur de Ce serait dommage, et Francis Lai, auteur, entre autres, de Bonsoir tristesse.

À l’arrière-scène

Après la mort inattendue de son producteur de disques, Yves Martin, en 1980, la chanteuse a décidé d’ajouter cette corde à son arc.

En 1988, elle a fondé, avec son amoureux, le promoteur Lee Abbott, une boîte de production. Ensemble, ils ont réalisé la série Ce soir on danse ! au début des années 90.

Dans une entrevue à La Presse en 2001, Nicole Martin, alors à l’arrière-scène, avait décrit le stress de ses années sous les projecteurs. « J’aime ce que je fais aujourd’hui. Je n’ai plus envie de tourner mur à mur. Ni de faire des spectacles juste pour vendre des disques… Au fond, j’étais plutôt timide sous les projecteurs. »

« Sur scène, je me défoulais, mais je n’étais pas si à l’aise. J’avais peur. Je voulais protéger ma carrière, j’étais insécure en permanence. » 

— Nicole Martin, en entrevue à La Presse, en 2001

« Et puis, c’est un métier difficile, poursuivait-elle. La compétition est forte. Des fois, les couteaux volent bas. Maintenant que je suis en retrait, le trac est moins fort, même s’il y a toujours le stress de la business. »

Malgré tout, elle a décidé de retourner sur scène, un peu par hasard, après une invitation pour le 40anniversaire de Patrick Huard au festival Juste pour rire en 2009. Elle est retournée en studio et a sorti deux albums.

« C’était une fougueuse, une grande passionnée de la chanson, curieuse, aux aguets », décrit M. Létourneau. La dernière fois qu’il l’a vue, le 2 octobre, elle semblait en pleine forme.

La maladie l’a emportée très rapidement. De nombreuses personnalités ont exprimé leur tristesse de voir disparaître la chanteuse.

« Nicole, ma Nicole est maintenant au paradis avec ses parents qu’elle aimait tant », a écrit Lee Abbott.

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