Schizophrénie

Pour la famille, « c’est comme un tsunami »

Quand Françoise Bourduas a visionné les premiers épisodes de la télésérie Mon fils, ce n’était plus un écran qu’elle fixait. C’était un miroir. Car cette histoire, mettant en scène un adolescent subitement atteint de schizophrénie et la lutte féroce de sa mère pour l’aider, s’avère quasi similaire à la sienne.

La détresse de Jacob (Antoine L’Écuyer) et le courage de Marielle (Élise Guilbault) ont ému des milliers de téléspectateurs depuis la récente diffusion de Mon fils. Mais pour Mme Bourduas, le drame télévisé a une résonance toute particulière.

Les crises de psychose, le dédale médical, la spirale de l’angoisse, le sentiment d’impuissance face à la maladie… cet enfer, elle l’a vécu, soutenant à bout de bras son fils, qui a reçu un diagnostic de schizophrénie à l’âge de 14 ans.

« L’émission est très réaliste, très pertinente et les acteurs sont extraordinaires. C’est exactement comme cela que ça se passe », décrit-elle, soulignant les nombreux parallèles avec sa propre bataille.

Jacob, le protagoniste de Mon fils, est soudainement assailli par des voix, fume du pot, hallucine des loups, pète les plombs, échoue à l’école. Sa mère Marielle, professionnelle très investie dans son travail, ne reconnaît plus son fils, puis, après une phase de déni, se lance dans une lutte éreintante. Un schéma presque calqué sur celui de Julien, le fils de Mme Bourduas.

Il y a 17 ans, ce jeune homme sensible, en compagnie de ses amis du Collège Notre-Dame, commence à consommer du cannabis en cachette. L’école finit par en retrouver en forçant son casier. La mesure de renvoi est sans appel ; il n’aura pas de deuxième chance. Peu au fait des choses entourant la drogue, sa mère tombe des nues. « Il a été d’une école à une autre, et ça a été le début de la fin », s’attriste-t-elle. Son fils s’enlise dans la consommation ; des voix s’élèvent dans sa tête. Un jour, il appelle : « Maman, je fais des psychoses. » À Sainte-Justine, un marathon médical s’amorce.

Cogner, quêter, supplier

Femme d’affaires, très engagée dans ses activités à l’image du personnage de Marielle, Françoise Bourduas a alors tout lâché pour s’occuper de Julien. « J’ai carrément fermé mon magasin. Mon fils était en train de perdre pied, j’ai été là pour lui. Je n’ai presque plus jamais retravaillé, parce que c’est un travail à temps plein que de le suivre, de demander, de quêter, de supplier [pour qu’on accorde de] l’aide pour nos enfants. C’est un dédale, où il faut savoir où cogner, parfois être filou, mais où il faut aussi prendre des gants blancs, parce qu’on fait affaire avec des professionnels », raconte-t-elle.

« En tant que parents, c’est comme un tsunami. »

— Françoise Bourduas

À ce parcours du combattant s’ajoute le fardeau de la prise en charge d’une maladie complexe et difficilement déchiffrable donnant lieu à des comportements parfois imprévisibles. Malgré le soutien indéfectible de ses parents au fil des ans, les réactions de Julien à leur égard restent parfois déroutantes ; émaillées de doute ou de suspicion, par exemple. « C’est la déformation permanente de tout ce qu’on peut dire. Ça prend une patience sans fin, des années, pour finir par comprendre, pour ne pas que ça nous atteigne, pour l’accepter », se résigne Mme Bourduas.

En regardant la télésérie, certaines scènes l’interpellent, comme celles où Jacob enfile ses écouteurs pour tenter de noyer les voix dans la musique. « Julien faisait ça tout le temps », se souvient-elle, appréciant que la technique audiovisuelle permette de faire entendre ce qui se passe dans la tête du jeune homme et d’en partager le ressenti. Plus encore, elle se réjouit de la diffusion de l’émission, espérant qu’elle fasse mieux connaître au public les mécanismes de la schizophrénie et le chemin de croix qu’il fait subir à l’entourage des malades.

Ne jamais capituler

Quand les épisodes de Mon fils seront écoulés, quand la télé s’éteindra, tout s’arrêtera pour la famille éprouvée de Marielle et Jacob. Mais pour celle de Françoise Bourduas, il n’y a pas de télécommande ni de bouton Off. À 31 ans, Julien souffre toujours, aucun médicament n’étant parvenu à atténuer les voix qui le minent. Sa famille ne lâche rien, continue de puiser l’aide où elle le peut, comme celle fournie par la Société québécoise de la schizophrénie. Avec effroi, elle a vu d’autres foyers, y compris dans des milieux aisés, abdiquer, laissant leur proche malade à lui-même.

Alors, pour celles qui affrontent ou affronteront cette terrible épreuve, Mme Bourduas n’a qu’un seul message : « Ne jamais, jamais l’abandonner », lance-t-elle d’une voix brisée.

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