Opinion

L’Église et le sexe

Cette lettre s’adresse à l’abbé Robert Gendreau, directeur du service de pastorale liturgique de l’archevêché de Montréal, qui recommandait la semaine dernière aux fidèles de retirer leurs enfants des cours d’éducation sexuelle afin de prodiguer eux-mêmes cet enseignement à la maison.

Bonjour Robert !

Non, « père » Robert Gendreau, car fatuité.

Juste Robert, et en toute amitié citoyenne.

Tes propos publics sur la sexualité des enfants estomaquent toute personne compétente en pédagogie, en sexologie et en philosophie digne de ce nom.

Je passe outre ce que d’autres critiques en ont dit.

La critique générale : toute religion est incompétente pour discuter de sexualité et proposer une philosophie sexuelle humaine, responsable et heureuse.

Ses prescriptions sexuelles, qui datent de l’âge de pierre et relayées dans les textes sacrés de la plus haute antiquité, sont si déficientes et toxiques qu’elles génèrent une misère sexuelle généralisée. Une sexophobie jointe à une misogynie aux effets désastreux. Le mouvement #metoo en est la pustule.

Voici les bonnes sources pour t’instruire de ta propre condition : 

1. Les fonctionnaires de Dieu, d’Eugen Drewermann, théologien et psychanalyste, t’apprendrait que les religieux sont largement en carence affective et sexuelle portant atteinte à leur équilibre personnel.

Leur volonté de puissance à dominer la conscience des crédules, des ignorants et des fragilisés le leur masque largement.

2. Le sexologue John Money dans Love Maps (tableau des goûts et préférences sexuelles) t’apprendrait que les religieux souffrent d’hypophilie, ou carence en libido : soit caractérielle, soit apprise par une ascèse réprimant leurs besoins tout naturels.

Ces prêtres, même non pédophiles, sont des victimes. Oui, des victimes de leur propre crédo homophobe, sexophobe et hypophile.

La plus puissante propagande de tous les temps (la propagande chrétienne) vous a donné une telle puissance de manipulation et de diffusion de faussetés en matière sexuelle que les malheurs de votre inculture sexuelle et de celle de vos fidèles est en proportion.

Vos textes sacrés, relayant sans intelligence et sans esprit critique, sans prise en charge scientifique de ces réalités humaines, font de votre organisation religieuse un véritable danger public en éducation.

Je ne parle pas des prêtres pédophiles (victimes de leur propre crédo qui, dès lors, firent d’autres victimes). Il s’agit de votre prétention, vaniteuse et aberrante, de continuer à prétendre avoir le juste mot en éthique sexuelle.

Dans votre pub médiatique (l’émission Lumière du Monde à MAtv), vous maintenez votre habituelle hypocrisie de ne jamais parler de sexe devant les caméras. On sait bien ce que vous dites hors caméra à la jeunesse (que vous castrez psychologiquement) : le même discours que nous entendions naguère dans vos écoles du temps où vous les contrôliez. Vous y instilliez la plus hypocrite et la plus toxique ignorance et répression contre le seul dieu païen qui a bien su vous résister : Éros.

3. Pour vous instruire sur un Éros solaire, heureux, éthique et généreux, lire la thèse doctorale de Julie Paquet : Le libertinage solaire de Nerciat (1739-1800).

Enfin, vous êtes libre de vous être autochâtré. Notre constitution politique n’interdit ni l’alcoolisme ni la croyance arriérée. Cependant, les enfants même de parents croyants sont aussi nos compatriotes. Nous les défendons, par la loi qui est la nôtre, contre vos prétentions malsaines. Par notre éducation publique que votre credo ne doit jamais contredire.

Dites donc aux parents catholiques qu’ils ont certes la responsabilité première de l’éducation de leurs enfants en raison du seul fait de leur proximité et de leur constance.

Mais la responsabilité dernière, finale, est celle de la loi, celle de notre État démocratique, fondé par la modernité des Lumières, qui a évincé votre credo de l’éthique citoyenne qui est notre morale commune. N’essayez pas d’y passer outre.

Si « Dieu est fou », comme l’a dit ce héros de la liberté Salman Rushdie, (ou Jésus misogyne, gravement masochiste et sexophobe), n’en polluez pas l’âme pure de nos enfants dont vous devez impérativement vous éloigner. Respectez leur liberté de conscience en formation. À défaut, vous commettez, au sens strict des mots, le crime de pédophilie catéchistique.

Apprenez pour vous-même et pour les autres la seule humanité diverse, non la divinité perverse.

Lisez donc le fabuliste de notre enfance, le sublime Jean de La Fontaine : 

« Amants, heureux amants, voulez-vous voyager ? Que ce soit aux rives prochaines. Soyez-vous l’un à l’autre un monde toujours beau. Toujours divers, toujours nouveau. Tenez-vous lieu de tout, comptez pour rien le reste »

— Jean de La Fontaine

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