Congrès de la Commission-Jeunesse

Le PLQ doit être plus nationaliste, dit Barrette

Le député libéral Gaétan Barrette soutient que son parti ne s’est pas fait assez nationaliste sous Philippe Couillard et a donné l’impression qu’il prônait le multiculturalisme. Il faut corriger le tir, selon l’ex-ministre, qui se dit toujours en réflexion quant à une candidature à la direction du parti.

« Je reconnais entièrement, formellement que, de ce côté-là, on n’a pas été au diapason de la population québécoise, d’une part, et on ne s’est pas exprimés avec assez d’affirmation sur ce plan-là. C’est très clair », a affirmé M. Barrette à son arrivée au congrès de la Commission-Jeunesse du Parti libéral du Québec (PLQ), hier.

« Une chose est certaine, a ajouté l’ex-ministre, le fait francophone du Québec n’est pas quelque chose à côté duquel on peut passer […]. On ne peut pas diluer ça dans une position comme cela a été fait jusqu’à présent. »

Il a fait cette sortie alors que les jeunes libéraux proposent que le parti s’engage à adopter une loi sur l’interculturalisme – par opposition au multiculturalisme canadien.

C’était l’une des recommandations de la commission Bouchard-Taylor. Dans son rapport rendu public il y a plus de 10 ans, elle rappelait que l’interculturalisme est le modèle appliqué au Québec depuis des années pour gérer les rapports entre les communautés, sans toutefois que ce soit inscrit explicitement dans un texte officiel (voir capsule).

Controverse

L’enjeu a soulevé une controverse chez les libéraux. Plus tôt cette semaine, le président de la Commission des communautés culturelles du PLQ, Mohammed Barhone, s’est prononcé contre la proposition de l’aile jeunesse. « L’interculturalisme est foncièrement inégal, il est le rejet du vivre-ensemble, car créant une hiérarchie entre Québécois. Surtout, depuis Robert Bourassa, on le voit, l’interculturalisme est un échec, a-t-il écrit sur la page Facebook de la Commission. Seul le multiculturalisme, garant de l’égalité entre toutes les communautés et entre tous les Québécois, est la voie vers une société francophone, plurielle et harmonieuse en Amérique du Nord. »

Gaétan Barrette s’est dit « en total désaccord » avec la position de M. Barhone, qui siège au conseil de direction du parti.

« Le multiculturalisme, selon lequel la culture québécoise francophone en est une parmi tant d’autres, ce n’est pas une chose à laquelle j’adhérerai. Jamais. »

— Gaétan Barrette, député du Parti libéral du Québec

De son côté, le chef intérimaire du PLQ, Pierre Arcand, a signalé que M. Barhone « n’avait pas exprimé ce que le parti pense actuellement sur le plan de l’interculturalisme ». Le PLQ préconise ce modèle depuis longtemps, a-t-il fait valoir. Il s’est abstenu de blâmer M. Barhone, disant avoir le souci de laisser les militants exprimer leur point de vue.

Le président de l’aile jeunesse, Stéphane Stril, a affirmé que des membres de la Commission des communautés culturelles appuient sa proposition sur l’interculturalisme et que M. Barhone s’est exprimé à titre personnel.

Virage plus nationaliste

Le parti entreprend de toute évidence un virage plus nationaliste dans l’espoir de reconnecter avec l’électorat francophone. Il faudra toutefois attendre les mesures concrètes pour en prendre la pleine mesure.

Pour Pierre Arcand, le PLQ « doit montrer aux Québécois francophones son intérêt encore plus élevé [pour] les questions de la langue » et de la culture. « Ça nous apparaît des choses qu’on a faites déjà, mais on doit encore insister sur ces éléments », a-t-il dit. L’objectif est selon lui de « montrer qu’on est vraiment très Québécois au sens le plus large du terme ».

Pour la candidate déclarée à la direction du PLQ, Dominique Anglade, la proposition des jeunes libéraux est « très intéressante ». Mais l’ex-ministre ne prend pas formellement position pour l’adoption d’une loi sur l’interculturalisme.

L’interculturalisme, « ça a vraiment été au cœur du positionnement du Parti libéral. Et je pense qu’il y aurait matière à l’affirmer bien davantage que par le passé », a soutenu la députée de Saint-Henri–Sainte-Anne.

« On est une société distincte au Québec, on est différents du reste des provinces, cet élément a toujours existé. Comment est-ce qu’on l’affirme de manière plus claire ? C’est la discussion à laquelle nous convient les jeunes. »

— Dominique Anglade, candidate à la direction du Parti libéral du Québec

L’autre aspirante chef, Marwah Rizqy, appuie quant à elle la proposition de l’aile jeunesse. « C’est un état de fait, l’interculturalisme au Québec. Alors pourquoi on ne va pas plus loin, et qu’on ne l’enchâsse pas dans un texte de loi qui a un caractère beaucoup plus fondamental ? », a affirmé la députée de Saint-Laurent, élue pour la première fois le 1er octobre.

Elle se dit en faveur d’un positionnement plus nationaliste au PLQ. Comme Dominique Anglade, elle ne propose rien de concret pour le moment.

Lors de leur congrès, qui se poursuit aujourd’hui, les jeunes libéraux ont adopté des propositions visant à faire de l’environnement et de la lutte contre les changements climatiques le « nouveau projet de société rassembleur » que le parti proposera aux prochaines élections, en 2022. Ils souhaitent une transition vers une économie verte.

Ce que disait le rapport Bouchard-Taylor…

Sur l’interculturalisme

« L’interculturalisme s’efforce de concilier la diversité ethnoculturelle avec la continuité du noyau francophone et la préservation du lien social. Il assure ainsi une sécurité aux Québécois d’origine canadienne-française comme aux minorités ethnoculturelles, tout en protégeant les droits de tous suivant la tradition libérale. »

Sur le multiculturalisme

« Au Canada anglais, on se préoccupe moins de la continuité ou de la préservation d’une vieille culture fondatrice, mais bien davantage de l’unité ou de la cohésion nationale. […] Le multiculturalisme canadien, dans la mesure où il met l’accent sur la diversité aux dépens de la continuité, n’est pas bien adapté à la réalité québécoise. »

Sur sa recommandation pour une loi sur l’interculturalisme

« Pour aller à l’essentiel, on dira que l’interculturalisme québécois a) institue le français comme langue commune des rapports interculturels ; b) cultive une orientation pluraliste, soucieuse de la protection des droits ; c) préserve la nécessaire tension créatrice entre, d’une part, la diversité et, d’autre part, la continuité du noyau francophone et le lien social ; d) met un accent particulier sur l’intégration et la participation ; et e) préconise la pratique des interactions. »

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